KOLLECTIVMODE | Kulture Klub Karrément Kollectif

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Harmonies Mars…iennes !

(Enfin) De retour en nos terres sudistes après de trop longues années « sans » – passage de Jipé excepté, au moment de la sortie de son accompli, euphorisant et plus que jamais conseillé Clair ! – Les INNOCENTS resserrés en mode duo (Le susnommé Jipé et son comparse et co-auteur Jean-Cri) ont attisé les nombreux regrets le 11 mai dernier au Théâtre du Moulin, au bout du bout d’un show emballant, riche en harmonies vocales entrelacées et accords de guitares chiadés.

Une performance dense et tendue, saupoudrée de bons mots et rires partagés (leur autre marque de fabrique, depuis la lointaine 1985…) assise sur une Setlist habile, mélangeant, pêle-mêle, leurs grands hits hexagonaux – Un Monde Parfait, Le Cygne, Un Autre Finistère, Jodie, Mon Dernier Soldat, Un Homme Extraordinaire – ainsi que des « oubliés » des hits ou morceaux moins exposés (mais tout aussi impeccables) tels : Danny Wilde, Les Cailloux, Dentelle ou Himalaya. 

Autres grands moments de cette belle soirée riche en visages souriants et chœurs poussés à l’unisson, les extraits du tout dernier Mandarine – album logiquement récompensé d’une Victoire de La Musique en février dernier ! – amplement au niveau de ses illustres prédécesseurs (100 Mètres Au ParadisFous À LierPost-Partum ou Les Innocents) à l’instar des Souvenirs Devant Nous, de J’ai Couru, des Philharmonies Martiennes, ou de l’épastrouillant, incontournable, addictif et plus que parfait : Love Qui Peut…

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Compte-rendu détaillé et photos de Lof à découvrir ci-après :
http://www.concertandco.com/critique/concert-innocents//50996.htm

 

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Après avoir passé de longs moments à signer, échanger ou se faire prendre en photos au contact de leurs fans, en fin de soirée, le duo a insisté pour poser avec quelques exemplaires variés de nos créations littéraires « made in » Kollectiv’Mode !

Des nouvelles originales ou musicales, à découvrir ou commander, via ce même site :
http://kollectivmode.com/category/edition/

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Site officiel du groupe :
http://www.lesinnocents.fr/

Facebook du groupe :
https://www.facebook.com/lesinnocentsofficiel/

Consonnes et voyelles agencées d’envie par Jacques 2 Chabannes
Photos de ces moments rares et précieux by Lof

Séance De Rattrapage À Ne Surtout Pas Manquer !

Samedi 20
& Dimanche 21 décembre

Les Mots des Thés !
92, Cours Julien / Marseille

Suite au succès de son « Vernissage + Showcase (Martin Mey) » du dimanche 7 décembre, Kollectiv’Mode en rajoute une (double) couche !

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Ultime occasion de pouvoir admirer en « vrai » (ou acheter) les œuvres originales du Peintre/Musicien New Yorkais Joseph Arthur (reconnu et exposé depuis près de 10 années entre Londres, New York, Macao, San Francisco, Los Angeles, Philadelphie, Montréal, Toronto, Mexico, Paris et… Ici !) et auteur d’albums remarqués (Big City Secrets, Nuclear Daydream, The Ballad of Boogie Christ Act 1&2) tournées mémorables et collaborations réussies (avec Ben Harper & Dhani Harrison, Michael Stipe & Mike Mills/REM, Peter Gabriel, Jeff Ament/Pearl Jam, etc.) depuis la lointaine 1997…

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Une exposition-vente incontournable, à quelques jours de Noël, accompagnée de vinyles rares et coffrets, CD & DVD, produits dérivés et livres édités par Kollectiv’Mode Ed., de bonnes choses à boire et à manger…

De quoi se réjouir l’œil et la panse, tout en faisant ses derniers achats de NOËL !!!

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PLUS D’INFOS ICI (ou au 06 72 96 22 26) :

flyer 20-21 decembre Expo Joe

http://kollectivmode.com/

http://kollectivmode.com/category/edition/

Joseph Arthur :

http://www.josepharthur.com/

http://www.museumofmodernarthur.com/exhibitions.html

http://www.museumofmodernarthur.com/

Fan(s) Site :

http://lonelyastronauts.com/news.html

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Martin Mey sera par ailleurs en concert ce vendredi 19 janvier à la Friche de la Belle de Mai pour accompagner la sortie de son bel album : Taking Off ! À ne (surtout) pas manquer !

http://www.martin-mey.com/

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A New-Yorker in Méounes…
(L’Autre Côté…)

En marge de la sortie de l’excellent ImMortel/Universal (à sortir tout bientôt, le 15 septembre prochain) et de l’ultime show de pré-tournée donné par CharlElie et son groupe, lors du Festival de Néoules (http://www.concertandco.com/critique/concert-charlelie//48805.htm) retour sur l’interview du bonhomme réalisée ce même 17 juillet 2014 et enregistrée sur la terrasse ombragée, accueillante et salvatrice, de l’hôtel-restaurant La Source (Méounes).

Un léger voile de fraîcheur semble enfin décidé à se poser lentement sur Méounes, après une journée étouffante (34° tout du long, peu ou prou) : les cols de chemise et épidermes sèchent lentement, et les jambes… lourdes !

Verre en pognes et sourcils tendus d’expectative, l’homme happe quelques amuse-gueules en riant de communion avec ses musiciens, détend ses jambes puis s’approche benoitement de la petite table de fer prévue à cet effet. Il est en passe de boucler une première partie de tournée (un « tour de chauffe ») destiné à « roder » les chansons du très très prometteur ImMortel, produit par l’un des incontournables de la scène musicale hexagonale actuelle : Benjamin Biolay. Après quelques dates bouclées en mai, il est récemment revenu promener sa trogne au sein du landernau de la Variété Française, alors en pleine séance d’autocongratulation à l’occasion de la « trentième » des Francofolies, a donné le « top départ » de sa toute nouvelle exposition (Portraits Intérieurs) et visité quelques scènes, dont la dernière aujourd’hui, lors du Festival de Néoules ; ceci avant de repartir tout bientôt vers sa New York de ville… d’adoption. La rentrée sera en effet chaude pour lui, avec la sortie d’un nouvel album, la réédition de certains de ses disques (difficiles à trouver, aujourd’hui) et près de soixante-dix dates à assurer un peu partout, en divers points de notre planète plus très bleue…

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Afin de savoir où (qui ?) nous en sommes, il enlève ses lunettes, se soumet au rituel des « test son », plante résolument ses yeux dans les miens, me fait signe qu’il est désormais prêt, que l’on peut « y aller »…

Nous sommes à quelques semaines de la sortie de l’album : est-ce que le fait d’avoir de nouveau été « signé » par une MajorUniversal, en l’occurrence – va faire en sorte que tes disques redeviennent « visibles », redonner accès à ta discographie qu’on peine désormais à trouver en magasin ou sur le Net

CharlElie :
C’est vrai, oui mais, ça va changer. Très certainement. Universal va bientôt remettre en place des « choses » qui étaient plutôt au « calme », depuis un p’tit bout de temps…

C’est le moins qu’on puisse souhaiter, parce que, en dehors du circuit de l’« occasion », c’est devenu très difficile, voire impossible, de mettre la main sur nombre de tes albums. Parfois parmi les plus « connus » ou fondateurs, en plus…

 C (un rien fataliste) :

Tout cela est lié à une relation un peu « figée » qui s’est établie avec le « monde » en général. Ces dernières années, la relation établie avec ce que je fais, était devenue plus… distante, en fait ! Peut-être que, moi aussi…

Tu penses vraiment t’en être éloigné ? Je t’ai toujours trouvé très impliqué dans ta relation avec la musique… TA musique !

C (il lève le yeux au ciel, arbore une moue dubitative, prends le temps d’y réfléchir) :

Je ne sais pas, écoute… je reviens des Francofolies, où j’étais bien content d’y jouer mon spectacle, d’ailleurs, mais… quand j’essaie de me souvenir, lorsque j’y suis allé pour la dernière fois… c’était il y a 18 ans !

… Pour la sortie des Naïves, oui !

C : Oui, avec Les Naïves, oui : ça fait un bail, pas vrai ? Apparemment, je ne leur ai pas manqué, puisqu’à chaque fois qu’on a essayé d’y « aller »… c’était « non ! » ou bien « pas possible ! »… (moue dubitative).

J’ai lu, ici et là, au niveau des premières chroniques déjà parues à propos du futur ImMortel, que cet album était une « réussite », le « retour à quelque chose de plus abouti et digne d’intérêt ! », sous entendu « depuis longtemps ! ». D’une certaine façon, c’est un peu comme si vous n’aviez rien fait de positif ou audible depuis des années, alors que, pour ma part, j’ai beaucoup aimé New-Yorcœur et également fort apprécié Fort Rêveur… même si nous aurons été peu nombreux à en parler, à les jouer ou les diffuser sur les ondes hexagonales, au moment de leurs sorties respectives…

C (il secoue la tête, pensif) : Je ne sais pas. Peut-être que mes disques étaient…  Je me rends compte aujourd’hui, avec le nouveau, que mes disques récents étaient peut-être « difficiles » ! Là, cette fois, pour ImMortel, Benjamin (Biolay) a trouvé une sorte de commun dénominateur entre les chansons et, tout en faisant des choses diverses, il a fait en sorte que l’on puisse écouter le disque… sans même l’écouter, si je puis dire ! Enfin, on peut l’« entendre », sans avoir à l’écouter… Alors, que, si j’avais un reproche à me faire, en termes de production, je dirais que j’ai souvent exagéré les effets…

Comme avec New-Yorcœur, par exemple ?

