Nigéria Blues !

WebHuit courtes années plus loin, à peine, voilà que « ça » recommence, niveau antiques « relations » tissées avec le continent Africain. Retour sur LE précédent par excellence : LE France-Togo de 2006 !

Extraits tirés de :
« Et Pourtant Elle Tourne… Rond ! »
(Et Rond, Et Rond, Petits-Ponts, Crampons !).
Nouvelle écrite en « temps réel » autour de la Coupe du Monde de Football (en short)
2006, en Allemagne !

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1er Tour : Vendredi 23 juin à Cologne.

Togo-France : 0-2

La pression est trop forte ici-bas. Tout le monde effectue un consternant retour vers le passé : capable des pires humeurs, option geysers de bile inondant les parois stomacales en interne.

Effrayés à l’idée de revivre le traumatisme de la Coupe du Monde en Corée et au Japon de

2002 (l’élimination des Bleus au premier tour) les gens ouvrent puis effeuillent des volailles, achètent des amulettes, multiplient ou empilent les colifichets « Bleu, Blanc, Rouge ».

Tête basse, ils s’accrochent au moindre signe positif, ravivent le fantôme des fameuses et honnies épopées coloniales : « les Togolais jouent en France, sont payés par nos clubs, habitent ici, profitent de nos avancées démocratiques et médicales, de notre modernité, ils sont à nous, à nous, à NOUS ! ».

Autre signe positif, à n’en pas douter, Zidane ne sera pas là cette fois et il ne peut décemment finir sa carrière comme cela. Quant aux Danois, eux (les Togolais de l’époque) ils étaient grands, blonds, autonomes, et jouaient en rouge. En rouge. Que du bon en perspective, donc.

Ayant décidé de souffler un peu, de fuir sur le champ analyses et angoisses médiatiques castratrices, j’opte pour un thé à prendre en terrasse, en centre ville Massilien.

Là, bien malgré moi – et à mon corps défendant – je dresse l’oreille et me recroqueville de douleur sur ma chaise : dévasté par un dialogue de bas étage attaché à la couleur « pas tricolore » de nos « gens de couleur ». En notre « onze », en somme, point de bruns et blonds, ou autres roux plus rares, non, que nenni, rien que du marron sale, du sombre et puis du noir… Étonnant non ?

Après une longue course éprouvante, menée au travers des ruelles, rues et avenues phocéennes, je finis par me réfugier au sein d’un magasin familier afin que d’y reprendre ma respiration en musique. C’est pourtant là qu’y résonnera, le pitoyable et bas du front : « Y’a trop de noirs dans l’équipe. C’est nous, le Togo ! D’ailleurs, comment ils vont faire pour se reconnaître ou savoir qui est avec qui. Tu leur mets le même maillot, et, à part Barthez, Sagnol ou Ribéry, tu sais plus qui joue avec qui ! ».

Alors que l’ensemble de mon épiderme enfle de dix bons centimètres, voilà que ça re-belote sans retenue : « En plus, y’en a pas un pour chanter La Marseillaise. Des mercenaires, je te dis, tout juste bons à toucher leur chèque, d’ailleurs… y’en a pas un qui joue en France ! Je t’assure que, s’ils ne sortent pas des poules, je débouche le champagne, oui, et du bon, tu me connais ! ».

Je m’approche lentement, espérant que cela freinera leurs ardeurs détestables, mais non, c’est pire encore et ça dévie même carrément pour tourner à l’aigre avec une insinuation des plus glauques concernant les tendances ou le « goût » présupposé de Domenech pour les « nègres » : « déjà en « espoirs », quand c’était lui qui entrainait, on n’arrivait pas à les compter tellement y’en avait ! ».

Je repars dans l’autre sens, reviens sur mes pas puis bifurque au tout dernier moment afin de ne (surtout) pas être suivi : zigzaguant de dextérité entre moches poubelles qui débordent et odorants tas d’immondices. Je finis par me trouver un espace, un interstice d’empathie en terrasse, pour y souffler un peu et reprendre lentement mes esprits chamboulés. Lors, voilà que ça recommence, que les bons mots fusent de toutes parts en fustigeant la galopante

« Togolisation » de notre équipe nationale. Avec, pour finir le travail entamé en amont, la mise en abîme finale : avec le côté « propre », « blanc », « beau et classe », des footballeurs Italiens, comparés à nos « gorilles » à nous, bien sûr, avec leurs « casquettes sur le côté », et tout le lourd et gras tralala habituel (dispensable, céans).

Fortement marqué par ces conversations successives, pourtant maintes fois entendues en ce coin d’Hexagone, mais qui me touchent encore et toujours comme au premier jour – au plus profond, au plus nauséeux à chaque fois – je décide de laisser tomber ma nouvelle pour devenir acteur, de cet événement planétaire :

« J’en fais le serment, je ferais tout ce qui sera en mon pouvoir ! Tout ce que je pourrais, pour les aider à aller le plus loin possible ; à la gagner, même, cette coupe, si besoin est ! ».

Mes talents de footballeur étant comparables à ceux d’un éléphant d’Asie juché au réveil sur des skis, je décide d’œuvrer tout autrement à la réussite de mes Français à moi.

Intègre et droit en mes tongs, je me refuse pourtant à me parjurer, à succomber au mal pour rejoindre, puis tomber, dans les filières parallèles : rites vaudous, envois de colis piégés, fortes sommes d’argent déposées sur des comptes anonymes afin que d’êtres ultérieurement distribuées aux arbitres, joueurs complaisants ou proches dans le besoin.

Refusant également l’embauche de femmes « faciles » destinée à ternir la réputation de certains joueurs adverses mariés ou fiancés, je creuse au plus profond de mes neurones en surchauffe. Penchant pour l’exécution d’une danse de la pluie à destination de la surface de réparation togolaise, au moment le plus (in)opportun, je me dois néanmoins de renoncer au tout dernier moment en mirant le ciel azur, parfait, dégagé (en dépit de mes efforts acharnés) et mes limites, en la sorcière matière…

Concentré comme jamais sur le Togo, je sens les idées naître et se presser, en fais l’inventaire, les répertorie méthodiquement.

Ces bons Français de souche voient encore très certainement les noirs (et autres peuples indigènes) au travers de la fameuse série des Tarzan tournée au début du siècle dernier.

Une époque où les blancs partent toujours à l’aventure nantis de l’équivalent d’une ville, niveau porteurs, pisteurs et traducteurs, mais finissent quoi qu’il arrive par rallier leur point de départ en petit comité, comblés et intacts, malgré les conditions pour le moins extrêmes, de leur folle embardée.

Tandis que, côté « blancs », ils s’en reviennent quasi, comme ils sont partis, à un ou deux personnages près – le méchant et le gentil le moins important pour la bonne poursuite du scénario – côté « nègres », c’est le plus souvent l’hécatombe, l’éradication pure et simple de la ville « levée » en amont, option génocide de masse. Peu ou presque plus de porteurs et guides ; juste le strict minimum, en somme, pour arriver à ramener à bon port les choses les plus pesantes, essentielles ou précieuses.

En y regardant de plus près, à la limite, cela pourrait ressembler à une sorte de rite initiatique pour « enfant blanc de bonne famille venu se déniaiser le système dans la jungle Africaine ».

L’équivalent du campement scout, de la « colo » ou des camps d’ados d’aujourd’hui, pour faire simple. Du côté des autochtones, par contre – écrasés par les éléphants, écrabouillés par des gorilles, avalés de vide ou transpercés par les flèches acérées des (encore) plus sauvages qu’eux – c’est tout de même l’interrogation qui prime. Ces « locaux » passent une grande partie du film à mettre le blanc en garde contre les multiples dangers de l’Afrique, mais finissent invariablement (bêtement) par y succomber eux-mêmes… Pathétique, non ?

Le point d’orgue de la série étant atteint au cours de cette scène de grimpette hallucinante, où, ployant sous les quartiers de roche lancés par des gorilles hargneux, les porteurs noirs tombent, les uns après les autres (en petites grappes fines, fines, fines) pour finir par s’écraser durement tout au bas de la montagne « sacrée ».

Une suite de chutes affreuses, qui n’émeut personne : ni les héros blancs, ni les gorilles ; pas même l’ensemble des autres porteurs ou l’œil précis, investigateur et gourmand, de la caméra qui filme tout (elle) dans les moindres détails. Pas plus que nous, donc, qui continuons à les regarder puis qualifier l’ensemble de « culte » !

Si les footballeurs de l’Équipe de France (les Bleus, donc) effectuaient le même type de culbute fatale – étant finalement remplacés sur le pré par les mêmes qu’eux, mais blancs, eux – c’est à se demander si cela ne ferait pas plaisir à certains de nos contemporains situés à la droite, de la droite, de la droite, de la droite, de notre électorat !

De plus en plus révolté, décidé à piétiner puis ventiler à jamais la fourmilière ainsi exhumée, je m’organise dans le calme, prépare la riposte.

Inspiré comme jamais, je phosphore longuement et triomphe dans la foulée. Je recouvre alors mes parties génitales de « tricolore », puis scanne mon intimité de la plus précise, de la plus chirurgicale, des façons. Ensuite, utilisant au mieux l’éventail sans limites de nos actuelles technologies, je décide d’en agrandir les dimensions sur ordi, jusqu’à l’innommable, jusqu’à l’insupportable – côté taille ET circonférence – puis envoie le tout par mail aux joueurs Togolais en me faisant passer pour un Blanc Bleu de la bande à Zizou !

Interloqués, perturbés (effrayés ?) par les dimensions hors du commun de mon engin

FRANÇAIS de séduction massive, ceux-ci s’effondreront, puis se rendront finalement sans affrontement, ou presque. Une heure et demie durant, ils courront aux quatre coins du terrain, tête basse et peur vrillée au ventre : cherchant uniquement à découvrir « qui », parmi nos Bleus à nous, pourrait bien être l’heureux propriétaire de cet organe de concours ô combien castrateur ! Ce faisant, lorgnant sans discontinuer sur Barthez, ou contenant les rares assauts de Franck Ribéry, Willy Sagnol et David Trezeguet – concentrés uniquement sur ce quatuor de pas « bronzé » – ils laisseront le champ libre à Patrick Viéra et Thierry Henry, qui en profiterons, eux, pour qualifier magnifiquement la France !

Épilogue :

Comblé, fier de mon œuvre, le soir, une fois le Vieux Port rallié, je parlerais à tort et à travers. Expliquant au monde en liesse, tout autour, quelle aura été la grandeur de mon unique exploit, et me vantant d’être LE stratège de l’équipe, je passerais ainsi, de table en table, bombant le torse en racontant mon histoire jusqu’à plus soif. Atteint au plus profond de ma chair par les rires gras et moqueurs qui fuseront alors de toutes parts, en provenance directe des gosiers alentour, je regagnerais finalement mon immeuble dans la nuit en rasant les murs, humilié, incompris et blessé.

Le lendemain matin, toujours meurtris, mais requinqué – quoique, manquant singulièrement de tact – je finirais par me brouiller, après avoir « tout avoué », avec mon plus vieil (et fidèle) ami africain ; pour une sordide histoire, de : « propos stupides, inconsidérés, s’appuyant sur de vielles légendes indignes de ta personne éduquée… mais digne, par contre, des vielles traditions colonialistes de la France et de ses pires excès passés ! Je ne te félicite pas, non,  jamais j’aurais cru ça de toi… » (sic).

Bleus contre Nati !

WebHuit courtes années plus loin, à peine, voilà que « ça » recommence : retour sur LE précédent par excellence : LE France-Suisse, de 2006 !

Extraits tirés de :
« Et Pourtant Elle Tourne… Rond ! »
(Et Rond, Et Rond, Petits-Ponts, Crampons !).

Nouvelle écrite en « temps réel » autour de la Coupe du Monde de Football (en short) 2006, en Allemagne !

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1er Tour/mardi 13 juin à Francfort.

France-Suisse : 0-0

Mon « héros » étant censé s’attacher plus particulièrement aux crampons des joueurs hexagonaux, me voici installé devant France-Suisse : tout en ignorant, d’un revers de cils, les diverses polémiques journalistiques entourant ce premier rendez-vous officiel.

L’hexagone tremble de frilosité supportrice, voici que s’avancent les helvètes : rouges, immenses, en short bien propres et repassés, des ogres invincibles…

Quand je regarde le palmarès de la Suisse et celui de ses joueurs, ses résultats passés ou récents, j’avoue que ma raison appelle à l’aide !

À contrario, de l’autre côté, que des cadors : Zidane, Henry, Makelele, Thuram, Viera,

Trezeguet, Gallas, Sagnol, Barthez. Que des « grands ». Des références. La crème du genre, évoluant, de plus, dans les plus grands clubs européens. De quoi avons-nous peur ?

Mollement calé devant la télé, je me fais rapidement deux ou trois « micro-sommeils » dès le début de match et trouve finalement LA bonne solution pour ne pas succomber trop vite au vide ou à l’ennui : le repassage !

