KOLLECTIVMODE | Kulture Klub Karrément Kollectif

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A New-Yorker in Méounes…
(L’Autre Côté…)

En marge de la sortie de l’excellent ImMortel/Universal (à sortir tout bientôt, le 15 septembre prochain) et de l’ultime show de pré-tournée donné par CharlElie et son groupe, lors du Festival de Néoules (http://www.concertandco.com/critique/concert-charlelie//48805.htm) retour sur l’interview du bonhomme réalisée ce même 17 juillet 2014 et enregistrée sur la terrasse ombragée, accueillante et salvatrice, de l’hôtel-restaurant La Source (Méounes).

Un léger voile de fraîcheur semble enfin décidé à se poser lentement sur Méounes, après une journée étouffante (34° tout du long, peu ou prou) : les cols de chemise et épidermes sèchent lentement, et les jambes… lourdes !

Verre en pognes et sourcils tendus d’expectative, l’homme happe quelques amuse-gueules en riant de communion avec ses musiciens, détend ses jambes puis s’approche benoitement de la petite table de fer prévue à cet effet. Il est en passe de boucler une première partie de tournée (un « tour de chauffe ») destiné à « roder » les chansons du très très prometteur ImMortel, produit par l’un des incontournables de la scène musicale hexagonale actuelle : Benjamin Biolay. Après quelques dates bouclées en mai, il est récemment revenu promener sa trogne au sein du landernau de la Variété Française, alors en pleine séance d’autocongratulation à l’occasion de la « trentième » des Francofolies, a donné le « top départ » de sa toute nouvelle exposition (Portraits Intérieurs) et visité quelques scènes, dont la dernière aujourd’hui, lors du Festival de Néoules ; ceci avant de repartir tout bientôt vers sa New York de ville… d’adoption. La rentrée sera en effet chaude pour lui, avec la sortie d’un nouvel album, la réédition de certains de ses disques (difficiles à trouver, aujourd’hui) et près de soixante-dix dates à assurer un peu partout, en divers points de notre planète plus très bleue…

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Afin de savoir où (qui ?) nous en sommes, il enlève ses lunettes, se soumet au rituel des « test son », plante résolument ses yeux dans les miens, me fait signe qu’il est désormais prêt, que l’on peut « y aller »…

Nous sommes à quelques semaines de la sortie de l’album : est-ce que le fait d’avoir de nouveau été « signé » par une MajorUniversal, en l’occurrence – va faire en sorte que tes disques redeviennent « visibles », redonner accès à ta discographie qu’on peine désormais à trouver en magasin ou sur le Net

CharlElie :
C’est vrai, oui mais, ça va changer. Très certainement. Universal va bientôt remettre en place des « choses » qui étaient plutôt au « calme », depuis un p’tit bout de temps…

C’est le moins qu’on puisse souhaiter, parce que, en dehors du circuit de l’« occasion », c’est devenu très difficile, voire impossible, de mettre la main sur nombre de tes albums. Parfois parmi les plus « connus » ou fondateurs, en plus…

 C (un rien fataliste) :

Tout cela est lié à une relation un peu « figée » qui s’est établie avec le « monde » en général. Ces dernières années, la relation établie avec ce que je fais, était devenue plus… distante, en fait ! Peut-être que, moi aussi…

Tu penses vraiment t’en être éloigné ? Je t’ai toujours trouvé très impliqué dans ta relation avec la musique… TA musique !

C (il lève le yeux au ciel, arbore une moue dubitative, prends le temps d’y réfléchir) :

Je ne sais pas, écoute… je reviens des Francofolies, où j’étais bien content d’y jouer mon spectacle, d’ailleurs, mais… quand j’essaie de me souvenir, lorsque j’y suis allé pour la dernière fois… c’était il y a 18 ans !

… Pour la sortie des Naïves, oui !

C : Oui, avec Les Naïves, oui : ça fait un bail, pas vrai ? Apparemment, je ne leur ai pas manqué, puisqu’à chaque fois qu’on a essayé d’y « aller »… c’était « non ! » ou bien « pas possible ! »… (moue dubitative).