C Oui, avec New-Yorcœur, c’est typique ! C’est un disque qui contient des chansons, qui sont toutes bien, ok, mais prises, « une par une » ! Les chansons « Rock », sont super « Rock », et les chansons « mélo », super « mélo »… Une chanson comme, Ton Jour de Gloire, par exemple, qui est douce, ironique, mais douce… si tu la compares avec Spielberg… où, là, ça pète fort, c’est demander beaucoup d’efforts aux gens, de leur demander de me suivre dans un domaine et ET dans un autre : l’amplitude est grande… Si tu t’adresse aux gens qui aiment mes disques et leur diversité dans la proposition, pas de problème, mais, pour les autres, ceux qui ne veulent pas avoir à se poser de questions et qui peuvent aimer, soit l’une, soit l’autre, de ces formules, c’est très différent… ce que j’ai compris au moment de la sortie de New-Yorcœur ! Après… j’ai fait un autre disque dont je suis très fier, le Fort Rêveur !

… Qui est superbe et homogène, vraiment !

C : Superbe, oui, et… dont les chansons étaient choisies un peu dans le même acabit, le même esprit ! Produit par un très bon producteur de la côte ouest (des Etats-Unis) d’ailleurs : Sean Flora. Mais, ce disque n’a pas trouvé d’écho au moment de sa sortie : très peu de gens ou médias ont daigné parler du disque, pour diverses raisons, autres que sa qualité. Quand tu te rends comptes que Rock & Folk n’a pas écrit UNE ligne dessus ! Pas un mot dessus… rien dans Les Inrocks, rien chez les autres… tu te dis : « j’suis qu’une merde, alors, c’est ça ? ».

Tu sais… nous avons été peu nombreux à le « jouer » ou en parler, au moment de sa sortie (2010). Je n’ai d’ailleurs jamais eu de réponse « officielle », concernant l’album… pas reçu de « promo », au niveau de la « prod », rien ; j’ai même dû l’acheter, pour pouvoir le passer en radio et en parler…

C (visiblement ennuyé) : Ouais, ouais, je sais ! C’était difficile, mais… je n’y étais pour rien ! En fait, c’qui s’est passé, quand le disque est sorti, c’est que… j’avais moi, l’sentiment, que si les CD s’étaient cassés la gueule, c’est parce qu’ils n’étaient pas « beaux » ! Que l’objet CD était trop petit et ne correspondait pas à l’aspiration « physique » que les gens ont d’un album… qu’il fallait donc faire un objet plus grand. J’ai alors conçu un disque (pour Fort Rêveur) que j’ai appelé le « 24X24 »… qui fait deux fois la taille d’un CD et qui comportait un packaging « pensé »…

… L’édition limitée est très belle, par ailleurs…

 C : Elle est magnifique ! Mais, lorsque je suis allé le proposer aux maisons de disques… celles-ci m’ont dit : « impossible ! Les disquaires n’en voudront pas ! ». Je leur ai dit : « achetez-moi le concept, alors, et faites-en d’autres ! ». On m’a dit : « vous rigolez ! On a autre chose à faire, que « ça » ! ». Comme ils n’en voulaient pas, je l’ai alors sorti sur Vente Privée. Mais, comme Vente Privée (vente-privee.com) n’était pas considérée comme une maison de disques ou un « medium » culturel… vu qu’il vendaient des habits, on m’a répondu : « on en parlera lorsqu’il sortira chez une vraie maison de disques ! ». Pourtant, lorsqu’il est sorti chez une « vraie » maison de disques, deux mois après… les médias ont répondu aux attachés de presse : « non mais attends, le disque à deux mois… on n’va pas en parler maintenant ! ». Ha, ouais, mais attendez, vous n’en avez déjà pas parlé l’aut’ fois, il y a deux mois : « ben oui, mais, y’a déjà d’autres choses qui sont sorties depuis, alors… ».

… Tu parles, ils chroniquent parfois certains disques, des mois après, chez Rock & Folk, et autres canards musicaux…

C : Exact ! J’ai eu l’impression d’avoir été grandement abandonné, quoi : j’étais qu’une merde, un « truc » dont on ne parlait pas… alors, bon, ça m’a fait de la peine, et… j’me suis alors dit que j’allais enregistrer un disque en Anglais, pour le marché Américain ! L’année d’après, donc. Il s’appelle : Be Yourself … chanté entièrement en Anglais et produit par le clavier de Patti Smith : Bruce Brody.

C’est un disque qui est entièrement « achevé », fini, mixé ?

C : Oui, il est superbe. Mais… quand la maison de disques Américaine – que j’ai approché pour le sortir, qui l’avait écouté et le trouvait « superbe ! » –  m’a demandé sur quelle « Fan Base » (potentiel de fans) on pouvait s’appuyer, j’ai répondu : « objectivement, si je vous parle de ma Fan Base, c’est plutôt en France qu’elle se trouve, pas aux États-Unis ! ». Et, vu que sur le Net, c’est majoritairement des Français qui étaient capables de s’y intéresser… ils m’ont alors répliqué que c’était en France, qu’il fallait le « sortir ! ». Mais, bon, si je l’ai fait en Anglais, c’est pas pour le marché Français !

Évidemment, sinon, où est l’intérêt ? Il en est où au fait, actuellement, ce disque ? C’est enterré, ou bien toujours une possibilité…

C : Ils m’ont alors dit : « si il venait à être utilisé dans le cadre d’une série Télé, là, peut-être qu’on pourrait s’appuyer là-dessus pour le sortir ! ».

Et, au final ?

C : À l’arrivée… Il tourne actuellement en téléchargement sur un site privé dédié entièrement aux « recherchistes » qui travaillent pour le cinéma ou les Séries Télé, à la demande du label Américain. Il n’est pas accessible autrement. Quant à moi, je ne voulais pas le sortir en France, pour ne pas que les gens me fassent la gueule ou se disent : « ha, ça y est ! Maintenant qu’il vit aux Etats-Unis, il ne chante qu’en Anglais, etc… », tu vois l’genre ? C’était en 2012/2013, et… je me suis alors dit que je ne pouvais pas sortir autre chose ici qu’en Français, et… comme ça s’était super bien passé avec Benjamin (Biolay) au moment de mon spectacle au Casino de Paris

… Il était monté sur scène à tes côtés, à cette occasion…

C : … Exact ! Alors, quand lui aussi à « fait » le Casino en févier 2013… je lui ai demandé si ça lui dirait de travailler avec-moi sur un nouvel album, ses yeux se sont allumés et il m’a immédiatement dit : « Ha ouais, super, très volontiers ! Tope-là, ça marche ! ». C’est comme ça que les choses se sont mises en route. Il a par ailleurs travaillé sur une première « séquence de travail », avant même qu’il y ait la maison de disques derrière, ce qui est quand même une preuve de confiance… et puis après, Universal ayant entendu les premiers extraits…

… Ils vous ont donc signé sur l’« idée » même de votre association, plutôt que sur un album « clé en mains » ?

C Oui, c’est ça. Universal a alors signé sur l’idée et nous sommes repartis en studio pour refaire certains trucs.

J’avais ouï dire, qu’il y aurait eu une première rencontre avec Benjamin au niveau d’un disque « hommage » consacré à tes chansons par divers artistes ou groupes Français…

C C’était avant, ça, c’était en amont. Au départ, quand je t’ai parlé du fait de « travailler » sur quelque chose ensemble, c’est que Benjamin avait accepté l’idée d’être le producteur de ce disque de « reprises » par d’autres artistes, et puis, comme ça mettait des plombes à se faire… le jour où je suis allé le voir dans sa loge, je lui ai dit : « plutôt que de perdre du temps avec un disque qui ne se fait pas, ça t’dirais pas d’avancer sur un truc qui peut se faire… et qui tiendrais la route, au moins ? »…

… Surtout que c’est toujours difficile d’arriver à fédérer divers artistes ou groupes au même moment, autour d’un même projet : niveau « agenda », tournées et disques respectifs à enregistrer ou promotionner…

C (il me regarde fixement, semble convenir et y penser) : … C’est aussi pour cette raison que ça a pu se faire, en fait !