Une activité qui demande une grande, une extrême concentration, car à la moindre saute d’attention, c’est la brûlure dans les chairs ou le jet de vapeur qui cloue net l’organisme, et le terrasse (un ensemble peau et sang déjà soumis, lui, à une température ambiante flirtant aujourd’hui avec les 33° !).

Je ne serais pris à la faute qu’une fois, en toute fin de première mi-temps, sur une action française enfin (presque) décisive ; très vite contrebalancée par un terrible « poteau » suisse.

Alors que je me remémore encore ma prouesse du jour, tentant de comprendre comment j’ai pu commettre une telle faute, sur un simple tee-shirt, le tube cathodique me rappelle à lui, et à l’ordre, d’un même élan patriotique. En dévers de tout non-événement, une émission commence à exercer une certaine fascination sur mon esprit pour l’heure encore vide d’un réel engouement « rond ».

C’est sur Canal+, que ça se passe, et dès la prise d’antenne, ça démarre très, très fort.

Après les ablutions d’usage, les divers ronds de jambes, arabesques vocales et commentaires poussifs, en rodage, de la part des anciens joueurs, remontés à bloc – protecteurs ou assassins, l’air de rien – voici que l’on en vient enfin à l’analyse de l’action du match !

Au moment très précis où j’attaquais les serviettes et les draps de bains, le nouvel espoir français (Franck Ribéry) s’est retrouvé seul, balle au pied, devant le gardien suisse.

Alors qu’il aurait pu (dû) tirer au but, il a tergiversé et a centré (mal) en direction de Thierry

Henry, lui glissant la balle, un poil trop en arrière.

Celui-ci, malgré le déséquilibre occasionné par cette passe imprécise, a néanmoins réussi à se bloquer puis tirer au but : la balle s’en allant rebondir contre le bras d’un joueur suisse (Patrick Müller) avant que d’être finalement repoussée, renvoyée au loin, par la défense helvète veillant au grain. Ceci ayant représenté LA seule véritable action de but du match (côté français) nous voilà partis pour un rallye médiatique de type « 24 Minutes Chrono », sur l’air du racoleur : « tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le « non-but », sans jamais oser le demander ! ».

Ce qu’il y a d’affligeant, avec cette Coupe du Monde, c’est cette propension à toujours en faire des tonnes, même quant il n’y a rien à montrer… surtout, quand il n’y a rien à montrer !

Pour ne pas montrer, tout simplement, qu’il n’y a rien à montrer ! (la nature des médias à horreur du vide, qu’on se le dise, « elle » ne le fera pas…).

Là, devant mes yeux éberlués de naïveté, passent et repassent encore (jusqu’au trop-plein) les images, non pas d’un but, non, mais d’une action n’ayant abouti sur rien, ou presque, en tout cas pas sur un but ! À ce moment-là, encore candide, mais toujours décidé, j’en profite pour souffler longuement, mais reste obstinément confiant. Je ne sais pas encore que l’analyse de ce « non-but » va flirter avec la demi-heure, et rapprocher ainsi, à chaque image ou gros plan, « Lexomyl le bienheureux », de ma bouche béante, en attente…

Armés d’une « palette à dissection du rond » – avec zoom ET arrêt sur image – un aréopage de journalistes, entraîneurs et anciens joueurs, s’en va désormais détailler l’action sous tous les angles, puis les multiplier jusqu’à en explorer chaque piste, chaque infime possibilité.

– L’option « tir » :

Pourquoi Ribéry aurait dû tirer, mais n’a finalement pas osé (manque de confiance manifeste, peur d’oser, ses grands débuts au plus haut niveau, sans aucun doute, et autres banalités d’usage) ; et donc, de ce fait, pourquoi Thierry Henry se retrouve surpris au moment d’hériter du ballon !

– L’option « passe » :

Qui était bel(le) et bien la bonne, même si, en l’occurrence, elle aura été mal effectuée, mal donnée. Une fois encore, la fébrilité de Ribéry en est la cause première. Un manque d’expérience évident et ô combien préjudiciable, en la matière « but » !

– Pourquoi l’option « passe », qui était bel et bien la bonne, a finalement avorté par la faute d’un placement plus qu’aléatoire de Thierry Henry, qui eut dû se tenir plus en retrait. C’est donc lui, en se positionnant mal, qui pénalise (ralenti à l’appui) le vif-argent Ribéry au moment sacro-saint de la passe ; ce qui ne lui permet pas, par la suite, de tirer au but dans les meilleures conditions, CQFD (Ce Qu’il Fallait Détailler).

Je suis encore sous le choc de cette démonstration à deux vitesses – avec toutes les options, Airbag frontal compris – lorsque s’avance soudain, l’effrayant et définitif : « Et maintenant, voici pourquoi il y avait penalty, sur cette même action ! ».

Alors – arbitres agités et pris à partie, sur plateau – mes yeux usés, embués, tuméfiés, rougis par l’enchaînement de la sempiternelle même séquence (dite du centre en retrait) n’en croient pas leur pauvre existence puis hurlent vite à l’assassin ! Voilà que cela recommence, depuis le début !

– Pourquoi il y avait penalty :

La main du défenseur empêchant le ballon de rentrer dans le but, suite au tir de Thierry Henri.

– Pourquoi il y avait penalty :

La main du défenseur empêchant le ballon de rentrer dans le but, même si elle ne paraît pas franchement volontaire !

J’ai à peine le temps de me détendre le nerf optique, que tout s’emballe de nouveau et que la tendance s’inverse :

– Pourquoi il n’y avait pas penalty :

La main du défenseur empêchant le ballon de rentrer dans le but, mais ne paraissant à aucun moment délibérée !

– Pourquoi il n’y avait pas penalty :

La main du défenseur empêchant le ballon de rentrer dans le but, soit, même si elle ne paraît pas volontaire, mais le gardien suisse se trouvant juste derrière, et, donc, quoi qu’il advienne, sur la trajectoire de la balle : qui ne serait donc pas rentrée, en définitive.

Une suite d’images vides de sens et dénuées de tout intérêt, qui m’auront pris en otage et délesté de vingt-cinq minutes de (ma) vie terrestre ; agissant vraisemblablement de même sur les quelques milliers d’autres physionomies anonymes, et autres âmes en souffrance, sur canapé. De pauvres âmes en peine interloquées, stoppées net dans leur bel élan de soutien tricolore et finalement dévastées par la démonstration en elle-même, et par elle seule !

Le tout étant mis au service DU non-événement par excellence, en football : le « pas but ! ». Ça laisse rêveur et interpelle logiquement, quant à la suite à donner à cet exploit cathodique, autour du prochain et effrayant : France-Corée du Sud…

Kollectiv’Joe

 

JoeKollectiv

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Suite à son superbe (et poignant) show « Hommage à Lou Reed », donné le 27 mai dernier au Trabendo (Paris) en compagnie des New Professionals (Mike Mills-REM/basse + Bill Dobrow-Black Crowes/batterie) l’incomparable songwriter et plasticien Joseph Arthur a tenu à dédicacer puis poser avec la nouvelle récemment publiée par Kollectiv’ Mode Ed. à propos de l’une de ses plus belles chansons : Redemption’s Son ! (tirée de l’album Redemption’s Son/Real World).

Une nouvelle baptisée Un Fils à La Patte, écrite par Jacques 2 Chabannes et illustrée par Lof (contenant également une reprise inédite et originale, de cette même chanson !) dont il reste encore quelques exemplaires à la vente (montés et numérotés à la main/100 ex.).

 

Pour tout renseignement complémentaire et/ou commande : kollectivmode@gmail.com

 

Liens Incontournables :

Un Fils à La Patte/Nouvelle + CD (infos) :

http://kollectivmode.com/collection-see-me-hear-me/

 

Retour sur le show donné au Trabendo :

http://www.concertandco.com/critique/concert-joseph-arthur-the-new-professionals//48443.htm

 

Chronique de l’album Lou (Vanguard Records) :

http://www.concertandco.com/artiste/joseph-arthur/critique-cd-achat-vente-18306.htm

 

Site officiel/Joseph Arthur :

www.josepharthur.com

 

Fan(s) site :

www.lonelyastronauts.com

 

Kollectiv’ Elliott

Just A (short) Story From Sommières

ElliottWithNovels

 

En marge de son superbe show donné ce vendredi 16 mai 2014 à Sommières – en formation acoustique, mais néanmoins accompagné de ses fameux Normandy All Stars ! – le légendaire songwriter/écrivain US Elliott Murphy a tenu à poser avec les deux nouvelles originales (publiées par Kollectiv’Mode) écrites en lien avec son œuvre musicale et appréciées de ses feux. Des nouvelles éditées en série très limitée (100 exemplaires, montés et numérotés à la main) dont il ne reste que quelques rares exemplaires : avis aux amateurs !

Une belle soirée conclue autour d’un verre avec Elliott et les membres du groupe, après un show très dense de plus de deux heures, comprenant des extraits de son dernier EP Intime (Benedict’s BluesSweet Honky TonkLand of NOD) des grands classiques revisités pour l’occasion (Diamonds By The YardYou Never Know What You’re In ForLast of The Rock StarsGreen RiverCome On Louann), et des morceaux plus obscurs de son vaste catalogue (SonnyHollywood, Even Steven, Little Big Man, The Fall Of Saigon). Un pur et grand moment de Rock à conseiller à toutes et tous, à tout moment et dans toutes les positions…

/// Elliott Murphy /// Interview ///

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Exclu Musicale !!!

À l’aube d’une nouvelle année, pour le moins « animée », comprenant la double sortie du très récent EP (intitulé Intime) et d’un livre signé Charles Pitter revenant sur sa longue et belle carrière (Hardcore) – le tout suivi d’une longue liste de concerts à donner bientôt « en » et autour de notre hexagone remanié du propos – l’incontournable songwriter (et écrivain) US, Elliott Murphy, a tenu à faire une longue pause bla-bla en compagnie du très Kollectiv’Mode : Jacques 2 Chabannes.

 

Interview exclusive à lire et apprécier ci-après… accompagnée des photos éclairées de Lof !

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BIO

Elliott James Murphy est un « chanteur compositeur interprète » (auteur et journaliste) américain, né le 16 mars 1949 à Rockville Center (New York).

Entre son premier disque Aquashow (1973) et It Takes A Worried Man (2013) il a sorti la bagatelle de 32 albums (studio, Live et EP’s) publié moult articles (Rolling Stone, etc.) 6 romans et nouvelles (dont le récent Marty May/2013). Il a joué et enregistré avec les plus grands musiciens – Bruce Springsteen, Mick Taylor, Ian Matthews, Billy Joel, Phil Collins, Chris Spedding, Ernie Brooks (Modern Lovers), Doug Yule (Velvet Underground), Richard Sohl (Patti Smith Group), Jerry Harrison (Talking Heads), Kenny Margolis (Mink Deville), Paul Rothschild (The Doors, Janis Joplin) – et ne cesse depuis d’écumer les multiples scènes de la planète aux côtés de son complice et « double » musical (depuis 1998) Olivier Durand (guitare et voix/ex Little Bob Story) ou de son groupe, le Normandy All Stars. Il a récemment reçu la prestigieuse Médaille de Vermeil de la Ville de Paris, ville où il réside depuis 22 années. Un artiste complet, hors normes, qui se définit au mieux selon le savoureux précepte suivant : « Le Rock’n’ Roll est mon addiction, la littérature, ma religion ! ».

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« Intime et Personnel à la fois… »

X-IMG_8934Comme il semble en avoir pris l’habitude, c’est aux environs de son home « sweet » home Parisien que l’Elliott nous a fixé rendez-vous : à quelques pas du Grand Rex et du New Morning où il vient tout juste de donner deux magnifiques et intenses shows (ces 14 & 15 mars 2014) en compagnie de ses fidèles et talentueux Normandy All Stars. Hier, il aura sans doute fêté dignement son 65e anniversaire dans l’intimité familiale toute proche, après avoir entendu, la veille, une salle entière et réjouie entonner pour lui le traditionnel « Happy-y-y Beur-eur-eurthday to-ou… you ! Happy-y-y Beur-eur-eurthday to-ou… you ! » – comme il en a pris l’habitude depuis qu’il a décidé de le fêter chaque année sur ses terres de conquête, en son Murphyland d’état virtuel où il fait bon vivre, où les arts et le respect d’autrui font autorité, en lieu et place des « places » boursières, vues à court terme et viles théories avides de « toujours plus »…

Paris lundi 17 mars (temps nuageux et léger vent frisquet, histoire de parler un court instant d’autre chose…).

Casque sous l’bras et bandana bien vissé sur crâne, il s’avance en souriant, toujours visiblement sous le charme de ces deux soirées réussies et d’un déluge d’attentions en provenance de ses proches et Fans Hardcore, dont beaucoup ont tenu à le gratifier gentiment d’un présent, à cette annuelle occasion…

Suite à un échange détendu et un retour animé de concert sur ce weekend plus qu’accompli, place à ce qui suit, après les traditionnels tests « son », d’usage…

Elliott (goguenard, tasse de thé en pognes) :
Parfois, juste après avoir fait les tests de son, il m’est arrivé que les gens lancent l’enregistrement, mais que celui-ci s’arrête immédiatement pour cause de batterie vide… un complet désastre !