J’ai lu, ici et là, au niveau des premières chroniques déjà parues à propos du futur ImMortel, que cet album était une « réussite », le « retour à quelque chose de plus abouti et digne d’intérêt ! », sous entendu « depuis longtemps ! ». D’une certaine façon, c’est un peu comme si vous n’aviez rien fait de positif ou audible depuis des années, alors que, pour ma part, j’ai beaucoup aimé New-Yorcœur et également fort apprécié Fort Rêveur… même si nous aurons été peu nombreux à en parler, à les jouer ou les diffuser sur les ondes hexagonales, au moment de leurs sorties respectives…

C (il secoue la tête, pensif) : Je ne sais pas. Peut-être que mes disques étaient…  Je me rends compte aujourd’hui, avec le nouveau, que mes disques récents étaient peut-être « difficiles » ! Là, cette fois, pour ImMortel, Benjamin (Biolay) a trouvé une sorte de commun dénominateur entre les chansons et, tout en faisant des choses diverses, il a fait en sorte que l’on puisse écouter le disque… sans même l’écouter, si je puis dire ! Enfin, on peut l’« entendre », sans avoir à l’écouter… Alors, que, si j’avais un reproche à me faire, en termes de production, je dirais que j’ai souvent exagéré les effets…

Comme avec New-Yorcœur, par exemple ?

C Oui, avec New-Yorcœur, c’est typique ! C’est un disque qui contient des chansons, qui sont toutes bien, ok, mais prises, « une par une » ! Les chansons « Rock », sont super « Rock », et les chansons « mélo », super « mélo »… Une chanson comme, Ton Jour de Gloire, par exemple, qui est douce, ironique, mais douce… si tu la compares avec Spielberg… où, là, ça pète fort, c’est demander beaucoup d’efforts aux gens, de leur demander de me suivre dans un domaine et ET dans un autre : l’amplitude est grande… Si tu t’adresse aux gens qui aiment mes disques et leur diversité dans la proposition, pas de problème, mais, pour les autres, ceux qui ne veulent pas avoir à se poser de questions et qui peuvent aimer, soit l’une, soit l’autre, de ces formules, c’est très différent… ce que j’ai compris au moment de la sortie de New-Yorcœur ! Après… j’ai fait un autre disque dont je suis très fier, le Fort Rêveur !

… Qui est superbe et homogène, vraiment !

C : Superbe, oui, et… dont les chansons étaient choisies un peu dans le même acabit, le même esprit ! Produit par un très bon producteur de la côte ouest (des Etats-Unis) d’ailleurs : Sean Flora. Mais, ce disque n’a pas trouvé d’écho au moment de sa sortie : très peu de gens ou médias ont daigné parler du disque, pour diverses raisons, autres que sa qualité. Quand tu te rends comptes que Rock & Folk n’a pas écrit UNE ligne dessus ! Pas un mot dessus… rien dans Les Inrocks, rien chez les autres… tu te dis : « j’suis qu’une merde, alors, c’est ça ? ».

Tu sais… nous avons été peu nombreux à le « jouer » ou en parler, au moment de sa sortie (2010). Je n’ai d’ailleurs jamais eu de réponse « officielle », concernant l’album… pas reçu de « promo », au niveau de la « prod », rien ; j’ai même dû l’acheter, pour pouvoir le passer en radio et en parler…

C (visiblement ennuyé) : Ouais, ouais, je sais ! C’était difficile, mais… je n’y étais pour rien ! En fait, c’qui s’est passé, quand le disque est sorti, c’est que… j’avais moi, l’sentiment, que si les CD s’étaient cassés la gueule, c’est parce qu’ils n’étaient pas « beaux » ! Que l’objet CD était trop petit et ne correspondait pas à l’aspiration « physique » que les gens ont d’un album… qu’il fallait donc faire un objet plus grand. J’ai alors conçu un disque (pour Fort Rêveur) que j’ai appelé le « 24X24 »… qui fait deux fois la taille d’un CD et qui comportait un packaging « pensé »…