Pourquoi ce choix très précis de Benjamin Biolay, au niveau de la production de ImMortel ? Vous êtes tout de même sur deux champs, deux univers, assez distincts… à la base. Une différence importante qui aura finalement pu servir à l’élaboration et à la réalisation de ce nouveau projet ? Est-ce que cela a fondamentalement changé votre façon de voir les choses, en termes d’enregistrement ou bien sur la façon de bâtir puis accoucher d’un album…

C (il se redresse et l’œil pétille, tandis qu’il s’avance au-dessus de la table) : Ouais ! En même temps, même s’il y en a plein, des différences… Moi, je suis un artiste, lui est un musicien, un compositeur… Il est envahi par la musique ! Il a des connaissances musicales tous azimuts, il sait beaucoup de choses… Il a une formation de musicien, et moi de plasticien. Mais, dans les deux cas, on utilise la musique, si je puis dire… Dans le cadre de cet album, j’en suis le concepteur : comme un architecte peut dessiner les plans de quelque chose, mais, hé… c’est pas l’tout de dessiner les plans, il faut encore en faire quelque chose. À ce niveau-là, la musique que l’on entend est celle de Benjamin. Faut dire, que, moi, je suis venu avec ma guitare acoustique et mon chant ; lui ai chanté les chansons, et, fort de cela, il a créé l’espace autour. Je suis arrivé nu et voulais au minimum, d’ailleurs, je ne l’ai pas fait, donner des informations ou pistes à suivre dans ce domaine ; parce qu’il savait très bien ce qu’il avait à faire. Il a d’ailleurs une capacité d’écoute qui est fascinante. C’est un gars qui, en ce moment, en tout cas, sait entendre, et « ça », c’est vraiment rassurant…

… Il est donc responsable de la totalité des arrangements de l’album et le concepteur du « son » qui le caractérise…

C : Oui, encore une fois, je suis arrivé « tout nu » devant lui et il m’a dessiné mon costume, tu vois ? C’était intimidant, d’arriver à poil, comme ça…

… Il a fallu instaurer puis gagner cette confiance…

C (il confirme, opine du chef) : Oui, mais… dès les premiers instants, j’ai eu le sentiment, que… même lorsqu’il était derrière la vitre et que j’avais ma guitare à la main… il passait à travers les fibres, quoi. Dès qu’il a ouvert la porte, à la fin de l’interprétation de la toute première chanson, pour me dire : « ça, c’était quel accord ? »… un Ré Mineur, ou un Sol, je n’sais plus, bref… comme je savais que je l’avais effectivement joué entre les « deux », cet accord, ben… c’était très rassurant de savoir qu’il y a quelqu’un qui, d’office, va le savoir, lui…

… C’est confortable…

C : Rassurant. C’est comme quand tu écris et que quelqu’un compte les lettres en même temps qu’il lit les mots. Du coup, il s’est amusé avec ce que cela lui suggérait et, moi, j’ai pu me laisser aller à l’expression pure de MON truc, sans être à la fois juge ET parti. Sur beaucoup de mes disques, j’ai tellement passé de temps à me dévaloriser, pour qu’il ne soit pas dit que MOI, je me valorisais… que, à l’arrivée, ça ne m’aura pas toujours aidé à faire ce que je souhaitais au départ. C’est ça, le charme. C’est un gars qui est très charmant, dans le sens presque « sorcier » du terme…

… C’est un magnétisme ?

C : Oui ! Il n’est pas facile, non plus… C’est pas un homme doux ou « offert », non… Du dernier jour, comme au premier, je ne savais même pas si on était « copains », mais… quand on entend le résultat, je me rends compte à quel point je l’en remercie…

… Ça n’était pas le « but » principal, de toute façon.

C (il appuie ses dires en tambourinant sur la table, avec la paume de sa main droite) : C’est ça ! Y’a des gens avec lesquels t’es très copain et… j’ai l’habitude de dire, que, quand on est un personnage public, il y a trois choses essentielles : ce qu’on est, ce qu’on fait et ce qu’on présente. Y’a des gens qui sont des gens charmants, mais qui font de la merde ! Des gens qui sont insupportables, mais qui font des choses très bien, et… des gens qui sont très « influents », alors qu’ils ne font rien ! Reste à savoir ce que l’on veut. Médiatiquement parlant, t’as des mecs qui sont importants dans les médias, alors qu’il n’y a rien « dedans », et puis, à l’inverse… etc., etc. (le tout accompagné d’un sourire énigmatique, suivi d’un léger étirement : comme pour mieux marquer le coup et se/nous laisser le temps de mettre quelque visage connu, sur certaines de ces « catégories » de personnages…).

Le show donné à Marseille en mai dernier, auquel j’ai pu assister – chronique, ici : http://www.concertandco.com/critique/concert-charlelie/le-poste-galene-marseille/48335.htm – était par ailleurs très abouti, musicalement parlant, pour un « Tour de Chauffe » : la Setlist était agrémentée de morceaux balayant quasiment l’ensemble de votre discographie et diverses périodes… le groupe semblait déjà très au point et composé de grands musiciens, tels : Karim Attoumane (guitares), et Denis Benarrosh (batterie). Une tonalité musicale très variée également, en termes de son, quoique foncièrement « Rock » et nantie de guitares très Blues… Le tout restant relativement épuré, niveau arrangements…

C : Oui, c’est vrai, oui, plutôt pas mal, et… j’ai essayé de piocher un peu partout, mais, bon… Faut dire que la présence de Denis Benarrosh à la batterie, qui a joué avec Benjamin et qui est le batteur du disque ImMortel, amène une sorte de pondération rythmique qui permet à Karim de se lâcher comme il le veut… Une belle section basse/batterie, avec Bobby Jocky à la basse ! On a commencé à tourner ensemble, sur la fin de la précédente tournée, et… c’est un très beau bassiste : beau son et belles notes ! Ce qui fait que j’ai un groupe cohérent, quoi, avec lequel j’ai plaisir à jouer… J’ai le sentiment que le tour de chant auquel tu as assisté à Marseille, c’est un récital que je pourrais faire à Rome, à Oslo, à Santiago du Chili ou à San Diego en Californie ! Sans connaître rien de ma musique, ni de ce que je suis, ça doit pouvoir faire faire un véritable voyage, quoi… voilà.

Même si cela sonne déjà très en place, carré… que l’on sent déjà que l’ensemble a une certaine « assise », j’ai eu aussi l’impression qu’il y avait des moments ou tu laissais « flotter » les choses, les laissais avancer ou suivais carrément l’inspiration du moment…

C (il sourit : manifestement ravi du compliment) : Ben… oui ! Y’a de ça aussi, oui. Tiens, l’autre soir, à La Rochelle, il y a deux jours, nous avons dû jouer un spectacle qui devait nécessairement être plus « condensé », vu qu’on n’avait droit qu’à une heure de show, et… du coup, les marques étaient forcément différentes et c’était rigolo de voir à quel point l’entrée dans les morceaux était différente, très… intéressant. C’est comme un gars qui court un 3 000 m, à qui on demande d’un coup de courir sur 1 500, tu vois…

… Oui, les repères ne sont pas les mêmes, forcément. Tout doit donc se réajuster, au fur et à mesure…

C : Les repères ne sont pas les mêmes, et, comme nous sommes au tout début de la tournée, c’était rigolo de voir comment chacun (des musiciens) réinventait les morceaux, enfin, la « relation » avec… Côté public, beaucoup ne se rendent compte de rien, mais pour nous, par contre, à l’intérieur… Et, tu verras, ce soir, on va bien s’amuser. C’est le dernier spectacle de l’été, en plus, avant d’attaquer la grande tournée de la rentrée…

Une tournée plutôt longue et qui passera un peu partout…

C : Oui, je pense surtout que ça va nous trimballer pour un bout de temps, et… que je suis reparti sur de bonnes bases… surtout.

Au niveau du public, comment est-ce que le spectacle a été accueilli, enfin, plutôt… comment est-ce que vous percevez votre relation avec ce public, dont certains semblent redécouvrir que vous êtes toujours en « activité », tandis que d’autres peuvent avoir une mémoire plutôt partielle, ou « élastique »…

C : Je crois qu’il y a un moment pour tout. C’est aussi une question de contexte. C’est important de voir, ou comprendre, pourquoi les choses ont les accepte d’untel, et pas d’un autre. Depuis que je suis à New York… Depuis que j’ai la nationalité Américaine, je peux me permettre de dire des choses qui n’étaient pas acceptables avant. Maintenant… ça fait dix ans que je me suis installé là-bas, reconstruit, sans l’aide de personne… ils peuvent dire ce qu’ils veulent…

Vous revenez avec un autre rapport aux choses, une sorte de « distance », une plus grande… sérénité ?

C : Oui ! Une plus grande sérénité et un autre regard sur moi-même. Ce que j’évoquais tout à l’heure, sur le fait que j’ai quelques fois trop souligné les effets, niveau production, et que ça m’a parfois fois nui, je crois… je ne m’en étais pas rendu compte, avant quoi, tu vois ? À New York, j’ai appris à me définir par ce que je suis. En France, on est souvent défini par les autres…

… Ou bien « classé », rangé dans un casier bien défini… à vie !