Je remarque que sa voix est bien plus forte que celle de son « lieutenant » Olivier Durand, que je viens juste d’interviewer l’avant-veille en compagnie de ses acolytes des Normandy All Stars (NAS).

X-IMG_8927Elliott (il acquiesce) :
Olivier parle doucement. Il joue très fort, mais il parle doucement, et… pas beaucoup !

Ha bon ? Quand il se lâche, pourtant, il n’arrête plus de parler : j’ai pas loin d’une cinquantaine de minutes d’Interview avec lui/eux, au final…

Elliott (il ouvre de grands yeux étonnés, et lâche, plus que circonspect) :
Vraiment ? Il a parlé et parlé pendant cinquante minutes ? Bien… Je n’en ferai que dix, moi, puisque c’est comme ça…

Tu viens de donner deux magnifiques shows « anniversaire » au New Morning, à l’occasion desquels tu viens également d’y fêter tes vingt-cinq années de présence sur cette même scène, cette année…

Elliott (pensif) :
Vingt-cinq années…

À cette occasion, tu as pas mal changé de répertoire, introduit des chansons oubliées ou laissées de côté pendant longtemps… comme Sonny ou Hardcore, des chansons venues de toutes les périodes, en gros…

Elliott :
Oui ! On a essayé, en fait… jeudi soir, nous étions près de Caen, où nous avons joué et essayé pas mal de chansons différentes, tenté des choses à chaque fois, et… nous aurons donc changé de répertoire chaque soir, oui !

Je sais que vous ne disposez pas de beaucoup de temps pour vous retrouver afin de répéter sur de longues périodes, avec les NAS… ils bossent aussi à « côté » et vous tournez pas mal juste en duo avec Olivier : est-ce que ce n’est pas difficile de changer résolument de répertoire, dans ces conditions ? Combien de temps est-ce que cela vous prends… généralement !

Elliott (ferme de ton) :
X-IMG_8957Pas très longtemps, non ! Parce que… Olivier et moi avons pris pour habitude de faire cette longue tournée en Espagne chaque année au mois de janvier, et… quelque chose que je faisais en « solo » au départ, pendant de longues années (cinq) puis avec Olivier… ces dix dernières années… ce qui me donne l’occasion de changer de répertoire à chaque fois, à cette occasion. Nous commençons par tester le tout ou faire revenir des chansons oubliées sous la forme de duo, et puis… nous faisons une liste de ces chansons que nous donnons aux NAS, à travailler de leur côté, et puis… au fur et à mesure, au cours des répétitions d’avant concert, ou de nos possibilités de répéter, ici et là… que nous ne rencontrons que cinq ou six fois dans l’année, rarement plus… voilà !

Ça parait « court », dis-moi, au vu de la qualité des shows donnés au final, comme ceux de ce weekend… et des morceaux joués qui ont même évolué d’un soir sur l’autre, en plus…

Elliott :
C’est vrai, oui, et puis, de toute façon, ils vont continuer à évoluer au cours de l’année à venir et des shows, comme à chaque fois…

Ce samedi, tu as enchaîné deux chansons issues de périodes totalement différentes : On Elvis Presley’s Birthday, d’abord (qui date de 1990) qui a rapidement débouchée sur Blissed Out In The Land of Nod, extraite du tout dernier Intime. Un superbe enchaînement qui a super bien fonctionné, qui mériterait même d’être dupliqué dans l’avenir…

IMG_5699Elliott (visiblement ravi de l’entendre) :
Yeah, c’est vrai ! Bâtir une Setlist demande de prendre de nombreux éléments en compte ! Des moments « rapides » et « lents », tenir compte de l’humeur globale des chansons… les accords ou les divers accordages qu’elles nécessitent… J’essaie donc toujours de voir comment cela sonne le mieux, parce que cela demande finalement de mêler ou croiser de nombreux paramètres, pour y arriver !

C’est toujours périlleux, il est vrai. Et puis on ne sait jamais comment ça va réellement « sonner », non ?

Elliott :
Cela demande du courage, de changer de répertoire ! Surtout quand le précédent fonctionne bien et logiquement, et que vous le maîtrisez ! Quand quelque chose fonctionne bien, on est toujours tenté de s’y reposer dessus pendant des années. Mais, en fait… c’est l’avantage d’avoir des Fans souvent présents dans le public ! Quand tu les regarde et que tu finis par les reconnaître, d’un endroit à l’autre… tu te sens obligé de changer de chansons, tu ne peux pas jouer les mêmes chansons, encore et encore, et encore…

10_cabannesDe même pour toi, en fait ! Cela doit te faire du bien de changer également… non ?

Elliott :
Oui ! Comme avec Sonny, que nous avons jouée pendant pas mal d’années, et puis arrêté, laissée de côté… pour finalement la ressortir ce weekend, et… ça fait plaisir…

Les versions étaient d’ailleurs accomplies, surtout celle du samedi soir…

Elliott :
C’est vrai, ça sonnait pas mal…

… Tout comme ces versions « lentes » de Diamonds By The Yards ! Qui sonnaient véritablement apaisées, axées avant tout sur la mélodie, l’émotion…

Elliott :
C’est vrai, oui…

IMG_5734En parlant d’« émotion », tu m’as eu l’air très ému, ce samedi soir, vers la toute fin du show…

Elliott :
Oui ! Peut-être parce que ces shows « anniversaire » représentent beaucoup pour moi. Ils sont spéciaux, depuis dix ans ! Et puis, réaliser que j’y joue depuis vingt-cinq années, désormais, au New Morning… et que tout cela va s’arrêter, le samedi soir, puisque cela fait maintenant cinq ans que nous jouons deux soirs de suite… ce samedi soir, donc, vers la fin du show, j’ai réalisé que cela touchait à sa fin, et bien sûr… tu ne veux absolument pas quitter la scène, même si tu sais que tu dois le faire, c’est comme ça, mais… c’est toujours difficile !

Pendant On Romeo Street, durant laquelle tu as raconté la très belle histoire de ta rencontre avec ta femme Françoise, tu as ému la quasi-totalité de la salle, toi y compris…

Elliott (il y repense durant quelques secondes, visiblement toujours ému) :

Je l’ai uniquement fait, à la base, parce qu’un vieux fan Suédois, tu as dû le voir, il portait un grand chapeau de cowboy samedi… qui vient à de très nombreux shows et qui est un fanatique absolu de Bob Dylan… est venu accompagné d’une fille en provenance du Canada, juste pour le show. Elle aussi est folle de Bob, so… C’est elle qui m’a demandé de jouer « Romeo Street », que je joue très rarement parce que le texte est très long, tu sais… je pense que c’est ma seconde plus longue chanson, niveau texte, après Put It Down ! Je l’ai donc apprise et jouée, et puis ai raconté cette histoire par-dessus… (NDRL : celle du retour à la vie musicale grâce à la France – alors qu’il était retourné vivre à New York chez sa mère, après avoir sorti quatre albums, mais sans contrat discographique ni « toit », à ce moment très précis ! – puis de sa rencontre d’avec sa femme dans cette fameuse Romeo Street, située près de la place de la Bastille ! Un moment rare, une mise à nu très très touchante)… et puis tout s’est enchaîné, c’était spécial… oui !

Ces deux soirées furent « spéciales »… ces nombreux Fans venus d’un peu partout… cette émotion, quasi palpable… deux très bons shows donnés avec Olivier et NAS… maintenant… Comment est-ce qu’on se projette vers autre chose, après CE moment qui est à chaque fois particulier pour toi et qui lance véritablement ton année à venir avec le groupe, et un nouvel album…

13-ElliottMurphy-NewMorning-15032014Elliott :
Vers l’Autriche ! Deux shows à y donner dès la fin de ce mois, et puis, nous n’y avons pas été depuis un bon moment, alors que… nous y avions gagné un prix en tant que « Meilleur show de l’année », il y a quelques années de cela ! Nous devions aussi y jouer à Vienne, à l’occasion d’un très gros festival, à cette même époque, et puis… il y a eu de grosses intempéries et le Danube à même débordé, plombé le festival ! Il pleuvait énormément, le jour où nous devions y jouer… alors, ben… retour à la maison !

J’espère que les conditions seront meilleures, cette fois, mais… C’est quelque chose que tu ne peux jamais contrôler, non…

Je vois de quoi tu parles ! J’étais à Pouzol-Minervois (près de Narbonne) il y a deux étés de ça, lorsque le ciel s’est soudain ouvert sur nos têtes pour laisser tomber des hallebardes, au bout d’une heure et quart de show, et où il a finalement fallu tout arrêter !

X-IMG_8961Elliott (il s’en souvient parfaitement et rit en y repensant) :
Tu as raison, oui, je m’en souviens… quelle soirée !

(Rires communs chargés de souvenirs : vu qu’il avait alors fallu courir ventre à terre pour se mettre à l’abri afin d’échapper au déluge insensé, dans l’herbe ultra glissante et la boue, tous feux éteints !!!).

À propos de ce tout nouveau EP, nommé Intime… tu as tout d’abord écrit une longue « lettre » à destination des Fans, sur ton site officiel (www.elliottmurphy.com) : expliquant,  avec force détails : le pourquoi du comment du disque, sa genèse, les raisons qui t’y ont poussé, etc. Dis-moi, tu penses aux journalistes, en faisant « ça » ? Qu’est-ce qu’il nous reste à raconter, après ? À faire découvrir ou expliquer aux lecteurs ? Tu y dis presque tout !

Elliott :
Tu veux dire que je joue ton rôle…

… Ou que tu m’empêches de le faire, en fait ! Tu me remplaces, sans me laisser aucune chance, en plus !

Elliott (il fait la moue, puis s’en amuse) :
C’est peut-être vrai. C’est vrai, mais… j’ai toujours entretenu une bonne relation avec mes Fans, ils aiment savoir ce qui se passe « derrière » ! Et puis, tu sais… j’aime écrire ! Écrire ce type de messages pour eux me plait beaucoup. Beaucoup. Je suis aussi un écrivain, comme tu le sais, et… je préfère d’ailleurs donner des interviews par écrit, en fait. Parce que… cela me permet de prendre le temps d’exprimer plus précisément et correctement ce que je pense ! Quand quelqu’un comme toi vient me trouver en tête à tête pour me poser des questions, et qu’elles s’enchaînent, je ne trouve pas le temps de m’exprimer au mieux, comme je le voudrais, plutôt, parce que je suis écrivain avant tout ; c’est mon mode d’expression, l’écrit. C’est plus facile aujourd’hui grâce aux mails, à internet, et j’en suis content…

L’un n’empêche pas l’autre ! Je les trouve complémentaires, ces deux « modes »…

X-IMG_8947Elliott :
Peut-être bien, oui. À propos de cet EP, Intime… Je tenais absolument à ce que nous sortions quelque chose de nouveau au moment de ces shows à donner au New Morning ! Gaspard (Murphy) a alors suggéré que nous sortions un EP !

Parce que vous étiez à « court » de temps… d’argent, également ? De…

Elliott (moue fataliste) :
À tous niveaux ! Tous ! Temps, argent… nous ne savions même pas où nous allions l’enregistrer ! Heureusement, Gaspard travaillait alors dans un studio situé pas très loin d’ici appelé Question de Son… il y travaillait sur un album à sortir de la chanteuse de Superbus, Jennifer Ayache ! J’ai alors pris la décision, pendant quelques semaines, d’écrire une chanson chaque jour ! C’est ce que disait Johnny Cash : « si vous êtes un songwriter, vous vous devez d’écrire une chanson chaque jour ! ». Nous avons travaillé sur dix ou douze chansons, au final, puis… Gaspard et moi avons choisi les cinq que nous préférions, et puis, vu que les possibilités et disponibilités étaient minces, nous avons finalement enregistré ces cinq chansons en deux jours !

Ça fait « court », effectivement ! Et, concernant le reste du « processus » ?

Elliott :
En dehors des deux jours de studio, nous avons également travaillé dessus à la maison… ajouté quelques « overdubs » plus tard, ici et là, et… un jour pour le mixage, UN !

Ça fait « court », là aussi, non ?

Elliott :
Très, oui ! Françoise (Viallon-Murphy) ma femme, a alors pris cette photo destinée à la pochette du disque… Cette fenêtre qui donne sur la rue, devant laquelle je m’assois quand j’écris des chansons… On peut donc dire que l’ensemble du projet Intime, nous l’avons entièrement imaginé, planifié, enregistré et finalement sorti, entre décembre et mars ! Plutôt rapide…

… Surtout au vu du résultat final, vu qu’il est superbe et contient de fantastiques chansons ! Il a également l’avantage d’être 10-ElliottMurphy-NewMorning-15032014plutôt « sobre », en termes de production : juste quelques ajouts, instruments ou sons, ici et là, en dehors des bases rythmiques d’Alan Fatras (Batterie) et Laurent Pardo (Basse) et des guitares d’Olivier, bien entendu !