… L’édition limitée est très belle, par ailleurs…

 C : Elle est magnifique ! Mais, lorsque je suis allé le proposer aux maisons de disques… celles-ci m’ont dit : « impossible ! Les disquaires n’en voudront pas ! ». Je leur ai dit : « achetez-moi le concept, alors, et faites-en d’autres ! ». On m’a dit : « vous rigolez ! On a autre chose à faire, que « ça » ! ». Comme ils n’en voulaient pas, je l’ai alors sorti sur Vente Privée. Mais, comme Vente Privée (vente-privee.com) n’était pas considérée comme une maison de disques ou un « medium » culturel… vu qu’il vendaient des habits, on m’a répondu : « on en parlera lorsqu’il sortira chez une vraie maison de disques ! ». Pourtant, lorsqu’il est sorti chez une « vraie » maison de disques, deux mois après… les médias ont répondu aux attachés de presse : « non mais attends, le disque à deux mois… on n’va pas en parler maintenant ! ». Ha, ouais, mais attendez, vous n’en avez déjà pas parlé l’aut’ fois, il y a deux mois : « ben oui, mais, y’a déjà d’autres choses qui sont sorties depuis, alors… ».

… Tu parles, ils chroniquent parfois certains disques, des mois après, chez Rock & Folk, et autres canards musicaux…

C : Exact ! J’ai eu l’impression d’avoir été grandement abandonné, quoi : j’étais qu’une merde, un « truc » dont on ne parlait pas… alors, bon, ça m’a fait de la peine, et… j’me suis alors dit que j’allais enregistrer un disque en Anglais, pour le marché Américain ! L’année d’après, donc. Il s’appelle : Be Yourself … chanté entièrement en Anglais et produit par le clavier de Patti Smith : Bruce Brody.

C’est un disque qui est entièrement « achevé », fini, mixé ?

C : Oui, il est superbe. Mais… quand la maison de disques Américaine – que j’ai approché pour le sortir, qui l’avait écouté et le trouvait « superbe ! » –  m’a demandé sur quelle « Fan Base » (potentiel de fans) on pouvait s’appuyer, j’ai répondu : « objectivement, si je vous parle de ma Fan Base, c’est plutôt en France qu’elle se trouve, pas aux États-Unis ! ». Et, vu que sur le Net, c’est majoritairement des Français qui étaient capables de s’y intéresser… ils m’ont alors répliqué que c’était en France, qu’il fallait le « sortir ! ». Mais, bon, si je l’ai fait en Anglais, c’est pas pour le marché Français !

Évidemment, sinon, où est l’intérêt ? Il en est où au fait, actuellement, ce disque ? C’est enterré, ou bien toujours une possibilité…

C : Ils m’ont alors dit : « si il venait à être utilisé dans le cadre d’une série Télé, là, peut-être qu’on pourrait s’appuyer là-dessus pour le sortir ! ».

Et, au final ?

C : À l’arrivée… Il tourne actuellement en téléchargement sur un site privé dédié entièrement aux « recherchistes » qui travaillent pour le cinéma ou les Séries Télé, à la demande du label Américain. Il n’est pas accessible autrement. Quant à moi, je ne voulais pas le sortir en France, pour ne pas que les gens me fassent la gueule ou se disent : « ha, ça y est ! Maintenant qu’il vit aux Etats-Unis, il ne chante qu’en Anglais, etc… », tu vois l’genre ? C’était en 2012/2013, et… je me suis alors dit que je ne pouvais pas sortir autre chose ici qu’en Français, et… comme ça s’était super bien passé avec Benjamin (Biolay) au moment de mon spectacle au Casino de Paris

… Il était monté sur scène à tes côtés, à cette occasion…

C : … Exact ! Alors, quand lui aussi à « fait » le Casino en févier 2013… je lui ai demandé si ça lui dirait de travailler avec-moi sur un nouvel album, ses yeux se sont allumés et il m’a immédiatement dit : « Ha ouais, super, très volontiers ! Tope-là, ça marche ! ». C’est comme ça que les choses se sont mises en route. Il a par ailleurs travaillé sur une première « séquence de travail », avant même qu’il y ait la maison de disques derrière, ce qui est quand même une preuve de confiance… et puis après, Universal ayant entendu les premiers extraits…

… Ils vous ont donc signé sur l’« idée » même de votre association, plutôt que sur un album « clé en mains » ?

C Oui, c’est ça. Universal a alors signé sur l’idée et nous sommes repartis en studio pour refaire certains trucs.