C : On te dit : « tu es ceci, tu es cela ! ». Pour moi, c’est difficile. Quand on me disait : « tu es en dehors des entiers battus ! »… Enfin, ils utilisaient souvent cette formule : « CharlElie, le Lorrain à la barbichette, à la voix nasillarde, qui continue son chemin en dehors des sentiers battus ! » ; entre dire ça et me mettre dans le fossé, y’a pas loin, enfin… c’est pareil ! Et puis que l’fossé serve de fosse septique, c’est tout comme…

…  C’est même pas réducteur, c’est quasiment mensonger et insultant. Surtout lorsque l’on exerce son talent dans divers domaines artistiques, avec succès, comme tu le fais depuis longtemps…

C : Carrément. Alors qu’aujourd’hui, c’est un peu différent. Parce que, si tu veux… j’ai continué à faire ce que j’avais à faire, sans rien demander à personne, et les gens s’en sont rendu compte. Après tout, des gens qui veulent s’installer à new York, j’peux te dire que j’en connais un paquet, de chez « paquet »… qui te disent qu’ils vont « le faire ! », mais… des gens qui le font, je peut te dire qu’il n’y en a pas beaucoup…

… Sans même parler d’arriver à y rester et y pérenniser son activité, comme vous l’avez fait avec votre galerie…

C (il sourit, semble repenser un court moment au chemin parcouru outre-Atlantique) : Et puis y rester, oui. C’est encore autre chose. Parce que, s’y installer, ça veut dire qu’il faut tout réinventer, tout : le dentiste, le médecin pour les enfants… j’suis arrivé dans l’appart’, y’avait rien : pas l’eau, pas l’téléphone, pas l’électricité… rien. Quand il faut TOUT reconstruire, et qu’à l’arrivée, nous, avec mes enfants, on s’entend bien…

… C’est vrai qu’il y a toujours des risques que cela « implose », à ce niveau, quand de tels changements se produisent…

C (visiblement fier d’avoir brillamment franchi cet écueil) : J’suis toujours avec ma femme… Ça nous a resolidifié, au contraire. Ça nous a appris à nous réinventer. Ça    m’a demandé énormément de travail, parce que, quand tu recommences ta vie à 48 balais, c’est beaucoup… mais c’est pas l’tout de l’dire, faut l’faire !

Quand je vois des gens malheureux, que je retrouve aujourd’hui, ici, dix ans après… qui sont eux, dans le même état, mais… en plus désespérés… j’me dis que j’ai vécu dix ans « difficiles », et que je suis loin d’être « arrivé », parce que… on n’est jamais arrivé nulle part, à New York, mais…

… C’est une ville où il faut sans arrêt « avancer », ne jamais se retourner ou prendre le temps de se « poser » pour regarder en arrière…

C : Oui ! La plus grande différence entre les Etats-Unis et la France, c’est la relation au « présent » : est-ce que le présent, c’est le sommet de quelque chose… d’un sommet, d’une expérience, d’un passé, d’un savoir ou de l’accumulation de tout ce qui fait que tu en es là aujourd’hui, en ce moment très précis… ou est-ce que le présent est juste la base de quelque chose à venir ? C’est là, toute la différence. En France, on considère le présent comme le sommet d’une montagne, d’une expérience, d’un savoir et de tout le reste ; alors qu’aux Etats-Unis, c’est juste la base d’une falaise ! C’est dur, une falaise, et puis, il faut la gravir ! T’en es toujours responsable, toujours à zéro, toujours en bas, c’est épuisant, et puis… que tu aies dix-mille employés, ou que tu sois tout seul… t’es toujours au bas de la falaise… alors qu’en France, t’es toujours au « sommet » d’une expérience. Mais, en même temps, quand tu es au sommet de quelque chose, tu es rempli d’angoisses… et t’entends les gens qui te disent : « avant, c’était bien, oui, avant, c’était bien ! On parle pas d’aujourd’hui, hein, aujourd’hui, c’est la merde ! Et demain ? De quoi tu me parles, demain ? ça n’existe pas, demain ! ».

… Alors que là-bas, c’est une sorte de pousse au cul permanent auquel tu ne peux échapper sans lâcher prise… ou échouer !

C : À New York, par exemple, t’es dans une ville où rien n’est jamais acquis ! Du coup, dès que t’as trouvé un « truc », il faut aller plus loin, et puis plus loin encore, et, quand t’es plus loin, ça ne fait rien de plus, vraiment, t’es toujours au début, en fait… Lorsque j’ai fait écouter le nouveau disque à mon pote Bob, un poète Américain qui m’avait donné certains types de conseils, sur ce même disque, il m’a dit : « c’est super ! Et le prochain, c’est quoi ? » (rires partagés)… attends, attends, il vient tout juste d’arriver, il est même pas « sec », encore, attends deux minutes, profitons-en ! « Oui, oui, d’accord, mais, pour le prochain, t’as une idée, déjà ? ». Rien à faire, non ! Immanquablement, tu es obligé de vivre avec « ça », parce que ça t’entraîne…

C’est pareil au niveau de la peinture ? Cette galerie que tu as ouvert là-bas, la ReGallery NYC, elle est pérenne, aujourd’hui ?

C : C’est quelques chose qui est important dans ma vie, oui, la peinture. Ça fait quatre ans que j’ai cette galerie, qui m’a permis de rencontrer le « monde entier »… qui franchit la porte de ma galerie. Quand la porte est ouverte, j’en vois quinze par jour, en moyenne ! Çinq, quand la porte est fermée. Des chinois, des polonais… des gens venus du Chili, du Mexique, de tous les côtés des Etats-Unis, parce que New York est une ville de convergence, dans laquelle on rencontre des gens qui viennent de partout. Et, quand ils s’expriment, ils s’expriment d’une manière spontanée, sans rien savoir de « qui » je suis…

… Ce qui doit être « confortable », pour toi… de n’être jugé qu’au travers de l’œuvre elle-même : sans avoir d’à priori, sans idées préconçues…

C : C’est très excitant et ça m’a permis de faire, si je puis dire, de gros progrès sur mon travail. Il m’est arrivé plusieurs fois de mettre en vitrine des œuvres qui n’étaient pas encore « sèches »… et, en terme d’artiste, c’est génial de pouvoir immédiatement avoir un « écho »,  de se dire : « est-ce que je suis dans le bon sens, ou pas ? ». C’est super stimulant. Est-ce que j’aurais pu avoir cette même galerie, atelier-galerie, à Paris ? Non, sûrement pas.

Parce que, pour que ça se fasse, il faut aussi que je puisse vendre des pièces souvent, et que ça ne soit pas seulement une réalité immatérielle et culturelle, mais aussi… tangible, qui me permette de payer mon loyer, parce que je ne suis pas riche ! À ce niveau-là, New York est aussi une ville de défi permanent.

Et là, cet été, vu que je suis venu donner des concerts en France, il a fallu que je trouve quelqu’un pour tenir ma galerie, et que je le paie, en plus du loyer… Ce que je fais ici, en ce moment, va me permettre, grosso modo, de payer mes frais… Mais bon… tu y es tout le temps pris à la gorge, et…

… Mais, c’est pour cela que tu y es allé, à la base, non ?

C : Oui ! C’est ce qui me permet d’avancer, et… ça se ressent au niveau des œuvres que j’expose actuellement à Perpignan, au Centre d’Art : À Cent Mètres du Centre du Monde (Portraits Intérieurs, jusqu’au 28 septembre 2014), ou bien à Guilvinec, avec Lorant Méthot (jusqu’au 19 septembre 2014) j’aime bien cette idée d’exposer à deux… comme à Marseille, en octobre dernier avec Jak Espi, chez mon ami David Pluskwa (Espace 53), une expo qui a très bien marché, d’ailleurs…

… Il va bientôt y avoir une rétrospective de ton œuvre à Nancy, également…

C : Oui, en toute fin d’année, ce sera ma première grande exposition « rétrospective ». Mais, aux Etats-Unis aussi… j’ai actuellement quelque chose qui se monte à Chicago… une autre à LA, et aussi en Alabama. J’expose aussi à Chelsea, cet automne… Toutes des choses qui n’auraient pas été possibles à monter ou mettre en place, si j’étais juste resté en France (un large sourire semble prendre forme, un rien retenu). En plus, mon travail, dans la vérité de celui-ci, a grandi de façon internationale, ça ne se discute pas aujourd’hui. Je sais désormais à qui et où je diffuse mes tableaux… qui m’ont permis, juste, sans m’enrichir, de pouvoir continuer à travailler, continuer…

… À fournir de nouveau la « machine » au quotidien ?

C : C’est ça, oui… Grosso modo, j’suis à « zéro »… aujourd’hui.

Toujours au bas de la fameuse « falaise », donc… au bon endroit, celui où il faut être, en somme…

C : Oui. Tout cela n’existerait pas, si je n’avais pas été à New York, et je sais gré à cette ville de m’avoir donné cette « autorité » sur moi-même…

Tout en continuant à bavasser paisible sur terrasse, à propos du show du soir, de la tournée à venir, du truculent One Man Show monté récemment par son frère Tom Novembre (Le Récital : https://www.facebook.com/TomNovembre ), de sa relation avec les médias hexagonaux ou le landernau de la Variété Française, je repense à ces quelques lignes, extraites de New-Yorcœur (Emmerdeur) : « je suis un emmerdeur, un libre penseur / Pas vraiment média provocateur / Je vis ma vie d’homme libre, je m’invente une route / Sur le carte du cœur… ».

Cet homme aurait pu se contenter de donner un petit frère à Comme Un Avion Sans Ailes, tous les deux ou trois ans, tourner « avec » puis monter un plan avec la SACEM pour obtenir une rente à vie, sans forcer ou s’épuiser jamais (comme nombre de ses glorieux contemporains). À contrario, il est allé voir au pays des wallabies, s’il y était (Melbourne Aussie/90 & Victoria Spirit/91), a élargi sa palette à l’aide du sublime Les Naîves (94), pris des risques « multimédias » avec le Downtown Project (95), parti signer sous d’autres « cieux » avec Soudé Soudés (99), et jamais cessé, depuis, de produire de la qualité tout en ayant les couilles de réinventer entièrement sa vie – ou la boucler ? Quoi de plus naturel, que de devenir artiste peintre, lorsque l’on est diplômé des beaux-arts… – au sein de la dure et tentaculaire Ville Qui Ne Dort Jamais !