Elliott :
Oui, c’est volontaire, c’est exactement ce que je voulais : que ce soit différent, enfin, que cela « sonne » différemment… j’ai d’ailleurs depuis décidé de sortir désormais un EP tous les six mois, dans cette même veine ! À la place d’un LP par an, comme je le faisais jusqu’ici.

Pourquoi… parce que c’est plus facile aujourd’hui ?

Elliott :
Un album, c’est un plat solide à avaler d’un coup ! Douze chansons…

De plus, l’attention des gens se porte habituellement sur deux ou trois chansons, au mieux. Ce format me semble bien plus facile à ingérer aujourd’hui. Sans compter que l’attention des gens tend également à se rétrécir beaucoup… de plus en plus !

X-IMG_8936Beaucoup en sont venus à n’acheter aujourd’hui qu’une chanson issue de tel ou tel album, ou pire encore, d’un artiste, pour les « mixer » par la suite dans leur Ordi et les y jouer en mode « aléatoire ». Il est donc de plus en plus difficile de bâtir les choses sur la longueur, de prendre le temps de penser le tout en terme d’album, d’unicité de carrière, comme c’était souvent le cas « avant »…

Elliott :
Exactement ! On va déjà voir ce que vont en penser mes Fans. Voir si cela les intéresse, cette nouvelle façon de procéder. Et puis, bon… avec la programmation de mes tournées, les nombreux shows à donner… cela devient de plus en plus difficile d’arriver à prendre le temps d’entrer en studio, d’enregistrer un album… je vais d’ailleurs également « ralentir » un peu à ce niveau : depuis quelques années, nous donnons près de cent concerts par an. Ça fait beaucoup !

Effectivement, tu n’arrêtes pas… À propos de cet EP, et plus précisément de Benedict’s Blues, qui est ma préférée de l’album…

Elliott :
… Tu sais, à propos de cette chanson, je ne me souviens même pas comment elle en est arrivée à ce qu’elle est ! J’avais cette suite d’accords… non, j’ai même eu le refrain, d’abord ! Et… je ne sais pas pourquoi… vu que je ne suis pas catholique et ne connais pas grand-chose des Saints… je ne sais toujours pas pourquoi celui-ci (Benedict = Benoît en Français) m’est resté fiché dans la tête… (NDLR : peut-être bien parce que le 16 mars, date de naissance d’Elliott, est également celui de la Sainte Bénédict(e), chez-nous ?)

Elle sonne super bien, en tout cas !

Elliott (ravi) :
Absolument. Super bien. Saint-Benoît était par ailleurs celui qui avait dicté la totalité des règles quotidiennes de vie aux moines ! C’est probablement de cela dont il s’agit ici… au niveau de cette chanson.

X-IMG_8968(NDLR : élaborée en 540 sur le Mont-Cassin/Italie, La Règle de Saint-Benoît de Nursie élabore, dans ses moindres détails et à tous niveaux, les multiples règles de la vie monastique : valable et toujours suivie par beaucoup, encore aujourd’hui).

Celles que tu dois t’astreindre à « suivre » au quotidien pour continuer ?

Elliott (sourire énigmatique en bouche) :
Qui sait ? Celles que chacun doit suivre, probablement…

Restons « Rock »… parlons de ton chat !

Elliott :
De chats ?

Celui dont tu parles à la fin de cette même chanson…

Elliott :
IMG_5705Oh, celui-là, le mien… S’il y avait une feuille de papier posée, là et maintenant, sur la table, il s’assiérait immédiatement dessus. C’est ce qu’il fait toujours à la maison. J’écris généralement dans ma cuisine, devant la table… où se trouvent des feuilles un peu partout autour, et… mon chat vient toujours s’asseoir sur la feuille blanche ! Toujours se poser dessus…

… mais, comme tu le souligne au niveau de ton texte, il n’a pourtant jamais rien écrit !

Elliott (énigmatique du regard) :
Pas que je sache ! (il éclate alors de rire !).

C’est aussi une étrange, mais intéressante, façon de finir une chanson, à l’aide de ce : « Au tout début… ».

Elliott :
« In The Beginning ! »… Oui, c’est vrai, tu as raison ! Je n’y avais pas réfléchi jusqu’ici… j’aime ça, oui !

Parlons de Sweet Honky Tonk, tiens… pour changer ! C’est carrément une chanson bâtie pour la scène, non ? Comment tu vois les choses, à ce niveau…

Elliott (il se redresse, approuve du chef) :
Oui ! C’est vrai qu’elle est très énergique, Live ! Mais, tu sais… quand je suis dans ce processus étrange, qu’est l’écriture d’une chanson… Je suis littéralement transporté dans un monde différent, un univers différent… je ne me regarde pas vraiment écrire, donc…

… Oui, tu es dans l’écriture… point !

Elliott :
Exact ! Je ne me souviens donc pas forcément du pourquoi du comment de son processus d’écriture… après coup. Maintenant, pour Sweet Honky TonkEndless Nights Were Calling, c’est la première phrase du morceau, je pense que… cela m’est venu d’un poème, d’une poétesse Américaine nommée Emily Dickinson : connue pour avoir écrit de la poésie sans l’avoir jamais montrée à personne, parce qu’elle la cachait sous son lit, et… qui n’aura donc été connue et publiée qu’après sa mort, elle est aujourd’hui très connue… un de ses poèmes, nommé Wild, Wild Nights, était très connu (Wild Nights, Wild Nights, en réalité !) et j’y ai alors pensé.

BlancLa seconde ligne parle de corbeaux, elle, parce que… tu sais, il y en a beaucoup qui viennent à la fenêtre de ma cuisine… J’ai écrit quelques chansons à propos de corbeaux, d’ailleurs, comme Black Crow ! Ils vont et viennent sans arrêt à ma fenêtre… Pour une raison qui m’est inconnue…

… Tu cites également pas mal d’autres personnages, au niveau de cette chanson… Marylin, la Reine Élizabeth, « Abraham, Martin & John »

Elliott :
Oui, mais, en dehors de cela, qui peut toujours s’expliquer, se détailler… c’est par contre très difficile de parler du processus de création d’écriture, concernant la musique ! Tu prends juste la guitare, et… la chanson… sa mélodie, ses changements d’accords, semblent littéralement se trouver dans la guitare ! Difficile, voire impossible, de dire « pourquoi » et « comment » cela se passe, s’écrit… Parce que, à force, tu es tellement habitué à faire corps avec ta guitare, que… c’est exactement comme respirer ! Tu n’as plus à penser à respirer, tellement c’est devenu naturel… c’est un peu pareil à ce niveau : tu prends ta guitare, et tu joues…

… Tu n’es pas là à te dire, je vais y mettre « tel ou tel accord », et puis après le « sol » ou le « la majeur », j’enchaînerais avec un…

Elliott :
… Jamais ! Je ne procède jamais comme ça. Bien sûr, tu penses parfois à l’accordage qui lui irait le mieux, ou celui que tu 11_cabannessouhaiterais utiliser, mais, pour le reste, concernant le corps de la chanson, les accords qui la composent, cela se fait toujours de façon très « naturelle »… Toujours !

Concernant un autre futur « incontournable », de Intime : tu as donc finalement décidé de sortir ta propre version Démo de Land Of Nod, en lieu et place de celle enregistrée avec le groupe et ton fils Gaspard. Tu peux nous dire pourquoi ?

Elliott :
Tu connais déjà en partie l’histoire, j’en ai parlé sur le site : nous étions en studio, avions bossé près de trois heures sur celle-ci, et, rien à faire… je commençais à me sentir réellement frustré par cela : commençais à hurler après Alan, puis après Laurent : « vous n’y êtes pas du tout ! Ça ne swingue pas ! Ça ne fonctionne pas ! » ; après Gaspard également, chargé de produire l’album, et… finalement, rien n’arrivait à retrouver l’émotion de la version Démo ! Nous avons donc commencé à travailler à partir de celle-ci, sur celle-ci. J’ai même joué de la basse dessus et Olivier a ajouté des parties de guitares… Blissed Out In The Land Of Nod ! Tu sais, ce EP est vraiment truffé de références bibliques…

Blanc… Je l’avais noté, oui !

Elliott :
C’est venu juste comme ça, sans que je sache réellement pourquoi…

… En lien avec quelque chose que tu étais en train de lire, peut-être ?

Elliott (dubitatif) :
Non, pas vraiment, non ! Je ne sais vraiment pas pourquoi il contient toutes ces références bibliques, je ne suis pas du tout quelqu’un de religieux et n’entre dans les églises qu’à l’occasion des enterrements ; trop souvent, malheureusement ! Quoi qu’il en soit, cela provient de l’histoire de Caïn et Abel., et… après que Caïn eut tué Abel, il fût envoyé sur la terre de Nod, qui a été localisée à l’Est D’Eden… qui est également un film, avec James Dean, et… je ne sais pas exactement comment, mais il y a un peu de tout cela dedans… Même s’il m’est difficile d’en parler…

C’est également une façon de pointer les choses, de relier ce genre d’évènements à notre époque perturbée…

X-IMG_8975Elliott (il lève les yeux au ciel, secoue la tête) :
Nous vivons dans un monde où l’homme tue encore et toujours son frère, tout comme Caïn.  Et il existe de multiples façons d’être « Blissed Out » ! Ce qui signifie ici : « sortir de l’état de félicité », de la terre bénie d’origine ! Nous avons aujourd’hui de multiples possibilités et façons de nous divertir, oui, mais nous vivons encore dans un monde de guerres et meurtres, nous y tuons nos frères, et, quoi qu’il en soit… ces temps sont durs ! Mais, je me sens encore et toujours optimiste, sur ce sujet : des temps meilleurs viendront.

Des temps meilleurs… avec les hommes ?

Elliott :
Oui ! Je reste résolument optimiste, à propos de l’humanité…

Je le pense également… « nous » trouverons bien une façon de changer tout cela un jour…

Elliott :
… Oui ! Nous trouverons un moyen, j’en suis sûr ! Il en va de même au niveau de ma vie : je suis optimiste. Lorsque je suis venu à Paris, il y a vingt-cinq années de cela… jamais je n’aurais imaginé y habiter aussi longtemps… jouer au New Morning… à l’occasion de ces shows « anniversaire »… mon fils partageant la scène avec-moi… j’ai été « béni », d’une certaine façon !

Est-ce qu’à cette « fameuse » époque, tu imaginais seulement pouvoir encore être sur scène à 65 ans ?

Elliott (il souffle, lève les yeux au ciel, sourit…) :
Je n’imaginais même pas pouvoir remonter sur scène un jour, à cette même époque, alors… être encore-là, toutes ces années plus tard, imagine un peu ! Mais, tu sais, j’adore le Blues et j’ai toujours écouté ces gars jouer, comme Muddy Waters, et… plein d’autres ! Ils étaient tous vieux !

… Et jouent ou joueront tous, jusqu’à la fin !

Elliott (moue fataliste) :
IMG_5417Oui ! Parce qu’ils n’ont pas d’autre choix : ils jouent pour gagner leur vie, et, dans un sens, c’est ce que je fais aussi : c’est mon travail !

C’est aussi LE thème central de ton livre Marty May (Joëlle Losfeld Ed./2013) avec celui, sans pitié, du milieu de la musique… des divers chemins à prendre ou choix à effectuer tout du long d’une carrière… des fortunes diverses des musiciens : ceux qui dédient leur vie à la musique, en tout cas…

Elliott :
J’en parle beaucoup dans Marty May, oui ! D’une certaine façon, le Blues est la plus pure forme d’expression musicale, parce qu’il est essentiellement NON commercial ! Ces musiciens doivent donc jouer, point ! Pas d’autre choix pour eux…

Jusqu’au bout… sans se soucier aucunement de leur âge ou de leur condition physique, aussi, parfois…

IMG_5409Elliott :
Regarde BB King, par exemple… toujours-là ! Toujours en tournée… je suis comme lui, je ne peux pas m’offrir le luxe de penser à quitter la scène… j’y gagne ma vie…

… Ce n’est pas juste cela, non ?

Elliott (il s’éclaire) :
Non ! Regarde Picasso, il a continué  à peindre jusqu’au bout, jusqu’à ses 92 ans ! Qu’est-ce que je pourrais faire d’autre ?

… Composer, écrire et jouer. C’est sûr !

Elliott :
Traîner dans les cafés et regarder les jolies filles passer, ou celles assises à côté, voilà ce que je devrais faire…

Blanc… C’est bien aussi, on a vu pire !

Elliott (en riant) :
… C’est plutôt bien aussi, c’est vrai…

… Pas de là à ne faire que ça, non ? Et puis, jouer, écrire, tourner et composer, parler et rencontrer son public, c’est toujours mieux que de vendre des téléphones pour vivre… vrai ?

Elliott :
Je ne peux pas l’imaginer. Pourtant, tu sais, j’ai fait pas mal de boulots différents… j’ai été chauffeur de taxi… j’ai travaillé dans le bâtiment… au secrétariat d’une exploitation agricole,  pendant deux années… travaillé dans des restaurants, dont le restaurant de mon père… Comme j’aime à le dire : « j’ai occupé la plupart des postes et fait les jobs dont Bruce Springsteen parle dans ses chansons, mais que lui n’a jamais occupé ! » (il rit franchement après cette « saille » amicale).