J’avais ouï dire, qu’il y aurait eu une première rencontre avec Benjamin au niveau d’un disque « hommage » consacré à tes chansons par divers artistes ou groupes Français…

C C’était avant, ça, c’était en amont. Au départ, quand je t’ai parlé du fait de « travailler » sur quelque chose ensemble, c’est que Benjamin avait accepté l’idée d’être le producteur de ce disque de « reprises » par d’autres artistes, et puis, comme ça mettait des plombes à se faire… le jour où je suis allé le voir dans sa loge, je lui ai dit : « plutôt que de perdre du temps avec un disque qui ne se fait pas, ça t’dirais pas d’avancer sur un truc qui peut se faire… et qui tiendrais la route, au moins ? »…

… Surtout que c’est toujours difficile d’arriver à fédérer divers artistes ou groupes au même moment, autour d’un même projet : niveau « agenda », tournées et disques respectifs à enregistrer ou promotionner…

C (il me regarde fixement, semble convenir et y penser) : … C’est aussi pour cette raison que ça a pu se faire, en fait !

Pourquoi ce choix très précis de Benjamin Biolay, au niveau de la production de ImMortel ? Vous êtes tout de même sur deux champs, deux univers, assez distincts… à la base. Une différence importante qui aura finalement pu servir à l’élaboration et à la réalisation de ce nouveau projet ? Est-ce que cela a fondamentalement changé votre façon de voir les choses, en termes d’enregistrement ou bien sur la façon de bâtir puis accoucher d’un album…

C (il se redresse et l’œil pétille, tandis qu’il s’avance au-dessus de la table) : Ouais ! En même temps, même s’il y en a plein, des différences… Moi, je suis un artiste, lui est un musicien, un compositeur… Il est envahi par la musique ! Il a des connaissances musicales tous azimuts, il sait beaucoup de choses… Il a une formation de musicien, et moi de plasticien. Mais, dans les deux cas, on utilise la musique, si je puis dire… Dans le cadre de cet album, j’en suis le concepteur : comme un architecte peut dessiner les plans de quelque chose, mais, hé… c’est pas l’tout de dessiner les plans, il faut encore en faire quelque chose. À ce niveau-là, la musique que l’on entend est celle de Benjamin. Faut dire, que, moi, je suis venu avec ma guitare acoustique et mon chant ; lui ai chanté les chansons, et, fort de cela, il a créé l’espace autour. Je suis arrivé nu et voulais au minimum, d’ailleurs, je ne l’ai pas fait, donner des informations ou pistes à suivre dans ce domaine ; parce qu’il savait très bien ce qu’il avait à faire. Il a d’ailleurs une capacité d’écoute qui est fascinante. C’est un gars qui, en ce moment, en tout cas, sait entendre, et « ça », c’est vraiment rassurant…

… Il est donc responsable de la totalité des arrangements de l’album et le concepteur du « son » qui le caractérise…

C : Oui, encore une fois, je suis arrivé « tout nu » devant lui et il m’a dessiné mon costume, tu vois ? C’était intimidant, d’arriver à poil, comme ça…

… Il a fallu instaurer puis gagner cette confiance…

C (il confirme, opine du chef) : Oui, mais… dès les premiers instants, j’ai eu le sentiment, que… même lorsqu’il était derrière la vitre et que j’avais ma guitare à la main… il passait à travers les fibres, quoi. Dès qu’il a ouvert la porte, à la fin de l’interprétation de la toute première chanson, pour me dire : « ça, c’était quel accord ? »… un Ré Mineur, ou un Sol, je n’sais plus, bref… comme je savais que je l’avais effectivement joué entre les « deux », cet accord, ben… c’était très rassurant de savoir qu’il y a quelqu’un qui, d’office, va le savoir, lui…

… C’est confortable…

C : Rassurant. C’est comme quand tu écris et que quelqu’un compte les lettres en même temps qu’il lit les mots. Du coup, il s’est amusé avec ce que cela lui suggérait et, moi, j’ai pu me laisser aller à l’expression pure de MON truc, sans être à la fois juge ET parti. Sur beaucoup de mes disques, j’ai tellement passé de temps à me dévaloriser, pour qu’il ne soit pas dit que MOI, je me valorisais… que, à l’arrivée, ça ne m’aura pas toujours aidé à faire ce que je souhaitais au départ. C’est ça, le charme. C’est un gars qui est très charmant, dans le sens presque « sorcier » du terme…

… C’est un magnétisme ?