Phénix et ImMortel à la fois, en somme…

Pour plus de renseignements et tout connaître (ou, pas loin) sur l’actu de CharlElie au quotidien :

http://www.charlelie-officiel.com/

https://twitter.com/CharlElieNYC

Infos/Expos :

http://www.acentmetresducentredumonde.com/fr/expositions/inner-portraits-de-charlelie-couture

http://www.leguilvinec.com/public/pages/officedetouri_expos2011.php

https://www.facebook.com/events/754273397930909/?source=1

 

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A New Yorker in Néoules…
(En attendant Septembre)

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KM-IMG_9687KM-IMG_9534KM-IMG_9410KM-IMG_9767KM-IMG_9549KM-IMG_9674KM-IMG_9612KM-IMG_9707KM-IMG_9747BlancC’est toujours délicat de revenir sur un musicien déjà chroniqué de Live quelques semaines auparavant – paraît-il ! – comme quoi, contrairement à l’artiste, le scribouillard ne serait pas capable (enclin) de se renouveler suffisamment et donc peser de tout son poids sur l’épaule déjà marquée/affaissée du lecteur et/ou Fan en attente légitime de « nouveauté ».

En conséquence de quoi, celles et ceux qui auraient déjà consulté mon premier effort livré au mois de Mai, peuvent d’ores et déjà passer leur tour, le relire (http://www.concertandco.com/critique/concert-charlelie/le-poste-galene-marseille/48335.htm) ou se jeter sur les comptes-rendus de festivals qui pullulent actuellement sur les écrans comme les révélations autour de la bouillante marmite UMP, de plus en plus semblable au Tonneau des Danaïdes de la légende…

Quant aux autres, sachez que ce papier (nostalgie, quand tu nous tiens…) sera agrémenté d’extraits d’une Interview EXCLUSIVE, réalisée quelques paires d’heures avant le show (ne le répétez surtout pas à ceux qui auront lâchement « déserté » ces lieux, cinq lignes auparavant…).

À l’instar de ses « congénères » estivaux, le Festival de Néoules permet, trois soirées durant, de déplacer une foule compacte et curieuse en des endroits méconnus (ou extrêmes) de notre territoire ; d’emmener ces centaines de braves humains en attente à jeter une oreille vierge sur de multiples groupes en devenir (ou pas), de redécouvrir des artistes moins exposés que par le passé ou confirmer qu’il faudra compter avec d’autres (aux dents longues) au cours des années/étés à venir.

Celui-ci ne faisait d’ailleurs pas exception, puisque accueillant un panel large et varié de tout ce qui aura été décrit céans en amont (François Hadji-Lazaro, Oai Star, Danakil, Yaniss Odua, Général Levy, Congo Natty Crew, Avis de Bâtard…).

Points Positifs : la vigne et les arbres, l’accueil, les stands jetés un peu partout autour en mode « environs de Woodstock », l’espace Arts Plastique sous forme Work In Progress, les deux scènes (correctement éclairées et bien sonorisées) permettant un enchaînement rapide des artistes.

Points Négatifs : le pain mou cherchant à étouffer les merguez (et… nous, donc !), certains spectateurs ayant plutôt tendance à confondre « nuit de biture extrême en mode férias » et plaisir d’écoute (participative) ou joie de la découverte (en minorité, comme toujours, mais bruyants et « pètes quenouilles », comme… à chaque fois !).

Entré du bond pied sur Appel à L’aide (Les Peurs) et les cendres encore fumantes des voisins de Oai Star, le sieur CharlElie semble décidé à faire taire ses prédécesseurs (qui viennent de traiter ses Fans à lui de « vieux écroulés ! ») ; à rallier derrière son Casque Nu les spectateurs en attente massés d’envie devant la grande scène. Une entrée en matière dense, compacte, qui ne peut que nous faire regretter que le disque dont il est extrait (Double Vue) ait très peu rallié les suffrages en son temps (2004) fait écho ou obtenu nul satisfecit, de la part de nos masses média parfois lestées de préjugés : « Je me rends compte aujourd’hui, que mes disques récents étaient peut-être « difficiles » ! Là, cette fois, pour ImMortel, Benjamin (Biolay) a trouvé une sorte de commun dénominateur entre les chansons et, tout en faisant des choses diverses, il a fait en sorte que l’on puisse écouter le disque… sans même l’écouter, si je puis dire ! Enfin, on peut l’« entendre », sans l’écouter… Alors, que, si j’avais un reproche à me faire, en termes de production, je dirais que j’ai souvent exagéré les effets… Comme avec New Yorcœur, par exemple, qui contient des chansons qui sont toutes bien, ok, mais prises, « une par une » ! Les chansons « Rock », sont super « Rock », et les chansons « mélo », super « mélo »… Une chanson comme, Ton Jour de Gloire, par exemple, qui est douce, ironique, mais douce… si tu la compares avec Spielberg… où, là, ça pète fort, c’est demander beaucoup d’efforts aux gens, de leur demander de me suivre dans un sens ET dans un autre : l’amplitude est grande… si tu t’adresse aux gens qui aiment mes disques et leur diversité, pas de problèmes, mais, pour les autres, ceux qui ne veulent pas avoir à se poser de questions et qui peuvent aimer, soit l’une, soit l’autre, de ces formules, c’est très différent… ce que j’ai compris au moment de la sortie de New Yorcœur… » (CharlElie/Méounes/17-7-14). (NDLR : une explication qui en vaut une autre, cette diversité-là faisant souvent la marque de fabrique de très grands albums et New Yorcœur restant un bel album, plus que recommandable…).

Une fois l’espace maîtrisé et le son en place, le quintet se lance tout de go dans une paire de rythmiques Bluesy et charnues – La Musique des Villes, Le Menteur de Métier – qui font immédiatement suer les « présents » en abondance et tester la solidité des tendons dressés ici sur terre et cailloux : genoux, hiboux, pou-pou, pidou… poux ?

Ce qui est rassurant, avec le gars CharlElie (mais souvent inquiétant pour d’autres, dont je tairai ici le nom) c’est que les nouvelles chansons extraites de l’album ImMortel à sortir (16 septembre 2014) sonnent déjà comme des classiques de son genre : capables, sans déranger ou entacher, de s’insérer de facilité et d’écriture de qualité au sein de bon nombre de grands albums passés et récents, dont il aura été coutumier (Quoi Faire ?, Art & Scalp, Melbourne Aussie, Solo Boys & Girls, Les Naïves, New Yorcœur, Fort Rêveur) ; c’est le cas de Comédienne (Bipolaire) et de Be An Artist : dont le solo très Hendrixien de Karim Attoumane, tout en maîtrise (pas d’esbroufe, nope !) permet au show de pendre son rythme de croisière avant même que l’on ne s’en rende compte ou fasse un état de lieux précis des morceaux joués. Cette dernière étant entièrement écrite en Anglais, ce qui me paraît déstabiliser un rien la dame d’à côté, ayant un peu trop vu, sur le houblon, sa bouche forcer :

« Comme à la sortie de Fort Rêveur, très peu de gens ou médias ont daigné parler du disque, pour diverses raisons, autres que sa qualité… Rock & Folk n’a pas écrit une ligne dessus, les Inrocks n’en ont pas parlé, rien chez les autres… Je me suis alors dit que j’allais enregistrer un disque en Anglais pour le marché Américain ! Il s’appelle Be Yourself, chanté entièrement en Anglais et produit par le clavier de Patti Smith, Bruce Brody… Il tourne actuellement en téléchargement sur un site privé dédié entièrement aux « recherchistes » qui travaillent pour le cinéma ou les Séries Télé, à la demande du label Américain que j’ai approché ! Il n’est pas accessible autrement. Quant à moi, je ne voulais pas le sortir en France, pour ne pas que les gens disent « ha, ça y est ! Maintenant qu’il vit aux Etats-Unis, il ne chante qu’en Anglais, etc… », tu vois l’genre ? » (CharlElie/Méounes/17-7-14).

– Intermède didactique, un rien démagogique

Celles et ceux qui pourraient parfois se laisser aller à penser que le talent s’attrape et se véhicule comme un virus, ou que la réussite vient (principalement) du hasard, ou du bon timing, seront bien avisés de noter qu’au cours des deux mois écoulés, le groupe se sera bonifié, qu’il est encore plus en « place » et que les versions proposées auront visiblement bénéficié du travail de fond entrepris, des efforts effectués depuis la première partie de tournée offerte en Mai.

Fin de l’intermède –

Ce qui saute aux pavillons, ce soir, c’est que la section rythmique, formée de Denis Benarrosh et Bobby Jocky, est un ciment solide (et prompt à la fois) sur lequel s’appuyer pour avancer dans la direction musicale choisie, et/ou se laisser aller à digresser à l’occasion : comme sur l’extrait choisi du très abouti Melbourne Aussie : La vague (« Un Wombats me regarde en se grattant le front »… d’incrédulité ou de jalousie ?). Impression confirmée, un solo de Wah-Wah plus loin, par une magistrale version de Keep On Moving (Esmeralda 2nd) toute en pleins et déliés, en moments forts et aérés, finalement exécutée d’un solo meurtrier, par le Child du Voodoo en personne aux commandes incontesté du Mojo à six cordes parfait…

Durant celle-ci, je passerais pas mal de temps à me laisser porter en fixant mon regard sur l’autoportrait du maître, nanti d’une barbiche blanche (posé derrière Karim) que je verrais alors s’animer puis tournoyer sans fin devant mes yeux, tel un derviche en transe qui ne sait/fait que monter, monter, monter encore, en intensité, au fur et à mesure des mesures avalées.