Ce qui ne l’empêche pas d’être clairvoyant dans ce qu’il fait…

Elliott :
Sûr ! C’est le meilleur !

Tu l’as vu sur scène, récemment ?

BlancElliott :
Pas depuis le Stade de France, l’été dernier !

(Où Elliott l’avait rejoint sur scène pour y jouer Born To Run, accompagné de son fils Gaspard !).

Pour en revenir à Intime : Every Little Star, qui clôt le EP, est une chanson très intéressante, très « douce amère » et décalée à propos du succès… de la réussite, ou de ce que l’on nomme « réussite »…

Elliott :
C’est la première chanson que j’ai écrite pour Intime… je ne la trouvais pas si « bonne », mais, Gaspard lui, l’a aimée, nous l’avons donc enregistrée ! Elle contient cette ligne que tu aimes bien et que je trouve très vraie : « Est-ce que tu préférerais être heureux, ou bien dans le vrai ? ». C’est une bonne question !

Une question « clé » à laquelle tu as déjà trouvé une ébauche de réponse, ou bien LA réponse ?

Elliott (il écarte les bras, comme impuissant) :
Bien sûr que non ! Je ne connais pas les réponses, pas une de celles que j’ai posé dans mes chansons, seulement les questions ! J’ai coutume de dire, que : « j’aimerais parfois être celui qui s’exprime dans mes chansons ! »… (il rit franchement à cette évocation). Ce qui ne m’empêche pas d’aimer mes chansons…

Quoi qu’il en soit, c’est une très belle ligne… qui pourrait occuper une vie, enfin, on pourrait dire que c’est l’histoire d’une vie, ce questionnement…

12_cabannesElliott :
C’est ça, oui : l’histoire d’une vie…

Tu dois par contre pouvoir être capable de répondre à ma prochaine question, je crois… Lorsque j’écoute ce EP, je me dis que tu es l’un des rares, parmi les artistes Rock « majeurs »  en provenance des 70’s, à encore et toujours garder ce niveau d’écriture ! Tu parlais de Bruce, tout à l’heure, il a beau être exceptionnel sur scène, ses disques actuels ou récents n’ont plus la même acuité, la même qualité d’écriture… Dylan, lui, sort toujours quelque chose d’à moitié réussi et à moitié dispensable… depuis Time Out Of Mind et par rapport à ses hauts standards passés ! Clapton est en roue libre, Neil Young, sur courant « alternatif »… Mc Cartney fait du « 1 sur 3 ! », au mieux… Les Stones, eux, se sont perdus totalement et depuis longtemps… En ce qui te concerne, par contre, tu ne faiblis pas : on pourrait aisément caser des chansons comme Land of Nod, Sweet Honky Tonk ou Benedict’s Blues, au sein de n’importe lequel de tes albums les plus reconnus ou « réussis » ! Comment tu expliques cela…

Elliott (il secoue la tête, puis sourit malicieusement) :
BlancJe pense que c’est parce que je suis très « limité », en tant qu’artiste ! (sourire énigmatique)… Je ne suis capable de faire des choses, que lorsque je me sens passionné pour elles. Dans le cas contraire, impossible ! Donc… à chaque fois que je sens le besoin de sortir un album, je veux absolument qu’il soit LE meilleur de tous… comparé à ceux que j’ai enregistré jusqu’ici. J’écris chaque nouvelle chanson en voulant qu’elle soit LA meilleure de toutes. Je crois fortement en ces chansons, toujours, tu sais…

Ça ne vaudrait pas le coup, sinon ? Autant faire tout autre chose, en gros…

Elliott (il fait « oui » de la tête !) :
Elles racontent toutes la même histoire ! En font toutes partie, en quelque sorte…

We’re Only In It For The Money ! Disait Franck Zappa (« nous le faisons seulement pour le fric ! ») tu n’es donc pas dans ce cas…

Elliott (il rit à cette évocation) :
C’est mon cas aussi, oui, parce que c’est comme cela que je gagne ma vie, mais… des gars comme Bruce et Bob ne le font pas pour l’argent non plus, tu sais, c’est encore différent… ils pourraient tous les deux prendre leur retraite en ayant gagné assez d’argent pour les deux générations à venir, au moins… sans que celles-ci n’aient besoin de travailler non plus pour vivre… mais, bon, en un sens, j’aime plutôt le fait de ne pas être à ce « niveau » !

IMG_5819C’est à dire ?

Elliott :
Je suis à un niveau de réussite, un bon niveau de succès, qui fait que je me dois de continuer, et… je peux être relativement anonyme, quand je marche dans la rue… quant aux gens que je croise et ceux qui me reconnaissent, ils sont généralement plaisants et gentils avec-moi…

… Du genre ?

Elliott :
Lorsque cela arrive, ils m’arrêtent juste pour me remercier ou me dire qu’ils aiment ce que je fais, ou : « j’ai été voir vos shows, bravo et merci ! »… ils n’essaient pas de lacérer mes vêtements ou de couper une mèche de mes cheveux ! Dans le même temps, je me dois de conserver cette motivation, parce que j’en ai besoin : je gagne ma vie en faisant ce que je fais… je fais vivre ma famille grâce à ça : en écrivant mes chansons ! Tout cela est donc très clair dans ma tête : j’écris des chansons, je les enregistre, puis part les jouer Live, et Blancainsi de suite, le tout par cycles, mais… cela s’arrêtera un jour, c’est sûr !

Un jour lointain ! Par contre, puisque l’on parle de ton « job », il consiste aussi à sortir des choses nouvelles ou inédites à destination du public et des Fans… est-ce que tu as encore beaucoup de choses sous le coude, dans tes « archives » ?

Elliott :
J’en ai sorti pas mal par le passé, au niveau de mes Vintage Series… qui ne sont plus trouvables mais que l’on peut télécharger en digital, désormais, via iTunes ! Je vais par ailleurs commencer une nouvelle série de Vintage, très bientôt : en ce qui concerne les 60’s et 70s, j’ai à peu près tout sorti, mais… il en reste beaucoup au niveau des années 80 et 90 !

Généralement, lorsque tu « boucles » un album, tu laisses beaucoup de choses de « côté », ou bien est-ce vraiment variable…

Elliott (après quelques secondes de réflexion) :
Pour Intime, j’avais douze chansons au départ, pour finir à cinq… Pour, It Takes A Worried Man, j’en ai laissé trois ou quatre de côté, et… l’album devrait d’ailleurs ressortir bientôt aux USA avec quelques morceaux « bonus »…

BlancGénéralement, lorsque tu te penches sur tes « archives », tu…

Elliott (il m’interrompt, hilare) :
… Mes « archives », comme tu dis, ça n’est jamais que mon bordélique bureau ! Rien de plus !
Actuellement, j’ai deux, enfin… un de mes bons amis est un photographe très connu du nom de Bob Gruen ! Tu le connais ? C’est lui qui a pris cette fameuse photo de John Lennon portant un t-shirt « New York City »…

… Je vois, oui, elle est hyper connue !

Elliott :
Hé bien, il a filmé certains de mes shows, dans les années 70, et, nous avons trouvé des vidéos qui ont été transférées sur DVD, mais… je n’arrive plus à les retrouver ! Je sais pourtant qu’ils sont là quelque part, dans mon bureau en bordel ; ils y sont, oui, mais…

… Comme tu me l’as assuré à chaque fois, de la même façon, pendant presque 10 mois, à propos d’un vinyle manquant de l’album Strings Of The Storm, que tu m’avais offert incomplet en avril 2013 ! Jusqu’au jour où tu m’as envoyé ce mail « historique », « triomphant » : « ça y est ! Je l’ai… je l’ai ! ».

Elliott (il éclate de rire) :
Tu vois, c’est ça ! Absolument. C’est exactement ça : mon bureau en bordel ! (rires partagés derechef)… j’en suis sûr, donc, ils sont quelque part, et… lorsque j’aurai mis la main dessus, nous pourrons les sortir officiellement sur DVD… un jour ! (le tout suivi d’un dernier éclat de rire, baigné d’une douce incertitude…). Aujourd’hui, en ce qui me concerne, c’est plus une question d’« organisation », que d’« inspiration »…

X-IMG_8977Apparemment, mais, vu que c’est plutôt du « digital », désormais, est-ce que ça te simplifies les choses, à ce niveau…

Elliott (il fait « non » de la tête) :
Pas du tout ! J’écris ou compose des nouvelles chansons tout le temps, sur mon iPhone… j’en perds certaines ou bien, attends… je vais te montrer à quoi ça ressemble… (il sort son iPhone, me montre toute une (très longue) liste de chansons ou idées qui s’y enchaînent, tente de m’en faire écouter une ou deux, mais… impossible ! Reviens alors au sujet initial…)… ce sont juste des idées de chansons, avec des titres temporaires, des bribes de mélodies… tiens, regarde, celle-ci est une chanson que je suis en train d’écrire sur mon ami Lou Reed… (impossible d’arriver à l’écouter non plus !)… Des tonnes de choses… tiens, la Démo originale de Sweet Honky Tonk, tiens, écoute… (un « bug » semble malheureusement vouloir s’immiscer entre ses « bandes de travail » et nous ! Il semble désolé, revient de nouveau à la conversation)… Il y a aujourd’hui tellement de façons différentes d’enregistrer ou composer, via le digital, mais… lorsque c’était fait sur une K7, à l’époque, c’était plus simple : dans un ordre précis, linéaire, logique, alors qu’aujourd’hui, pfff… c’est toute une affaire d’arriver juste à les organiser ou les classer…

… Ou les retrouver, juste, il semblerait…

Elliott :
Oh, oui ! Déjà, bref…

… C’est hyper facile d’y perdre quelque chose, en plus, dans tout ce qui est digital, parfois, même, c’est quasi incompréhensible : une chose était-là, et, la fois d’après, ça a « disparu » ! Pourquoi et comment… dur à dire ! Quant à l’expliquer rationnellement…

Elliott (il opine du chef trois ou quatre fois) :
J’en ai perdu beaucoup comme « ça », oui… absolument ! On y perd beaucoup de choses et tout le temps !

Ce pourquoi j’aime surtout les « bandes » ! On peut couper, remonter, coller…

BlancElliott :
Parce que c’est « vrai », ça existe, c’est matériel… bref… j’essaie de le faire chaque jour ou presque : écrire, composer et noter des idées… en dehors des moments qui succèdent à l’enregistrement d’un album : moments durant lesquels je me sens toujours « sec »…

Tu as besoin de te sortir complètement d’un album avant de pouvoir te projeter sur le prochain, ou le projet suivant…

Elliott :
Exactement ! Avec ce Intime, d’ailleurs… la façon dont ces cinq chansons fonctionnent ensemble, me semble très différente de It Takes A Worried Man

… Exact ! En termes de « son », également…

Elliott :
Tout me semble différent, en fait, cette fois : à la fois le son et les chansons, le sont ! Parce que… Quand j’ai écrit ces chansons, j’étais seulement armé d’une guitare à cordes de nylon et en jouant tout doucement dessus, assis à la table de ma cuisine, à cause d’acouphènes gênants qui me handicapaient pas mal à ce moment-là.

C’est perceptible avec Every little Star, par exemple, durant laquelle on peut aisément t’imaginer te la chuchoter dans l’intimité de ta cuisine…

Elliott :
C’est vrai, oui…

En parlant de « production », comment est-ce, de travailler aujourd’hui avec ton fils Gaspard, dont l’importance ne cesse de croître au fur et à mesure de tes « sorties »…

Elliott :
Il a entretemps produit l’album de Jennifer Ayache, chanteuse de Superbus, donc… cela lui a permis d’emmagasiner pas mal d’expérience… il a été en studio avec son groupe Duplex, également… depuis It Takes A Worried Man, il a acquis pas mal d’expérience, et donc… il continue à en accumuler, à apprendre, parce qu’il est encore très jeune, tu sais, donc… et le fait de le faire avec-moi est peut-être le meilleur moyen pour lui d’avancer et proposer… (Interview de Gaspard à découvrir ici : http://www.concertandco.com/critique/concert-duplex-interview//48051.htm)… Pourtant, tu sais… autant j’adore composer et arranger, sortir des disques, autant je déteste enregistrer en studio, parce que c’est le procédé le moins « naturel » et frustrant qui soit !

IMG_5868Parce qu’il faut sans arrêt rejouer la même chose, encore et encore ?

Elliott :
Oui ! Il faut sans arrêt reprendre, rejouer les choses en boucle, tout en tentant d’en garder la passion initiale… entouré de tous ces micros, ces amplis, cette sorte de surenchère technique ! Ce qui fait que, je ne me suis jamais senti tout à fait à l’« aise » en studio… de moins en moins, en fait ! J’ai de plus en plus horreur de « mixer »… j’aimerais juste revenir à la fin, écouter et dire : « on devrait ajouter ceci ou enlever cela ! », juste ! Concernant Gaspard, l’avantage, c’est que ma musique est pour lui l’équivalent de ce qu’est la neige à un Eskimo… il a toujours baigné dedans, cela lui est naturel…

… Comme une bande-son de sa vie…

Elliott :
Oui, mais, je ne pense pas qu’il serait d’accord avec ça ! Le premier disque qu’il a acheté était un disque des Spice Girls ! Blanc(rire franc !).