C : Oui ! Il n’est pas facile, non plus… C’est pas un homme doux ou « offert », non… Du dernier jour, comme au premier, je ne savais même pas si on était « copains », mais… quand on entend le résultat, je me rends compte à quel point je l’en remercie…

… Ça n’était pas le « but » principal, de toute façon.

C (il appuie ses dires en tambourinant sur la table, avec la paume de sa main droite) : C’est ça ! Y’a des gens avec lesquels t’es très copain et… j’ai l’habitude de dire, que, quand on est un personnage public, il y a trois choses essentielles : ce qu’on est, ce qu’on fait et ce qu’on présente. Y’a des gens qui sont des gens charmants, mais qui font de la merde ! Des gens qui sont insupportables, mais qui font des choses très bien, et… des gens qui sont très « influents », alors qu’ils ne font rien ! Reste à savoir ce que l’on veut. Médiatiquement parlant, t’as des mecs qui sont importants dans les médias, alors qu’il n’y a rien « dedans », et puis, à l’inverse… etc., etc. (le tout accompagné d’un sourire énigmatique, suivi d’un léger étirement : comme pour mieux marquer le coup et se/nous laisser le temps de mettre quelque visage connu, sur certaines de ces « catégories » de personnages…).

Le show donné à Marseille en mai dernier, auquel j’ai pu assister – chronique, ici : http://www.concertandco.com/critique/concert-charlelie/le-poste-galene-marseille/48335.htm – était par ailleurs très abouti, musicalement parlant, pour un « Tour de Chauffe » : la Setlist était agrémentée de morceaux balayant quasiment l’ensemble de votre discographie et diverses périodes… le groupe semblait déjà très au point et composé de grands musiciens, tels : Karim Attoumane (guitares), et Denis Benarrosh (batterie). Une tonalité musicale très variée également, en termes de son, quoique foncièrement « Rock » et nantie de guitares très Blues… Le tout restant relativement épuré, niveau arrangements…

C : Oui, c’est vrai, oui, plutôt pas mal, et… j’ai essayé de piocher un peu partout, mais, bon… Faut dire que la présence de Denis Benarrosh à la batterie, qui a joué avec Benjamin et qui est le batteur du disque ImMortel, amène une sorte de pondération rythmique qui permet à Karim de se lâcher comme il le veut… Une belle section basse/batterie, avec Bobby Jocky à la basse ! On a commencé à tourner ensemble, sur la fin de la précédente tournée, et… c’est un très beau bassiste : beau son et belles notes ! Ce qui fait que j’ai un groupe cohérent, quoi, avec lequel j’ai plaisir à jouer… J’ai le sentiment que le tour de chant auquel tu as assisté à Marseille, c’est un récital que je pourrais faire à Rome, à Oslo, à Santiago du Chili ou à San Diego en Californie ! Sans connaître rien de ma musique, ni de ce que je suis, ça doit pouvoir faire faire un véritable voyage, quoi… voilà.

Même si cela sonne déjà très en place, carré… que l’on sent déjà que l’ensemble a une certaine « assise », j’ai eu aussi l’impression qu’il y avait des moments ou tu laissais « flotter » les choses, les laissais avancer ou suivais carrément l’inspiration du moment…

C (il sourit : manifestement ravi du compliment) : Ben… oui ! Y’a de ça aussi, oui. Tiens, l’autre soir, à La Rochelle, il y a deux jours, nous avons dû jouer un spectacle qui devait nécessairement être plus « condensé », vu qu’on n’avait droit qu’à une heure de show, et… du coup, les marques étaient forcément différentes et c’était rigolo de voir à quel point l’entrée dans les morceaux était différente, très… intéressant. C’est comme un gars qui court un 3 000 m, à qui on demande d’un coup de courir sur 1 500, tu vois…

… Oui, les repères ne sont pas les mêmes, forcément. Tout doit donc se réajuster, au fur et à mesure…

C : Les repères ne sont pas les mêmes, et, comme nous sommes au tout début de la tournée, c’était rigolo de voir comment chacun (des musiciens) réinventait les morceaux, enfin, la « relation » avec… Côté public, beaucoup ne se rendent compte de rien, mais pour nous, par contre, à l’intérieur… Et, tu verras, ce soir, on va bien s’amuser. C’est le dernier spectacle de l’été, en plus, avant d’attaquer la grande tournée de la rentrée…

Une tournée plutôt longue et qui passera un peu partout…

C : Oui, je pense surtout que ça va nous trimballer pour un bout de temps, et… que je suis reparti sur de bonnes bases… surtout.