« Faut dire, que le présence de Denis Benarrosh à la batterie, qui a joué avec Benjamin et qui est le batteur du disque ImMortel, amène une sorte de pondération rythmique qui permet à Karim de se lâcher comme il le veut… une belle section basse/batterie, avec Bobby Jocky à la basse ! On a commencé à tourner ensemble, sur la fin de la précédente tournée, et… c’est un très beau bassiste : beau son et belles notes ! Ce qui fait que j’ai un groupe cohérent, quoi, avec lequel j’ai plaisir à jouer… » (CharlElie/Méounes/17-7-14).

La Dernière Heure est de nouveau un reggae (y’en aura eu pas mal, depuis le début) qui, contrairement aux images d’Épinal de cette musique soi-disant « festive » et « chaleureuse », revient sur LA chose angoissante par excellence pour l’humain voué à la disparition : les derniers instants « médicalisés » d’une vie humaine, le moment de boucler la boucle, les derniers instants d’un souffle unique et singulier, finalement dénoué à l’aide de cette phrase glaçante, qui écrase plexus et pensées d’une même chape : « La Dernière Heure Est La Plus Longue ». Un amer constat ? Une peur inscrite au fond de chacun d’entre-nous et « vous » à partager ensemble d’irrémédiable, ou bien encore… LE moyen d’y penser en l’appréhendant au mieux ? Enfin, en tâchant de le faire, plus précisément ; vraisemblablement une façon comme une autre d’exorciser cette vision suffocante qui tranche singulièrement ici avec les « boulègue, collègue ! », que lance à son adresse, à intervalles réguliers, mon voisin sous casquette et favoris posté juste derrière : où et quand, finesse d’écriture, rime avec… citron pressé sous biture ?

Tandis que la phrase « est-ce un message mystique, ou un flash sans raison ? » (Le Vieil Homme) me taraude instamment le « dedans » du moi en proie au doute estival né de la promiscuité, je me rends compte que l’on vient de plonger en l’épastrouillant Under Control (TC Brother) : une interprétation un tantinet différente de celle ouïe au Poste À Galène de Marseille, il y a deux mois et quelques, ce me semble, à moins que ma mémoire ne joue tout bonnement des tours à ma vieille trogne égratignée puis froissée par les 33° subis sans discontinuer depuis l’aube… qui sait ?

Tandis que CharlElie égrène consciencieusement son intro destinée à pointer les divers éléments (ingérables et incontrôlés) ayant un jour contribué à faire de la chanson à venir, SON plus grand succès, je cesse de me demander pourquoi certains « grands » ont accepté le fait de ne plus s’exprimer dans les grandes largeurs, ou peu, en mode « festival » : tandis que l’une arrose sa camarade en tentant de la « ramener » à elle, un autre lance le très emmerdant et inexpugnable « Rock’n’Roll ! » : accompagné du fou rire aviné d’un troisième larron occupé à palper sans pudeur les rondeurs d’une (future) conquête en sueur qui dodeline doucement de la tête, yeux dans l’vague sur bouche molle…

C’est fou comme les grandes chansons peinent à s’user à l’usage : je ne saurais dire combien de fois (en milliers, s’entend) je l’aurais entendue, cette petite merveille d’émotion et feeling à partager de serré – dans toutes les conditions, états et positions – qu’est, a été, et restera à jamais Comme Un Avion Sans Ailes ; lors, je ne puis m’en lasser, c’est un fait avéré : celui qui me permet encore et toujours aujourd’hui, d’écouter, sans rechigner ni me plaindre : Whiter Shade of Pale (Procol Harum), The House Of The Rising Sun (The Animals), Wild World (Cat Stevens) Many Rivers To Cross (Jimmy Cliff), No Woman, No Cry (Bob Marley), Hotel California (The Eagles), Stairway To Heaven (Led Zeppelin), Hey Jude (The Beatles), If I Were A Carpenter (Tim Hardin), Ballade de Melody Nelson (Serge Gainsbourg), C’est Extra (Léo Ferré), Say It Ain’t So Joe (Murray Head), The Sounds of Silence (Paul Simon), ou… Solitary Man (Neil Diamond) !

Un mystère toujours épais, au demeurant, même si la version de ce soir ne figurera pas au niveau des plus abouties : un trio de donzelles ayant décidé de la massacrer tout du long en donnant de la voix (chacune à une hauteur différente, mais toutes fausses, néanmoins). « Lui », sur scène, à l’opposé, la chante sans débander ni renoncer, fidèle et concentré, agenouillé (yeux frits) à son chevet.

Après le futur mais actuel L’Amour au Fond (et son clip vidéo plutôt malin et poétique, qu’il est conseillé d’aller mirer sur site) il sera plus que temps de rappeler au parloir, l’antique Jacobi (inséré au sein des Naïves, dix-huit années plus tôt : date de sa dernière apparition aux Francofolies de La Rochelle, manifestation qui vient enfin de se souvenir de son existence pour l’afficher cette année à ses côtés) pour conclure le set en beauté, en mode posture de recueil : lumières de bronze, crâne lisse de bonze, phalanges Soudées, Soudées d’éternité et cou qui ploie d’humilité.

« Du nord à l’est, du sud à l’ouest, Jacobi cherchait le paradis ! » : nul ne saurait affirmer, sinon le principal intéressé, s’il l’aura jamais trouvé, lui, depuis dix années, de l’autre côté de l’Atlantique, mais nul autre que lui ne saurait le contester jamais, ou s’y risquer :

« La plus grande différence entre les Etats-Unis et la France, c’est le rapport au « présent » : est-ce que le présent, c’est le sommet de quelque chose… d’un sommet, d’une expérience, d’un passé, d’un savoir ou de l’accumulation de tout ce qui fait que tu en es là aujourd’hui, en ce moment très précis… ou est-ce que le présent est juste la base de quelque chose à venir ? C’est la toute la différence. En France, on considère le présent comme le sommet d’une montagne, d’une expérience, d’un savoir et de tout le reste ; alors qu’aux Etats-Unis, c’est juste la base d’une falaise !  C’est dur, une falaise, et puis, il faut la gravir ! T’en es toujours responsable, toujours à zéro, toujours en bas, c’est épuisant, et puis… que tu aies dix-mille employés ou que tu sois tout seul… t’es toujours au bas de la falaise… À New York, par exemple, t’es dans une ville où rien n’est jamais acquis ! Du coup, dès que t’as trouvé un « truc » il faut aller plus loin, et puis plus loin… Lorsque j’ai fait écouter le nouveau disque à mon pote Bob, un poète Américain qui m’avait donné certains types de conseils, sur ce même disque, il m’a dit « c’est super ! Et le prochain, c’est quoi ? » (rires partagés)… attends, attends, il vient tout juste d’arriver, il est même pas « sec », encore, profitons-en ! Mais, non ! Immanquablement, tu es obligé de vivre avec « ça », parce que ça t’entraîne… » (CharlElie/Méounes/17-7-14).

Quelques minutes plus tôt, durant un épique Oublier (Poèmes Rock) les sieurs Karim et CharlElie auront longuement croisé solo et notes, avant que les doigts du premier nommé ne tirent de la corde à donf, afin que de rappeler au présent(s) du passé antérieur (à sa venue) que le gars Alice (Botté) avait de fait trouvé un successeur à qui parler (jammer ?)…

 

 

Setlist/Néoules/17-07-2014 :

Appel à L’aide (Les Peurs)

La Musique des Villes

Le Menteur de Métier

Comédienne (Bipolaire)*

Be An Artist*

Quand Les Nuits Sont Trop Longues

La Vague

Keep On Moving (Esmeralda 2nd)

La Dernière Heure*

L’Autre Côté* 

Le Vieil Homme*

Under Control (TC Brother)

L’Histoire du Loup Dans La Bergerie

Oublier

Comme Un Avion Sans Elle

L’Amour Au Fond*

Jacobi Marchait

 

*Extraits du disque ImMortel/Universal (sortie le 16 septembre prochain).

 

Les « mots » de CharlElie accompagnant ce compte-rendu, sont extraits d’une Interview à venir tout bientôt sur ce même site : enregistrée sur la terrasse ombragée de l’hôtel-restaurant La Source, à Méounes, le 17 juillet 2014.

 

Afin que de fêter dignement cette unique Journée de la Femme – et sans doute pour se faire pardonner de ses nombreuses exactions menées contre l’autre « sexe », le restant de l’année… – Jacques 2 Chabannes (Kollectiv’Mode/Fiche Mâle !) rouvre ses archives et nous fait don d’une nouvelle COMPLÈTE attachée à ce jour polémique. Une généreuse offrande accompagnée de TROIS courtes émissions de radio entièrement dédiées à TROIS grandes artistes FÉMININES, injustement oubliées du temps, qui enregistrèrent leurs chefs d’œuvres en des années mythiques et polémiques, portées sur le changement, en tout cas…

Enjoy !