Je ne crois pas qu’il soit d’accord avec « ça » aujourd’hui… je devrais peut-être l’effacer de l’interview…

Elliott :
Je crois, oui, efface-le ! Mais, bon, d’un autre côté, c’est vrai, alors… Bref, maintenant, c’est lui qui m’en apprends au niveau de la musique, qui me conseille tel ou tel artiste, comme avec Nine Inch Nails, par exemple…

C’est donc pour cela que vous aviez fait une belle version acoustique de Hurt, tous les deux, « père & fils » confondus, l’année dernière…

Elliott :
Absolument, cela vient de lui…

C’est une chansons que j’adore, l’une de mes préférées des dernières décennies… tu l’as déjà entendue avec David Bowie ? Cette version envoûtante qu’ils jouaient en duo, lui et Trent Reznor, lors de la tournée de Bowie aux USA en 1995 ?

Elliott :
12-ElliottMurphybyLof-1503213Absolument, elle est incroyable ! Une superbe version…

Voilà le genre de choses que tu devrais mettre en ligne sur ton site officiel, votre version de Hurt… dans ta section Mp3 qui n’est plus très souvent alimentée en raretés ou versions Live

Elliott (fataliste du ton) :
Le site est alimenté entre Nashville, par mon ami Steve, le Webmaster, et moi-même, ici… je dois donc lui envoyer à chaque fois les fichiers, pour qu’il puisse le faire ensuite, et… c’est contraignant !

Nous parlions juste avant du fait que tu n’aimais pas du tout entrer en studio puis y passer du temps…mais, dis-moi, c’était comment, au début ? La première fois où tu en as eu l’opportunité, le moment où tu y as enfin eu accès pour enregistrer tes chansons…

Elliott :
BlancLa première fois où je suis entré en studio pour y enregistrer mes chansons, enfin, pour y enregistrer des démos, en 1972, afin de démarcher des maisons de disques… j’étais littéralement fasciné… je n’avais jamais entendu ma voix comme cela… enregistrée de façon professionnelle… juste ma guitare et ma voix, ça a été un moment « magique » ! Par contre, enregistrer Aquashow aura été très stressant ! Parce que, au niveau de ton premier album, il y a tellement d’enjeux… tu sais que c’est TA chance, que tu ne dois surtout pas la foutre en l’air…

Ton avenir tout entier tient dans tes mains…

Elliott :
Exact ! Chaque album a par ailleurs sa propre histoire. Aujourd’hui, quand je repense à un album précis, je pense surtout aux histoires « derrière », aux lieux… Lost Generation a été enregistré à Los AngelesJust A Story from America, à Londres… que des histoires ou situations différentes… Il y a, pour moi, l’histoire personnelle ET l’aventure musicale, toujours…

Tout ne fini pas par se confondre, au bout du compte ? Pas mal de musiciens sont incapables de dire, après-coup, quand il ont enregistré « tel ou tel » morceau, « quand » et « où »…

Elliott :
Tous les studios se ressemblent, c’est vrai, d’une certaine façon. Tu sais, les musiciens comme moi passent des heures et Blancdes heures à y jouer, enregistrer, tellement de temps ! (il secoue la tête longuement)… Il m’est arrivé souvent d’y passer jusqu’à 16 h d’affilée… des jours et des jours, des semaines entières… tu ne vois même pas le temps passer, les jours défiler ! J’aimerais parfois que l’on me rende toutes ces heures…

Pour en faire quoi, exactement…

Elliott :
Si seulement on avait pu me cloner… l’un de nous deux se serait rendu chaque jour en studio,  tandis que l’autre se serait contenté d’aller à la pêche, lui…

… Ou de regarder les filles passer, assis aux tables ou aux terrasses des cafés, ou bien… d’écrire !

Elliott (songeur) :
Ecrire… oui !

C’était ce que souhaitait avant tout John Lennon : entrer en studio, enregistrer rapidement et sortir le disque dans la foulée, aussi vite que possible : ce qu’il a fait avec Instant Karma, par exemple… qui est sorti le surlendemain, même si Phil Spector, producteur sur ce titre, s’y est opposé très fortement à l’époque en prétendant que c’était juste une version Démo du titre…

16-ElliottMurphy-NewMorning-15032014Elliott :
C’est vrai ! Tu connais la chanson Green River ?

(Il se marre, sachant que j’ai écrit une nouvelle originale à propos de cette chanson et même enregistré une version de ce même titre pour l’y glisser avec. Pour info : http://kollectivmode.com/category/edition)… Je l’ai écrite une nuit, le lendemain, je l’ai apprise au groupe… le même soir, nous l’avons jouée sur scène, et… nous sommes rentrés au Havre, deux jours après, et l’y avons enregistrée. Quelques semaines plus tard, elle était sortie !!! Pour en revenir à Instant Karma, elle a été enregistrée très très vite, oui ! Mais… il pouvait le faire, lui ! Je pourrais le faire aussi, mais, malheureusement… je n’ai pas la maison de disques Apple derrière, pour le faire, je n’ai jamais que Murphyland

Ce n’est pas un mauvais endroit, il y fait bon vivre…

Elliott :
Oui, on y vit bien, c’est vrai ! C’est aussi bon d’en être le « roi »… très agréable !

Tu viens de fêter tes soixante-cinq ans sur scène, a joué ou enregistré avec de très grands musiciens, sorti de beaux albums, certains sont unanimement reconnus… publié de beaux livres… donné des shows légendaires, comme celui de 4 h 20 mn donné à Verviers (Belgique : 22/11/03) : qu’est-ce qui peut encore te manquer, au jour d’aujourd’hui ? Y a-t-il des choses, projets parallèles ou avortés, duos ou autres, qui manquent encore à ta vie artistique… des choses que tu regrettes ou aurait aimé faire autrement, ou bien réaliser, tout simplement… dans le futur ?

Elliott (décidé) :
Non ! La seule chose qui me manque, au niveau de ma carrière… c’est de ne pas avoir eu des moyens plus « consistants », une grosse infrastructure, pour faire en sorte que mes shows soient meilleurs, sonnent mieux, que je puisse être meilleur… ou pas ! Peut-être que ça n’aurait pas été mieux, en fait, qui sait ? Pour le reste, je ne pense pas en termes de « futur » ! J’aborde juste chaque nouveau projet comme il se présente… je pense au prochain EP, au prochain livre !

BlancAucun manque, musicalement parlant ?

Elliott :
Si j’en avais eu la possibilité, j’aurais aimé jouer plus souvent du piano, sur scène…

Comme tu le fais en Suède, chaque année, mais, hé… tu peux encore le faire ! Tu sais encore en jouer, non ?

Elliott :
Oui ! Je le ferais certainement au New Morning, l’année prochaine !

Tu seras de nouveau sur scène au New Morning l’année prochaine, donc…

Elliott :
J’espère, oui ! Ils m’ont récemment proposé d’y revenir aussi une autre fois dans l’année, avant ces dates habituelles, mais, je ne sais pas si ce serait bien… une fois par an suffit amplement !

Et puis, c’est un événement à part entière : ton anniversaire, un nouveau disque, souvent… un nouveau répertoire… tes Fans qui viennent d’un peu partout pour l’occasion… tout cela est indissociable : les fameux Birthday Shows, quoi…

15-ElliottMurphy-NewMorning-15032014Elliott (il écarte les bras) :
Les Birthday Shows, oui ! Tu sais, encore une fois, rien n’a vraiment été prévu, à la base, quelques années en arrière… nous jouions juste une fois par an au New Morning… il se trouve que c’était en Mars, à proximité de mon anniversaire, on a donc fait en sorte que ça coïncide. C’est la seule façon pour moi de pousser les gens à me chanter : « Happy Birthday ! »… C’est très égocentrique, je pense ! (rires).

C’est pour cela que tu as fait durer les choses jusqu’à minuit, ce samedi 15, juste pour les entendre te le chanter ?

Elliott (large sourire sur trogne) :
Pas du tout, non ! Mais ils ont fini par chanter ! » (rires).

Un peu dans l’genre : je m’en vais te leur coller une version de dix minutes, de Diamonds By The Yards, afin de tenir jusqu’à minuit !

BlancElliott (après un gros éclat de rire) :
Pas du tout, non ! Je n’ai pas pensé une seconde à « ça », mais… ils l’ont fait ! » (rires, derechef !).

Il y a quelques mois de cela (fin 2013) un livre nommé Hardcore, revenant sur ta carrière et ta discographie, a été publié par Charles Pitter : livre empli d’anecdotes, révélations, mots choisis, interviews et chroniques, entre autres choses… je voulais savoir quel aura été ton rôle : ce que tu y a amené et comment tu trouves le résultat, au final ?

Elliott :
Hardcore a commencé à exister au travers d’une série d’articles écrits par Charles Pitter pour son site littéraire « online » Zouch ; ces articles ont par ailleurs reçu un tel accueil, que cela l’a poussé à écrire un livre complet, sous forme de biographie. J’y ai participé autant que faire se peut (ainsi que des fans de longue date, comme Pierre & Xavier, au niveau de ma discographie). J’y suis donc présent tout du long. Mais il représente bel et bien LA vision de Charles et son livre porte la marque de son très beau style. Un peu comme si L’Attrape-Cœurs (Salinger) se mêlait au Chronicles de Dylan croisant au plus proche du Mrs. Dalloway de Virginia Woolf. Nous avons tous deux passé pas mal de temps à chercher puis sélectionner les photos, afin que celles qui y figurent n’aient pas été utilisées avant. Je suis très satisfait du résultat… qui ne le serait pas à propos d’un livre qui revient de façon positive sur votre carrière ? J’espère également qu’il pourra trouver un plus gros éditeur. Je pense qu’il sera bientôt disponible via Amazon(.com).

BlancEst-ce que tu as travaillé main dans la main avec-lui tout du long de son processus d’écriture ?

Elliott :
Autant que j’ai pu et à chaque fois qu’il me l’a demandé. Ses questions étaient toujours très pénétrantes, bien loin des habituelles : « Comment vous vous sentez, comparé à Bob Dylan ? »… Le type de question qui m’ennuie aujourd’hui, à ce stade de ma carrière.

Est-ce que cette collaboration s’est étendue sur une longue période ?

Elliott :
Je pense que cela a duré pas mal de temps, même si cela ne m’a pas semblé l’être, tellement cela a été agréable. Pour la dernière « étape », je suis allé à Londres pour y signer les livres à destination des Fans qui ont contribué à lever des fonds, et puis nous sommes tous deux allés voir une pièce salace axée sur la nudité masculine. Une parfaite fin pour une telle Biographie (nommée Hardcore : une chanson extraite de l’album Beauregard axée sur la réalité crue, mais réelle, de l’amour physique…).

Est-ce que tu as déjà envisagé de travailler sur une autobiographie basée autour de ton art et de ta vie ?

Elliott :
BlancJ’y pense beaucoup et j’ai même commencé à en écrire une, dès 1973, nommée Seeds of Discontent, j’ai désormais besoin de la terminer. J’ai également travaillé (avec Éric Smets) sur une Bio en Français qui devrait sortir l’année prochaine… une magnifique expérience, également. Sans oublier que le fameux réalisateur Espagnol Jorge Arenillas travaille actuellement sur un documentaire revenant sur ma vie en Europe, qui s’intitule : Le Second Acte d’Elliott Murphy. L’année à venir sera forcément une année axée sur l’introspection, au bout du compte, en ce qui me concerne, ainsi que pour tout ceux qui se sentiront intéressés…

Tu penses qu’il est de ton « devoir » de le faire un jour, de sortir cette Bio, ou que quelqu’un d’« extérieur » doit s’atteler à le faire avec-toi ?

Elliott :
Je pense que tout un chacun devrait écrire ou dicter sa propre autobiographie, ce serait pour moi plus important que d’aller voter !

C’est quelque chose qui a déjà été planifié ?

Elliott :
Tu sais… J’ai projeté tellement de choses que je ne peux tout simplement pas tenir au final… J’aimerais également accompagner chacune de mes chansons d’un court-métrage réalisé par mes soins. Tu imagines ?

IMG_5855En tant que Fan de toujours, comment est-ce tu as trouvé le magnifique livre Chronicles Vol.1, premier volume de l’autobiographie de Bob Dylan ?

Elliott :
C’était brillant et captivant à la fois, bien sûr. Après tout, Bob Dylan est LE Picasso du Rock ! (en référence à un très bel article écrit dans les années 90 par Elliott, pour le magazine Français Rolling Stone).

LE genre de livre que tu aimerais avoir écrit à propos de ta vie et de ta carrière ? Ou que tu écriras un jour…

Elliott :
Tu sais… on a tellement écrit sur sa vie et l’intégralité de sa carrière, qu’il peut se permettre de trier et choisir exactement ce dont il a envie de parler, au niveau de son propre livre. Dans mon cas, je pense qu’il y a une demande pour des infos plus « générales », tout simplement parce que la plus grande partie des gens ne connaissent pas aussi bien ma vie et ma carrière… excepté toi, Jeff !