Au niveau du public, comment est-ce que le spectacle a été accueilli, enfin, plutôt… comment est-ce que vous percevez votre relation avec ce public, dont certains semblent redécouvrir que vous êtes toujours en « activité », tandis que d’autres peuvent avoir une mémoire plutôt partielle, ou « élastique »…

C : Je crois qu’il y a un moment pour tout. C’est aussi une question de contexte. C’est important de voir, ou comprendre, pourquoi les choses ont les accepte d’untel, et pas d’un autre. Depuis que je suis à New York… Depuis que j’ai la nationalité Américaine, je peux me permettre de dire des choses qui n’étaient pas acceptables avant. Maintenant… ça fait dix ans que je me suis installé là-bas, reconstruit, sans l’aide de personne… ils peuvent dire ce qu’ils veulent…

Vous revenez avec un autre rapport aux choses, une sorte de « distance », une plus grande… sérénité ?

C : Oui ! Une plus grande sérénité et un autre regard sur moi-même. Ce que j’évoquais tout à l’heure, sur le fait que j’ai quelques fois trop souligné les effets, niveau production, et que ça m’a parfois fois nui, je crois… je ne m’en étais pas rendu compte, avant quoi, tu vois ? À New York, j’ai appris à me définir par ce que je suis. En France, on est souvent défini par les autres…

… Ou bien « classé », rangé dans un casier bien défini… à vie !

C : On te dit : « tu es ceci, tu es cela ! ». Pour moi, c’est difficile. Quand on me disait : « tu es en dehors des entiers battus ! »… Enfin, ils utilisaient souvent cette formule : « CharlElie, le Lorrain à la barbichette, à la voix nasillarde, qui continue son chemin en dehors des sentiers battus ! » ; entre dire ça et me mettre dans le fossé, y’a pas loin, enfin… c’est pareil ! Et puis que l’fossé serve de fosse septique, c’est tout comme…

…  C’est même pas réducteur, c’est quasiment mensonger et insultant. Surtout lorsque l’on exerce son talent dans divers domaines artistiques, avec succès, comme tu le fais depuis longtemps…

C : Carrément. Alors qu’aujourd’hui, c’est un peu différent. Parce que, si tu veux… j’ai continué à faire ce que j’avais à faire, sans rien demander à personne, et les gens s’en sont rendu compte. Après tout, des gens qui veulent s’installer à new York, j’peux te dire que j’en connais un paquet, de chez « paquet »… qui te disent qu’ils vont « le faire ! », mais… des gens qui le font, je peut te dire qu’il n’y en a pas beaucoup…

… Sans même parler d’arriver à y rester et y pérenniser son activité, comme vous l’avez fait avec votre galerie…

C (il sourit, semble repenser un court moment au chemin parcouru outre-Atlantique) : Et puis y rester, oui. C’est encore autre chose. Parce que, s’y installer, ça veut dire qu’il faut tout réinventer, tout : le dentiste, le médecin pour les enfants… j’suis arrivé dans l’appart’, y’avait rien : pas l’eau, pas l’téléphone, pas l’électricité… rien. Quand il faut TOUT reconstruire, et qu’à l’arrivée, nous, avec mes enfants, on s’entend bien…

… C’est vrai qu’il y a toujours des risques que cela « implose », à ce niveau, quand de tels changements se produisent…

C (visiblement fier d’avoir brillamment franchi cet écueil) : J’suis toujours avec ma femme… Ça nous a resolidifié, au contraire. Ça nous a appris à nous réinventer. Ça    m’a demandé énormément de travail, parce que, quand tu recommences ta vie à 48 balais, c’est beaucoup… mais c’est pas l’tout de l’dire, faut l’faire !