 

Visuel couv-meumeubleDUR DE LA FEUILLE
(Duck And Cover…)

Un conte moderne de Jacques 2 Chabannes
Disponible sur le site « en physique », accompagné d’une autre nouvelle inédite (celle-là)

 

« Parce que la Femme est un voisin comme les autres… »

 

Préquelle :

Juste un bulletin d’informations – court, informel, mou de la syntaxe – et voici la vie de Jean-Paul Martin qui bascule sans prévenir dans l’horreur la plus noire : la pire de toutes, celle qui a deux grandes dents pointues devant qui dépassent depuis l’ombre, attirent le regard et éclipsent finalement toute velléité d’ailleurs !

La Ciotat (Bouches-du-Rhône), samedi 8 mars 2010 :

Alors qu’il « médite » encore sur le contenu de la page Sports de La Provence, posé face à un petit café amplement « arrosé », Jean-Paul Martin se sent comme soufflé par le contenu de LA nouvelle du jour affiché en « Une ». Un petit article, gentiment troussé, lui apprenant tout de go qu’il existerait bel et bien une Journée de la Femme. Une incongruité déjà bien entamée depuis l’aube, mais néanmoins toujours légalement accessible jusqu’à minuit la fatidique. Une révélation qui lui fige le palpitant, lui retourne foie et tripes, le cloue profond sur place, palais asséché d’autant.

Quittant ex abrupto la mythique Brasserie du Vieux Port (son véritable foyer, sa destination quotidienne et privilégiée) il décide de laisser une chance à cette curieuse initiative, et ce, de la plus surprenante des façons : « Aujourd’hui, je ne toucherai pas à une seule petite goutte d’alcool, pas une. Rien. C’est promis et juré ! ».

Une décision, pour le moins courageuse et louable (soit) mais qui aurait mérité de rester « fille unique », histoire d’éviter l’irruption malencontreuse, du quasi suicidaire :

« Non seulement, je ne rentrerai pas bourré, ce soir, non, mais, en plus… je la traiterai pas de tous les noms si elle me braille encore dessus comme une possédée et qu’elle me confisque les bouteilles avant de passer à table ! D’ailleurs, le dîner, c’est moi qui vais le préparer, ha ! Voilà, c’est dit ! Et peut-être même que, ce soir, après, beaucoup plus tard… je lui offrirai aussi… ce que j’ai de plus gros ! » (raille-t-il alors à voix grasse, ravi de son bon mot, apprivoisant l’apesanteur comme jamais à ce jour parce que flottant littéralement de légèreté au-dessus de la chaussée).

Sorti en effet précipitamment du bar sous un déluge de rires moqueurs et vannes sonores de comptoir en provenance de ses plus fidèles compagnons de tournées, il se dirige tout droit vers le marché afin d’y mettre ses toutes dernières bonnes résolutions en pratique. Une bonne heure plus tard, après moult tergiversations, interrogations légitimes et demandes enfiévrées auprès de la gent commerçante de plein air, le voici revenu en ses murs, sûr de lui et de son choix. Il possède désormais de quoi leur préparer à tous deux un véritable repas de « fête », nanti, en outre, d’un beau canard VIVANT ! (tremblant de toutes ses plumes et remuant sans cesse du bec). Un palmipède bien gras du magret et promis aux affres de la rôtissoire maison qui gigote et se plaint, qui donne de la voix à pleins poumons : tentant ainsi d’alerter le vaste monde sur la tristesse de sa condition d’otage alimentaire, sur son devenir cutané, rissolé et craquant.

« Il est près de 14 heures, le temps presse ! » (déclame alors à haute voix, notre « born again cuisinier », plus que ravi : quasi impatient de pouvoir enfin en venir aux mains avec les divers ustensiles ménagers prévus à cet effet).

Équipé d’une hache de belle taille et d’une « feuille » de boucher, notre homme se tient fermement campé sur ses jambes, se préparant à trancher net le cou gracile de l’animal sans défense, qui, avisant l’œil décidé du bipède bientôt meurtrier qui lui fait face, se met aussitôt à pédaler des « papattes » sans faiblir. C’est à ce moment très précis, que quelque chose d’étrange, de surprenant, d’inattendu du quotidien, s’en vient perturber la logique implacable de ce rapport de force séculaire. Quelque chose qui heurte de plein fouet notre bourreau jusqu’à ralentir et finalement arrêter son bras armé velu (et les vagues projets cuisiniers qui en découlaient). Touché par le regard attendrissant du volatile, littéralement bouleversé par les cris rauques poussés par cette bête en grande détresse – en route vers le douloureux trépas carnivore de légende – Jean-Paul semble hésiter de prime abord, puis se met carrément à reculer de deux ou trois pas, avant de filer vite au salon pour s’y servir un grand verre de rhum afin de se donner du courage. Attaché sur la table, laissé seul désormais – mais n’ayant pas renoncé pour autant à se débattre pour tenter de regagner sa liberté chérie – le canard continue à crier sans faiblir, à l’implorer et rouler des yeux effarés, tandis que les verres et les verres, succèdent aux verres…

Deux bonnes heures plus loin (une bouteille et demie, en gros !) revenu titubant sur les lieux du présumé futur crime, notre Jean-Paul gît de pathétique sur sa chaise bon marché : inerte, comme sans vie, à moitié allongé sur la petite table encombrée de la cuisine. Ayant, en sus (mal)proprement sifflé le cognac « trois étoiles » initialement prévu pour la farce, il ronfle fort et grogne sans discontinuer dans son sommeil, visage lourdement encastré au plus froid du lisse et fonctionnel formica…

Deux heures pleines, amplement mises à profit par le canard pour se libérer de son sort en frottant énergiquement ses liens contre la lame de la hache abandonnée tout à côté.

Enfin libre, notre gallinacé a pour unique projet de vider les lieux en silence pour s’enfuir au plus loin de cette ville agressive, hostile, afin de gagner rapidement la clandestinité, puis, l’étranger. Hélas, ce maladroit en col vert se prend bêtement les « papattes palmées » dans le désordre ambiant et renverse la bouteille de rhum vide qui roule hors de la table et se brise illico sur le sol. Avec fracas ! Réveillé en sursaut par l’inconscient maladroit au bec proéminent, Jean-Paul tente immédiatement de sauter au cou de l’animal. Lors, à sa grande surprise, celui-ci s’empare de la hache et lui fait face, désormais, l’air menaçant, se préparant apparemment à vendre chèrement sa pauvre peau de volatile d’élevage en sursis…

Encore un rien engourdi par l’alcool, Jean-Paul tente néanmoins une habile manœuvre frontale, mais glisse malencontreusement, lâche prise, et ne fait finalement qu’effleurer l’emplumé belliqueux. Perdant définitivement l’équilibre, il s’affale lourdement aux pattes de l’agile animal,  qui l’esquive sans forcer. Profitant de ce fragile et inattendu avantage, celui-ci choisit alors de lancer son attaque et porte l’estocade. Il bondit au-dessus de la table, et, d’un geste vif, quasi chirurgical, lui entaille la cuisse « profond » sur une bonne vingtaine de centimètres…

Ville de La Ciotat (ce même jour),  maison des Martin (19 h GMT !) :

Lorsque Magali (sa légitime) ouvre en grand la porte du domicile familial – pestant et bougonnant à l’envi contre un voisin vaguement impoli qui lui aurait « manqué de respect ! » dans l’allée – elle retrouve notre Jean-Paul dans un bien triste état : allongé à même le sol, inerte, baignant dans une petite flaque de sang, plumes tachées et bris de verre, mêlés. Ayant humé puis reniflé les habituels effluves d’alcool l’environnant – en se penchant au plus près de son ignoble moitié – elle se décide à le réveiller d’un coup de pied puissant, impérieux, ajusté, indélicat. Naseaux distendus sur visage empourpré, elle se prépare à lui passer un virulent « savon maison », lorsque, l’interrompant tout net, un bruit peu habituel, suivi d’un énorme vacarme, se fait entendre à l’opposé de la pièce ; perturbée de l’attention, elle se dirige alors tout de go vers l’origine présumée du dérangement.

Ayant gagné la salle à manger au plus vite, elle manque de s’évanouir en découvrant l’étendue du carnage. Une vision qui la cueille durement au foie, qui lui glace illico, sang, respiration, et petites mauvaises humeurs !

L’ensemble de la pièce semble en effet, sens dessus dessous. Dévastée. Totalement méconnaissable. Des boîtes de biscuits et céréales ouvertes en jonchent le sol, un peu partout autour. Comme déchirés, griffés, maladroitement éventrés, des paquets de riz, blé et farine, déversent mollement leur contenu sur la moquette écrue, épaisse. Près de la table basse, des revues « X » recouvrent l’épais tapis persan (acheté il y a peu en soldes à la sortie d’une bouche de métro marseillaise) : entassées à la va-vite, empilées les unes sur les autres et visiblement maculées du plus laid des liquides…

Au beau milieu de cet indescriptible naufrage ménager, posté bien au centre du bordel ambiant, assis au plus moelleux du large canapé de cuir, un simple… canard ! Un vulgaire col-vert luisant du poil et un rien grassouillet. Cigare en pogne, manifestement « bourré », sans vergogne, celui-ci chante à tue-tête le fameux All night long de Lionel Ritchie, tout en mirant l’antique vidéo de leur mariage : ne cessant de se fouiller l’entrecuisse de petits coups de bec experts entre chaque refrain ! En furie, l’entendement aux abonnés absents – mais étonnamment maîtresse de ses nerfs, vu le contexte – Magali s’en retourne d’un pas décidé vers la cuisine, s’empare de la hache effilée, ensanglantée, et, d’un seul coup, d’un seul, s’en vient couper net le cou du pauvre canard « maricide »…

Avait-elle su sublimer ses réflexes urbains, citadins ? Ou bien agi par pur atavisme paysan ? (se remémorant alors ses jeunes années passées dans les fins fonds du bout du bout nord nord-est du Lot) nous ne le saurons sans doute jamais. Nope. La profonde nature féminine, restant, par essence, mystérieuse et totalement interdite d’accès au mâle braillard et scribouillard,  que je suis.