BlancQuels sont les livres traitant de musique les plus réussis, selon toi…

Elliott :
Je viens tout juste de finir Backstage Passes, de Al Kooper, qui m’a réjoui parce que je connaissais tant et tant de personnages qui y figurent. J’ai aussi aimé celui de Geoff Emerick à propos des Beatles à Abbey Road (En Studio Avec Les Beatles) et, bien évidemment, le Life de Keith Richards. Le problème restant, que, lorsque des musiciens deviennent trop riches et trop (re)connus, leur vie ne peut devenir qu’ennuyeuse à raconter à leurs lecteurs : « J’ai donc acheté cette nouvelle maison à la Jamaïque… et puis j’ai volé dans mon jet privé jusqu’à Cannes… », et ainsi de suite… Par chance (ou malchance) je n’ai pas ce type de problèmes. C’est bien malheureux que Robert Johnson n’ait pas écrit de livre, lui…

Ok ! Une dernière pour la « route », à propos d’Intime, cette fois… Autant finir cette « courte » interview avec ta plus récente actualité : son titre a évolué, est passé de Songs From The Kitchen à Intime: quelle aura été la raison de ce changement tardif ?

Elliott :
Parce que j’ai décidé que j’essaierai désormais de sortir une série de EP tous les six mois, dans cette même série intitulée Songs From The Kitchen, et que le premier se nommerait Intime. Habituellement, tous mes albums portent un nom différent avant qu’ils ne sortent finalement. Elliott Murphy s’appelait MurphylandIt Takes A Worried Man, Le Roi Solitaire (ou Le Roi Abandonné). Je sais, cela peut porter à confusion…

Il s’appelle Intime : parce que ces chansons ont été écrites dans l’intimité de ta cuisine…

X-IMG_8941Elliott :
Oui, assis à la table de ma cuisine, récemment : qui est tout simplement la plus grande (table) de toute la maison.

Intime : parce qu’à cette occasion très spéciale, tu as beaucoup écrit sur toi et tes sentiments les plus personnels, carrément intimes !

Elliott :
J’ai toujours plus ou moins écrit sur des sentiments très intimes, mais, au cours des jours et semaines durant lesquels j’ai écrit ces douze chansons, dont cinq ont atterri sur cet EP… pour une raison ou une autre, je me suis senti toucher au plus proche de mon intimité en regardant au travers de cette fenêtre, ces volets…

Intime : parce que tu n’es pas, par chance, artistiquement parlant, Lady Gaga ou Daft Punk, Taylor Swift ou Pharrell Williams… au niveau célébrité et en termes de ventes…

BlancElliott :
Qui est chanceux ? Jimi Hendrix ? Jim Morrison ? Amy Winehouse ? Tous ont pourtant été de gros vendeurs. Je pense que chaque fan est aussi important, ou vaut bien, n’importe quel autre, ça n’est pas important de savoir combien vous vendez et à qui. Je veux dire… Léonard de Vinci n’a eu qu’à vendre Mona Lisa à un unique acheteur et il est aujourd’hui le peintre le plus connu en ce monde.

Intime : parce qu’il a été juste « à l’heure » (In Time, en Anglais) pour tes deux shows « anniversaire » annuels du New Morning ?

Elliott :
Oui. J’aime ça ! Je déteste être en avance et me sens mal quand je suis en retard. Cette fois, donc, j’étais juste… à l’heure ! (In… Time !).

Intime : parce que tu l’as bâti et partagé avec ton fils Gaspard (ingénieur du son sur ce EP).

Elliott :
C’est vrai. De père à fils, et puis de nous à vous. Plutôt direct.

Intime : parce que tu vis en France depuis tellement d’années, que tu en maîtrises parfaitement la langue aujourd’hui…

Elliott (rigolard) :
Voilà ! Enfin le verite essentiel ! *

* (Pas retouché : en Elliott « Français » dans le texte !).

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Pour info/Liens à suivre…

Chronique d’Intime et de Marty May, à lire également ici :
http://www.concertandco.com/artiste/elliott-murphy/critique-cd-achat-vente-18400.htm

Chronique des deux shows donnés par Elliott Murphy & NAS, les 14 & 15 mars 2014 au New Morning (Paris) :
http://www.concertandco.com/critique/concert-elliott-murphy/new-morning-paris-10eme/47985.htm

Hats/Porter le Chapeau (nouvelle originale écrite à propos de l’album Elliot Murphy/2012) :
http://kollectivmode.com/porter-le-chapeau/

Quelle Était Verte… M’avaler ? (nouvelle originale écrite à propos de la chanson Green River + reprise originale et inédite de la chanson sur CD) :
http://kollectivmode.com/quelle-etait-verte-mavaler/

Chronique de l’album FortyFive, des Normandy All Stars, ci-après :
http://www.concertandco.com/cdvisu.php?s=normandy+all+stars

Site Officiel :
www.elliottmurphy.com

Facebook :
https://www.facebook.com/elliott.murphy.16

Un Kollectiv’ Peut en Cacher UNE Autre…

Afin que de fêter dignement cette unique Journée de la Femme – et sans doute pour se faire pardonner de ses nombreuses exactions menées contre l’autre « sexe », le restant de l’année… – Jacques 2 Chabannes (Kollectiv’Mode/Fiche Mâle !) rouvre ses archives et nous fait don d’une nouvelle COMPLÈTE attachée à ce jour polémique. Une généreuse offrande accompagnée de TROIS courtes émissions de radio entièrement dédiées à TROIS grandes artistes FÉMININES, injustement oubliées du temps, qui enregistrèrent leurs chefs d’œuvres en des années mythiques et polémiques, portées sur le changement, en tout cas…

Enjoy !

 

Visuel couv-meumeubleDUR DE LA FEUILLE
(Duck And Cover…)

Un conte moderne de Jacques 2 Chabannes
Disponible sur le site « en physique », accompagné d’une autre nouvelle inédite (celle-là)

 

« Parce que la Femme est un voisin comme les autres… »

 

Préquelle :

Juste un bulletin d’informations – court, informel, mou de la syntaxe – et voici la vie de Jean-Paul Martin qui bascule sans prévenir dans l’horreur la plus noire : la pire de toutes, celle qui a deux grandes dents pointues devant qui dépassent depuis l’ombre, attirent le regard et éclipsent finalement toute velléité d’ailleurs !

La Ciotat (Bouches-du-Rhône), samedi 8 mars 2010 :

Alors qu’il « médite » encore sur le contenu de la page Sports de La Provence, posé face à un petit café amplement « arrosé », Jean-Paul Martin se sent comme soufflé par le contenu de LA nouvelle du jour affiché en « Une ». Un petit article, gentiment troussé, lui apprenant tout de go qu’il existerait bel et bien une Journée de la Femme. Une incongruité déjà bien entamée depuis l’aube, mais néanmoins toujours légalement accessible jusqu’à minuit la fatidique. Une révélation qui lui fige le palpitant, lui retourne foie et tripes, le cloue profond sur place, palais asséché d’autant.

Quittant ex abrupto la mythique Brasserie du Vieux Port (son véritable foyer, sa destination quotidienne et privilégiée) il décide de laisser une chance à cette curieuse initiative, et ce, de la plus surprenante des façons : « Aujourd’hui, je ne toucherai pas à une seule petite goutte d’alcool, pas une. Rien. C’est promis et juré ! ».

Une décision, pour le moins courageuse et louable (soit) mais qui aurait mérité de rester « fille unique », histoire d’éviter l’irruption malencontreuse, du quasi suicidaire :

« Non seulement, je ne rentrerai pas bourré, ce soir, non, mais, en plus… je la traiterai pas de tous les noms si elle me braille encore dessus comme une possédée et qu’elle me confisque les bouteilles avant de passer à table ! D’ailleurs, le dîner, c’est moi qui vais le préparer, ha ! Voilà, c’est dit ! Et peut-être même que, ce soir, après, beaucoup plus tard… je lui offrirai aussi… ce que j’ai de plus gros ! » (raille-t-il alors à voix grasse, ravi de son bon mot, apprivoisant l’apesanteur comme jamais à ce jour parce que flottant littéralement de légèreté au-dessus de la chaussée).

Sorti en effet précipitamment du bar sous un déluge de rires moqueurs et vannes sonores de comptoir en provenance de ses plus fidèles compagnons de tournées, il se dirige tout droit vers le marché afin d’y mettre ses toutes dernières bonnes résolutions en pratique. Une bonne heure plus tard, après moult tergiversations, interrogations légitimes et demandes enfiévrées auprès de la gent commerçante de plein air, le voici revenu en ses murs, sûr de lui et de son choix. Il possède désormais de quoi leur préparer à tous deux un véritable repas de « fête », nanti, en outre, d’un beau canard VIVANT ! (tremblant de toutes ses plumes et remuant sans cesse du bec). Un palmipède bien gras du magret et promis aux affres de la rôtissoire maison qui gigote et se plaint, qui donne de la voix à pleins poumons : tentant ainsi d’alerter le vaste monde sur la tristesse de sa condition d’otage alimentaire, sur son devenir cutané, rissolé et craquant.

« Il est près de 14 heures, le temps presse ! » (déclame alors à haute voix, notre « born again cuisinier », plus que ravi : quasi impatient de pouvoir enfin en venir aux mains avec les divers ustensiles ménagers prévus à cet effet).

Équipé d’une hache de belle taille et d’une « feuille » de boucher, notre homme se tient fermement campé sur ses jambes, se préparant à trancher net le cou gracile de l’animal sans défense, qui, avisant l’œil décidé du bipède bientôt meurtrier qui lui fait face, se met aussitôt à pédaler des « papattes » sans faiblir. C’est à ce moment très précis, que quelque chose d’étrange, de surprenant, d’inattendu du quotidien, s’en vient perturber la logique implacable de ce rapport de force séculaire. Quelque chose qui heurte de plein fouet notre bourreau jusqu’à ralentir et finalement arrêter son bras armé velu (et les vagues projets cuisiniers qui en découlaient). Touché par le regard attendrissant du volatile, littéralement bouleversé par les cris rauques poussés par cette bête en grande détresse – en route vers le douloureux trépas carnivore de légende – Jean-Paul semble hésiter de prime abord, puis se met carrément à reculer de deux ou trois pas, avant de filer vite au salon pour s’y servir un grand verre de rhum afin de se donner du courage. Attaché sur la table, laissé seul désormais – mais n’ayant pas renoncé pour autant à se débattre pour tenter de regagner sa liberté chérie – le canard continue à crier sans faiblir, à l’implorer et rouler des yeux effarés, tandis que les verres et les verres, succèdent aux verres…

Deux bonnes heures plus loin (une bouteille et demie, en gros !) revenu titubant sur les lieux du présumé futur crime, notre Jean-Paul gît de pathétique sur sa chaise bon marché : inerte, comme sans vie, à moitié allongé sur la petite table encombrée de la cuisine. Ayant, en sus (mal)proprement sifflé le cognac « trois étoiles » initialement prévu pour la farce, il ronfle fort et grogne sans discontinuer dans son sommeil, visage lourdement encastré au plus froid du lisse et fonctionnel formica…

Deux heures pleines, amplement mises à profit par le canard pour se libérer de son sort en frottant énergiquement ses liens contre la lame de la hache abandonnée tout à côté.

Enfin libre, notre gallinacé a pour unique projet de vider les lieux en silence pour s’enfuir au plus loin de cette ville agressive, hostile, afin de gagner rapidement la clandestinité, puis, l’étranger. Hélas, ce maladroit en col vert se prend bêtement les « papattes palmées » dans le désordre ambiant et renverse la bouteille de rhum vide qui roule hors de la table et se brise illico sur le sol. Avec fracas ! Réveillé en sursaut par l’inconscient maladroit au bec proéminent, Jean-Paul tente immédiatement de sauter au cou de l’animal. Lors, à sa grande surprise, celui-ci s’empare de la hache et lui fait face, désormais, l’air menaçant, se préparant apparemment à vendre chèrement sa pauvre peau de volatile d’élevage en sursis…

Encore un rien engourdi par l’alcool, Jean-Paul tente néanmoins une habile manœuvre frontale, mais glisse malencontreusement, lâche prise, et ne fait finalement qu’effleurer l’emplumé belliqueux. Perdant définitivement l’équilibre, il s’affale lourdement aux pattes de l’agile animal,  qui l’esquive sans forcer. Profitant de ce fragile et inattendu avantage, celui-ci choisit alors de lancer son attaque et porte l’estocade. Il bondit au-dessus de la table, et, d’un geste vif, quasi chirurgical, lui entaille la cuisse « profond » sur une bonne vingtaine de centimètres…

Ville de La Ciotat (ce même jour),  maison des Martin (19 h GMT !) :

Lorsque Magali (sa légitime) ouvre en grand la porte du domicile familial – pestant et bougonnant à l’envi contre un voisin vaguement impoli qui lui aurait « manqué de respect ! » dans l’allée – elle retrouve notre Jean-Paul dans un bien triste état : allongé à même le sol, inerte, baignant dans une petite flaque de sang, plumes tachées et bris de verre, mêlés. Ayant humé puis reniflé les habituels effluves d’alcool l’environnant – en se penchant au plus près de son ignoble moitié – elle se décide à le réveiller d’un coup de pied puissant, impérieux, ajusté, indélicat. Naseaux distendus sur visage empourpré, elle se prépare à lui passer un virulent « savon maison », lorsque, l’interrompant tout net, un bruit peu habituel, suivi d’un énorme vacarme, se fait entendre à l’opposé de la pièce ; perturbée de l’attention, elle se dirige alors tout de go vers l’origine présumée du dérangement.