Quand je vois des gens malheureux, que je retrouve aujourd’hui, ici, dix ans après… qui sont eux, dans le même état, mais… en plus désespérés… j’me dis que j’ai vécu dix ans « difficiles », et que je suis loin d’être « arrivé », parce que… on n’est jamais arrivé nulle part, à New York, mais…

… C’est une ville où il faut sans arrêt « avancer », ne jamais se retourner ou prendre le temps de se « poser » pour regarder en arrière…

C : Oui ! La plus grande différence entre les Etats-Unis et la France, c’est la relation au « présent » : est-ce que le présent, c’est le sommet de quelque chose… d’un sommet, d’une expérience, d’un passé, d’un savoir ou de l’accumulation de tout ce qui fait que tu en es là aujourd’hui, en ce moment très précis… ou est-ce que le présent est juste la base de quelque chose à venir ? C’est là, toute la différence. En France, on considère le présent comme le sommet d’une montagne, d’une expérience, d’un savoir et de tout le reste ; alors qu’aux Etats-Unis, c’est juste la base d’une falaise ! C’est dur, une falaise, et puis, il faut la gravir ! T’en es toujours responsable, toujours à zéro, toujours en bas, c’est épuisant, et puis… que tu aies dix-mille employés, ou que tu sois tout seul… t’es toujours au bas de la falaise… alors qu’en France, t’es toujours au « sommet » d’une expérience. Mais, en même temps, quand tu es au sommet de quelque chose, tu es rempli d’angoisses… et t’entends les gens qui te disent : « avant, c’était bien, oui, avant, c’était bien ! On parle pas d’aujourd’hui, hein, aujourd’hui, c’est la merde ! Et demain ? De quoi tu me parles, demain ? ça n’existe pas, demain ! ».

… Alors que là-bas, c’est une sorte de pousse au cul permanent auquel tu ne peux échapper sans lâcher prise… ou échouer !

C : À New York, par exemple, t’es dans une ville où rien n’est jamais acquis ! Du coup, dès que t’as trouvé un « truc », il faut aller plus loin, et puis plus loin encore, et, quand t’es plus loin, ça ne fait rien de plus, vraiment, t’es toujours au début, en fait… Lorsque j’ai fait écouter le nouveau disque à mon pote Bob, un poète Américain qui m’avait donné certains types de conseils, sur ce même disque, il m’a dit : « c’est super ! Et le prochain, c’est quoi ? » (rires partagés)… attends, attends, il vient tout juste d’arriver, il est même pas « sec », encore, attends deux minutes, profitons-en ! « Oui, oui, d’accord, mais, pour le prochain, t’as une idée, déjà ? ». Rien à faire, non ! Immanquablement, tu es obligé de vivre avec « ça », parce que ça t’entraîne…

C’est pareil au niveau de la peinture ? Cette galerie que tu as ouvert là-bas, la ReGallery NYC, elle est pérenne, aujourd’hui ?

C : C’est quelques chose qui est important dans ma vie, oui, la peinture. Ça fait quatre ans que j’ai cette galerie, qui m’a permis de rencontrer le « monde entier »… qui franchit la porte de ma galerie. Quand la porte est ouverte, j’en vois quinze par jour, en moyenne ! Çinq, quand la porte est fermée. Des chinois, des polonais… des gens venus du Chili, du Mexique, de tous les côtés des Etats-Unis, parce que New York est une ville de convergence, dans laquelle on rencontre des gens qui viennent de partout. Et, quand ils s’expriment, ils s’expriment d’une manière spontanée, sans rien savoir de « qui » je suis…

… Ce qui doit être « confortable », pour toi… de n’être jugé qu’au travers de l’œuvre elle-même : sans avoir d’à priori, sans idées préconçues…

C : C’est très excitant et ça m’a permis de faire, si je puis dire, de gros progrès sur mon travail. Il m’est arrivé plusieurs fois de mettre en vitrine des œuvres qui n’étaient pas encore « sèches »… et, en terme d’artiste, c’est génial de pouvoir immédiatement avoir un « écho »,  de se dire : « est-ce que je suis dans le bon sens, ou pas ? ». C’est super stimulant. Est-ce que j’aurais pu avoir cette même galerie, atelier-galerie, à Paris ? Non, sûrement pas.