Quoi qu’il en soit, le lendemain, en toute fin de matinée, à peine sorti des urgences du Centre hospitalier de La Ciotat, Jean-Paul Martin eut la mauvaise surprise de retrouver ses maigres effets personnels posés en petit tas au-dehors, sur le pas de la porte : mal emballés, comme fourrés à la hâte dans deux gros sacs poubelles et une antique valise défraîchie (fermée d’une corde) ayant en son temps appartenu à feu Georgette Martin, sa mère.

Après une longue nuit passée à revoir (encore et toujours) défiler devant ses yeux gonflés d’infortune maritale, les images de ce drame cuisinier sans nom, Magali venait enfin de se décider. Ne sachant plus comment composer ou réagir, face à cet homoncule fait mari – « ce chômeur-fainéant-de longue durée-alcoolique-qui bande mou-au vin violent ! » – qui lui pompait depuis bien trop longtemps, au quotidien, énergie et compte en banque, elle avait opté pour le rassérénant célibat (option divorce sans concessions). Le renvoi du domicile familial, avec effet immédiat.

« Tu n’es qu’un pochard sans parole. Un clochard ! Un pauvre type sans égards, même pas foutu de m’offrir des fleurs une fois l’an à l’occasion de mon anniversaire, ou… de la Journée de la Femme… Tiens ! Tu savais que c’était aujourd’hui ? Mais, non ! Même pas ! Évidemment ! Tu n’es qu’un moins que rien, un, un… un mec sans couilles, en somme, voilà ! Voilà pourquoi c’est fini entre nous. Fini ! En clair… tu te casses d’ici… de, chez MOI… et tout de suite ! »

(Avait-elle lancé froidement au pauvre Jean-Paul, avant de lui claquer sèchement la porte au nez et manquer par là même de lui ouvrir le crâne avec la lourde et moche poignée de fer forgée, sept années plus tôt, à leurs… initiales).

Séquelles :

Une bien triste histoire, en somme – marquée du sceau rouge sang de l’incommunicabilité assumée entre les sexes ! – qui interroge et interpelle pleinement sur l’existence même de cette énigmatique, fameuse et annuelle, Journée de la Femme. Parce que, en ce cas, que faire durant les 364 jours restants ? Sinon célébrer sans retenue l’éternel masculin, son auguste virilité baignée de testostérone qui bouillonne et se répand sans compter un peu partout alentour, et ses diverses actions érectiles, souvent consommées de degrés… sans modération ?

 

 

À ÉCOUTER !!! 

Shocking Blue

http://www.radiogrenouille.com/audiotheque/serial-losers-shocking-blue/

« At Home » (1969)

Un hit légendaire (Venus) des mélodies et arrangements gracieux, des guitares inventives, le tout augmenté de la seule chanteuse capable de rivaliser en son temps avec Grace Slick (Jefferson Airplane) vocalement parlant ! Juste histoire de nous rappeler que La Hague (Pays-Bas) fut pour un court laps de temps, LA « jumelle » de San Francisco

Destiné à celles et ceux qui auraient « oublié », que Love Buzz n’est PAS un morceau écrit par Kurt Cobain…

 

 

Bobbie Gentry

http://www.radiogrenouille.com/audiotheque/serial-losers-bobbie-gentry/

« The Delta Sweete » (1968)

Une noire histoire de suicide, indexée sur fond d’amour déchu, nommée

« Ode To Billie Joe », qui devient subitement un hit énorme puis sacre son auteure, avant que de la « sabrer » en suivant (un an après, en gros !) à l’occasion de la sortie de l’épastrouillant : « The Delta Sweete ».

Un « concept » album qui fleure bon le Sud « profond » des States, sa lenteur, sa moite quotidienneté. Un vibrant hommage adressé à l’enfance (de LA Bobbie) : baigné de blues, de violons, de guitares et rondes basses, qui évoque tout aussi bien Tony Joe WhiteDusty Springfield, ou Nancy Sinatra !

 

 

Marva Whitney

http://www.radiogrenouille.com/audiotheque/serial-losers-marva-whitney/

« It’s My Thing ! » (1969)

Un truc qui crie, qui racle, qui groove, qui aboie, qui feule, qui se love ; qui tire sur les hauts, les bas, les résilles, les cordes sensibles ; qui hurle sa rage de vivre et d’en découdre pleinement avec un monde resté désespérément figé en mode « passé » (malgré les remugles odeurs et séquelles des récents « évènements sous pavés »). Portée par les incomparables JB’s de James Brown : la Marva fait couler moult encre, foutre, sang et sueur, sans jamais compter fainéanter ou mégoter sur les moyens employés. Un truc unique…

loureedEn guise d’hommage appuyé (de chansons et anecdotes) au regretté Lou Reed (1942-2013) : lien à suivre à destination de l’émission spéciale réalisée par J2C (Kollectiv’Mode) autour de l’inclassable Coney Island Baby (1975).

http://www.radiogrenouille.com/audiotheque/serial-losers-lou-reed/

Un vibrant hommage lancé à Coney Island, aux rêves de jeunesse, à New York. Un album échafaudé en marge d’une année qui, comme d’hab’, grouille d’attentats, grèves, cruelles disparitions, sordides complots bassement indexés sur humanité et court terme…

Track-Listing :

– Crazy Feelings

– A Gift

– Kicks

– Coney Island Baby

Bonne écoute…

Filmé en une prise au cœur de la nuit (à la Manufacture 284C/Marseille/20-10-2013) quelques heures après le vernissage de l’Exposition + Showcase dédiée au Musicien/Peintre US Joseph Arthur.
Epuisés mais heureux, alors, nous étions. Merci pour tout Joe !!!

I Used to know how to walk on water (Joseph Arthur) by Kollectiv’mode

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/ / /  … pour le temps présent (en hommage à Maurice Béjart) : : : porté à l’écru par Florence Rougny, monté à l’écrit par Jacques 2 Chabannes . . . . . . . .
Neuronnes en sueur et vapeur de synthèse (technique mixte!) / / /
+ + + + +  Festival de Marseille 2008 : Marianne Cat propose de fournir les costumes des hôtes d’accueil du Festival et demande à quelques artistes de les personnaliser.

/ / /   Festival de Marseille 2008 : : :  tee-shirt « corporate » + + + + +  création d’un visuel gracieusement offert au Festival / / /

/ / /  Cool Globes Marseille 2010 : : :  événement mi-artistique / mi-commercial, importé des États-Unis et organisé en France pour la première fois  / / /
+ + + + + + + + + + + + + +  Conception opérée en binôme avec Jacques 2 Chabannes, pour la société TWINS (sous l’appellation de KOLLECTIV’MODE)  / / /

Le principe est le même que pour la Cow Parade, à laquelle nous avions déjà participé (2006) sauf que, la vache est ronde,  cette fois, et qu’on l’appelle globe. Les artistes (locaux, en principe) fournissent des projets. Ces projets sont retenus (ou pas) par des investisseurs issus d’horizons divers et variés (entreprises, collectivités, particuliers…). Ces investisseurs achètent une vache, ronde et blanche, tandis que l’artiste, lui, est censé la rendre moins ronde, moins blanche, voire même, de lui appliquer un concept. Par la suite, ben… On rebelote : inauguration… bla-bla… exposition dans la ville… re-bla… et vente aux enchères finale au bénéfice d’une association caritative qui récupère 50% du prix de la vente, les organisateurs et investisseurs se partageant les autres 50%… Faut bien qu’y vivent, ces gens-là !

La thématique, importée avec le projet, reste bien évidemment la préservation de l’environnement. On peut le dire avec des petites fleurs, des sourires, du ludique, des zoulies couleurs. Lors, nous avons délibérément choisi de ne pas employer la politique de l’autruche.
8 projets sont présentés par KOLLECTIV’MODE, voici l’élu.

/ / /  Le projet : : :  Prière de ne pas donner à manger aux Cool Globes!

« L’homme n’est désormais plus libre de ses mouvements : empêtré dans ses actions, contradictions et/ou prises de décisions menées en dépit du bon sens.
Petit à petit, oubliant toute sagesse, toute logique (de survie, au moins !) l’Homme a recouvert la surface de la planète de bitume, bétonné notre quotidien à des fins commerciales – industrialisation, extension des villes, développement des outils de communication et transports, Rainforest, etc… – et logiquement fini par s’asphyxier en retour, pris à son propre piège ! ».

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Kollectiv’mode

Kollectiv’mode est une association artistique atypique, fondée par des artistes pluridisciplinaires qui unissent leurs forces et savoir faire autour du processus de création puis de sa matérialisation (expositions, édition, montage d’évènements, production d’œuvres originales).