Ayant gagné la salle à manger au plus vite, elle manque de s’évanouir en découvrant l’étendue du carnage. Une vision qui la cueille durement au foie, qui lui glace illico, sang, respiration, et petites mauvaises humeurs !

L’ensemble de la pièce semble en effet, sens dessus dessous. Dévastée. Totalement méconnaissable. Des boîtes de biscuits et céréales ouvertes en jonchent le sol, un peu partout autour. Comme déchirés, griffés, maladroitement éventrés, des paquets de riz, blé et farine, déversent mollement leur contenu sur la moquette écrue, épaisse. Près de la table basse, des revues « X » recouvrent l’épais tapis persan (acheté il y a peu en soldes à la sortie d’une bouche de métro marseillaise) : entassées à la va-vite, empilées les unes sur les autres et visiblement maculées du plus laid des liquides…

Au beau milieu de cet indescriptible naufrage ménager, posté bien au centre du bordel ambiant, assis au plus moelleux du large canapé de cuir, un simple… canard ! Un vulgaire col-vert luisant du poil et un rien grassouillet. Cigare en pogne, manifestement « bourré », sans vergogne, celui-ci chante à tue-tête le fameux All night long de Lionel Ritchie, tout en mirant l’antique vidéo de leur mariage : ne cessant de se fouiller l’entrecuisse de petits coups de bec experts entre chaque refrain ! En furie, l’entendement aux abonnés absents – mais étonnamment maîtresse de ses nerfs, vu le contexte – Magali s’en retourne d’un pas décidé vers la cuisine, s’empare de la hache effilée, ensanglantée, et, d’un seul coup, d’un seul, s’en vient couper net le cou du pauvre canard « maricide »…

Avait-elle su sublimer ses réflexes urbains, citadins ? Ou bien agi par pur atavisme paysan ? (se remémorant alors ses jeunes années passées dans les fins fonds du bout du bout nord nord-est du Lot) nous ne le saurons sans doute jamais. Nope. La profonde nature féminine, restant, par essence, mystérieuse et totalement interdite d’accès au mâle braillard et scribouillard,  que je suis.

Quoi qu’il en soit, le lendemain, en toute fin de matinée, à peine sorti des urgences du Centre hospitalier de La Ciotat, Jean-Paul Martin eut la mauvaise surprise de retrouver ses maigres effets personnels posés en petit tas au-dehors, sur le pas de la porte : mal emballés, comme fourrés à la hâte dans deux gros sacs poubelles et une antique valise défraîchie (fermée d’une corde) ayant en son temps appartenu à feu Georgette Martin, sa mère.

Après une longue nuit passée à revoir (encore et toujours) défiler devant ses yeux gonflés d’infortune maritale, les images de ce drame cuisinier sans nom, Magali venait enfin de se décider. Ne sachant plus comment composer ou réagir, face à cet homoncule fait mari – « ce chômeur-fainéant-de longue durée-alcoolique-qui bande mou-au vin violent ! » – qui lui pompait depuis bien trop longtemps, au quotidien, énergie et compte en banque, elle avait opté pour le rassérénant célibat (option divorce sans concessions). Le renvoi du domicile familial, avec effet immédiat.

« Tu n’es qu’un pochard sans parole. Un clochard ! Un pauvre type sans égards, même pas foutu de m’offrir des fleurs une fois l’an à l’occasion de mon anniversaire, ou… de la Journée de la Femme… Tiens ! Tu savais que c’était aujourd’hui ? Mais, non ! Même pas ! Évidemment ! Tu n’es qu’un moins que rien, un, un… un mec sans couilles, en somme, voilà ! Voilà pourquoi c’est fini entre nous. Fini ! En clair… tu te casses d’ici… de, chez MOI… et tout de suite ! »

(Avait-elle lancé froidement au pauvre Jean-Paul, avant de lui claquer sèchement la porte au nez et manquer par là même de lui ouvrir le crâne avec la lourde et moche poignée de fer forgée, sept années plus tôt, à leurs… initiales).

Séquelles :

Une bien triste histoire, en somme – marquée du sceau rouge sang de l’incommunicabilité assumée entre les sexes ! – qui interroge et interpelle pleinement sur l’existence même de cette énigmatique, fameuse et annuelle, Journée de la Femme. Parce que, en ce cas, que faire durant les 364 jours restants ? Sinon célébrer sans retenue l’éternel masculin, son auguste virilité baignée de testostérone qui bouillonne et se répand sans compter un peu partout alentour, et ses diverses actions érectiles, souvent consommées de degrés… sans modération ?

 

 

À ÉCOUTER !!! 

Shocking Blue

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« At Home » (1969)

Un hit légendaire (Venus) des mélodies et arrangements gracieux, des guitares inventives, le tout augmenté de la seule chanteuse capable de rivaliser en son temps avec Grace Slick (Jefferson Airplane) vocalement parlant ! Juste histoire de nous rappeler que La Hague (Pays-Bas) fut pour un court laps de temps, LA « jumelle » de San Francisco

Destiné à celles et ceux qui auraient « oublié », que Love Buzz n’est PAS un morceau écrit par Kurt Cobain…

 

 

Bobbie Gentry

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« The Delta Sweete » (1968)

Une noire histoire de suicide, indexée sur fond d’amour déchu, nommée

« Ode To Billie Joe », qui devient subitement un hit énorme puis sacre son auteure, avant que de la « sabrer » en suivant (un an après, en gros !) à l’occasion de la sortie de l’épastrouillant : « The Delta Sweete ».

Un « concept » album qui fleure bon le Sud « profond » des States, sa lenteur, sa moite quotidienneté. Un vibrant hommage adressé à l’enfance (de LA Bobbie) : baigné de blues, de violons, de guitares et rondes basses, qui évoque tout aussi bien Tony Joe WhiteDusty Springfield, ou Nancy Sinatra !

 

 

Marva Whitney

http://www.radiogrenouille.com/audiotheque/serial-losers-marva-whitney/

« It’s My Thing ! » (1969)

Un truc qui crie, qui racle, qui groove, qui aboie, qui feule, qui se love ; qui tire sur les hauts, les bas, les résilles, les cordes sensibles ; qui hurle sa rage de vivre et d’en découdre pleinement avec un monde resté désespérément figé en mode « passé » (malgré les remugles odeurs et séquelles des récents « évènements sous pavés »). Portée par les incomparables JB’s de James Brown : la Marva fait couler moult encre, foutre, sang et sueur, sans jamais compter fainéanter ou mégoter sur les moyens employés. Un truc unique…

Lou Reed : a gift

loureedEn guise d’hommage appuyé (de chansons et anecdotes) au regretté Lou Reed (1942-2013) : lien à suivre à destination de l’émission spéciale réalisée par J2C (Kollectiv’Mode) autour de l’inclassable Coney Island Baby (1975).

http://www.radiogrenouille.com/audiotheque/serial-losers-lou-reed/

Un vibrant hommage lancé à Coney Island, aux rêves de jeunesse, à New York. Un album échafaudé en marge d’une année qui, comme d’hab’, grouille d’attentats, grèves, cruelles disparitions, sordides complots bassement indexés sur humanité et court terme…

Track-Listing :

– Crazy Feelings

– A Gift

– Kicks

– Coney Island Baby

Bonne écoute…

Couleur Noisettes

Visuel couv noisette« Parce que la noisette est un café comme les autres… »

 

Un conte moderne de Jacques 2 Chabannes

Format 10×21 cm
20 pages sur 110 g
Couverture sur Iris Vivaldi 240 g
+ Mini-pince fantaisie
Prix : 7,50€

 

(extraits)

« Non, non. Moi, non. Ça me fait penser comme à une noisette, moi… ».

Louise (la mère, livre de « Contes » ouvert en ses mains) :
« Tu recommences, Adrien, c’est bien ça ? Toujours au même moment de l’histoire… Tu le sais bien, pourtant, que ça parle d’un… ».

Adrien (allongé sous sa couette, dans sa chambre, attentif) :
« Je sais, maman Louise, oui… je sais bien c’que c’est dont on parle : l’histoire, et… tout ça. Je parle de la couleur, moi. Même si j’aime bien les zanimos… ».

Maman Louise (souriante, mais ferme) :
« Je sais. Je le sais. Mais tu m’arrêtes toujours au même moment pour parler de la même chose. Et moi, il faut que je recommence l’histoire, que je reprenne tout depuis le début. À chaque fois… ».

Adrien (méfiant) :
« Ha bon ? C’est combien, dis, à chaque fois… C’est nombreux ? ».

Maman Louise (visiblement attendrie par la candeur de la réponse) :
« Beaucoup ! On dit : « C’est beaucoup ? », Adrien. « Nombreux », c’est pour compter. C’est très différent… Comme quand on dénombre, enfin, on compte, les… les… ».

Adrien (il lève le doigt, avant de lancer) :
« Les grains de café, par exemple ? ».

Maman Louise :
« Oui, par exemple. Mais, dis-moi, pourquoi des grains de café ? ».

Adrien (il hausse les épaules) :
« Parce que j’aime bien la couleur, moi… ».

 

2)

Adrien (ferme, affirmatif) :
« Je te dis que je VOIS des écureuils passer, sauter dans l’herbe ; courir tout le temps avec leurs noisettes dans leurs bouches pour les cach… ».

Maman Louise (elle souffle, apparemment soulagée) :
« Comme dans l’histoire, oui, je sais. C’est ta préférée,  pas… vrai ? ».

Adrien :
« Non, non et NON ! Comme dans l’émission, à la télé. C’est lui, le vrai. Le vrai écureuil : lui qui m’fait rire… celui qui fait l’fou avec son amoureuse aux grands yeux. Celui de la télé. Lui ! Y’m’fait bien marrer… ».

Maman Louise (surprise) :
« Qu’est-ce que tu me racontes, Addy ? C’est pas « ça », la véritable histoire, en fait, c’est le… ».

Adrien (il se redresse et la pointe du doigt) :
« Si, c’est la vraie ! La vraie, la vraie, la vraie ! C’est celle-là qui m’plaît. Pas l’aut’. Elle me plaît pas du tout, elle… Elle fait pas « vraie », la tienne… ».

Deux Corps Au Diapason ?

Visuel couv diapason« Parce que le Diapason sonne toujours deux fois ! »

 

Un conte moderne de Jacques 2 Chabannes

Format 10×21 cm
20 pages sur 110 g
Couverture sur Iris Vivaldi 240 g
+ Mini-pince fantaisie
Prix : 7,50€

 

(extraits)

« Qu’est-ce qu’il pouvait bien foutre sur ce lit ? Poignets et chevilles liés d’une simple cordelette fluo de bazar mal serrée, attifé de la plus ridicule des façons (un string léopard et un « marcel » bien trop « slim », le tout augmenté d’un « col romain » de prêtre et d’une perruque afro) attendant juste qu’elle daigne se pointer, se planter devant lui et s’y faire reluire lentement à sa main sans cesser de le reluquer… ».

« Malheureusement, « madame » commençant à se lasser légitimement de leurs multiples entrelacs, il avait fallu exporter le tout jusqu’au « rayon » fantasmes. Une simple histoire de pulsion et de corps un tant soit peu à l’unisson, qui avait finalement basculé à la « série », à la morne saga, à partir du brinqueballant et innovant : Déborah troussée d’envie postée en équilibre sur la lunette dans les toilettes du TGV ! Un exploit en soi (difficile d’y pisser proprement sans dévier ou inonder, généralement, alors, de là à y baiser !). Une petite production sans prétention, sponsorisée par la SNCF et ses multiples vibrations, qui n’avait fait que leur montrer LA future voie à suivre… ».

« Leur escapade à Malte, c’était tout de même autre chose ; ça sortait de l’ordinaire, pour le moins. Cette fois-là, au printemps 2003, sur cette toute petite plage déserte, il avait dû creuser longuement, profondément, pour finir par se glisser entièrement dans le sable, sa tête, juste, émergeant à la surface.

Tandis qu’elle l’insultait et frappait sec ses bottes cirées  de sa courte badine de cuir – hurlant comme un officier japonais tout au bord de l’invasion de la Chine – Simon se bornait juste à éviter de se remplir le cristallin de sable gris, maudissant, d’un même élan : Bowie, Sakamoto et Oshima (à l’origine, bien malgré eux, de cette brûlante adaptation sadomaso)… ».