Parce que, pour que ça se fasse, il faut aussi que je puisse vendre des pièces souvent, et que ça ne soit pas seulement une réalité immatérielle et culturelle, mais aussi… tangible, qui me permette de payer mon loyer, parce que je ne suis pas riche ! À ce niveau-là, New York est aussi une ville de défi permanent.

Et là, cet été, vu que je suis venu donner des concerts en France, il a fallu que je trouve quelqu’un pour tenir ma galerie, et que je le paie, en plus du loyer… Ce que je fais ici, en ce moment, va me permettre, grosso modo, de payer mes frais… Mais bon… tu y es tout le temps pris à la gorge, et…

… Mais, c’est pour cela que tu y es allé, à la base, non ?

C : Oui ! C’est ce qui me permet d’avancer, et… ça se ressent au niveau des œuvres que j’expose actuellement à Perpignan, au Centre d’Art : À Cent Mètres du Centre du Monde (Portraits Intérieurs, jusqu’au 28 septembre 2014), ou bien à Guilvinec, avec Lorant Méthot (jusqu’au 19 septembre 2014) j’aime bien cette idée d’exposer à deux… comme à Marseille, en octobre dernier avec Jak Espi, chez mon ami David Pluskwa (Espace 53), une expo qui a très bien marché, d’ailleurs…

… Il va bientôt y avoir une rétrospective de ton œuvre à Nancy, également…

C : Oui, en toute fin d’année, ce sera ma première grande exposition « rétrospective ». Mais, aux Etats-Unis aussi… j’ai actuellement quelque chose qui se monte à Chicago… une autre à LA, et aussi en Alabama. J’expose aussi à Chelsea, cet automne… Toutes des choses qui n’auraient pas été possibles à monter ou mettre en place, si j’étais juste resté en France (un large sourire semble prendre forme, un rien retenu). En plus, mon travail, dans la vérité de celui-ci, a grandi de façon internationale, ça ne se discute pas aujourd’hui. Je sais désormais à qui et où je diffuse mes tableaux… qui m’ont permis, juste, sans m’enrichir, de pouvoir continuer à travailler, continuer…

… À fournir de nouveau la « machine » au quotidien ?

C : C’est ça, oui… Grosso modo, j’suis à « zéro »… aujourd’hui.

Toujours au bas de la fameuse « falaise », donc… au bon endroit, celui où il faut être, en somme…

C : Oui. Tout cela n’existerait pas, si je n’avais pas été à New York, et je sais gré à cette ville de m’avoir donné cette « autorité » sur moi-même…

Tout en continuant à bavasser paisible sur terrasse, à propos du show du soir, de la tournée à venir, du truculent One Man Show monté récemment par son frère Tom Novembre (Le Récital : https://www.facebook.com/TomNovembre ), de sa relation avec les médias hexagonaux ou le landernau de la Variété Française, je repense à ces quelques lignes, extraites de New-Yorcœur (Emmerdeur) : « je suis un emmerdeur, un libre penseur / Pas vraiment média provocateur / Je vis ma vie d’homme libre, je m’invente une route / Sur le carte du cœur… ».

Cet homme aurait pu se contenter de donner un petit frère à Comme Un Avion Sans Ailes, tous les deux ou trois ans, tourner « avec » puis monter un plan avec la SACEM pour obtenir une rente à vie, sans forcer ou s’épuiser jamais (comme nombre de ses glorieux contemporains). À contrario, il est allé voir au pays des wallabies, s’il y était (Melbourne Aussie/90 & Victoria Spirit/91), a élargi sa palette à l’aide du sublime Les Naîves (94), pris des risques « multimédias » avec le Downtown Project (95), parti signer sous d’autres « cieux » avec Soudé Soudés (99), et jamais cessé, depuis, de produire de la qualité tout en ayant les couilles de réinventer entièrement sa vie – ou la boucler ? Quoi de plus naturel, que de devenir artiste peintre, lorsque l’on est diplômé des beaux-arts… – au sein de la dure et tentaculaire Ville Qui Ne Dort Jamais !

Phénix et ImMortel à la fois, en somme…

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Kollectiv’mode

Kollectiv’mode est une association artistique atypique, fondée par des artistes pluridisciplinaires qui unissent leurs forces et savoir faire autour du processus de création puis de sa matérialisation (expositions, édition, montage d’évènements, production d’œuvres originales).