KOLLECTIVMODE | Kulture Klub Karrément Kollectif

IMG_9424

A New-Yorker in Méounes…
(L’Autre Côté…)

En marge de la sortie de l’excellent ImMortel/Universal (à sortir tout bientôt, le 15 septembre prochain) et de l’ultime show de pré-tournée donné par CharlElie et son groupe, lors du Festival de Néoules (http://www.concertandco.com/critique/concert-charlelie//48805.htm) retour sur l’interview du bonhomme réalisée ce même 17 juillet 2014 et enregistrée sur la terrasse ombragée, accueillante et salvatrice, de l’hôtel-restaurant La Source (Méounes).

Un léger voile de fraîcheur semble enfin décidé à se poser lentement sur Méounes, après une journée étouffante (34° tout du long, peu ou prou) : les cols de chemise et épidermes sèchent lentement, et les jambes… lourdes !

Verre en pognes et sourcils tendus d’expectative, l’homme happe quelques amuse-gueules en riant de communion avec ses musiciens, détend ses jambes puis s’approche benoitement de la petite table de fer prévue à cet effet. Il est en passe de boucler une première partie de tournée (un « tour de chauffe ») destiné à « roder » les chansons du très très prometteur ImMortel, produit par l’un des incontournables de la scène musicale hexagonale actuelle : Benjamin Biolay. Après quelques dates bouclées en mai, il est récemment revenu promener sa trogne au sein du landernau de la Variété Française, alors en pleine séance d’autocongratulation à l’occasion de la « trentième » des Francofolies, a donné le « top départ » de sa toute nouvelle exposition (Portraits Intérieurs) et visité quelques scènes, dont la dernière aujourd’hui, lors du Festival de Néoules ; ceci avant de repartir tout bientôt vers sa New York de ville… d’adoption. La rentrée sera en effet chaude pour lui, avec la sortie d’un nouvel album, la réédition de certains de ses disques (difficiles à trouver, aujourd’hui) et près de soixante-dix dates à assurer un peu partout, en divers points de notre planète plus très bleue…

IMG_9445BlancIMG_9443BlancIMG_9543IMG_9554BlancIMG_9414IMG_9584IMG_9475IMG_9666IMG_9469IMG_9586IMG_9572IMG_9416IMG_9695IMG_9784

Afin de savoir où (qui ?) nous en sommes, il enlève ses lunettes, se soumet au rituel des « test son », plante résolument ses yeux dans les miens, me fait signe qu’il est désormais prêt, que l’on peut « y aller »…

Nous sommes à quelques semaines de la sortie de l’album : est-ce que le fait d’avoir de nouveau été « signé » par une MajorUniversal, en l’occurrence – va faire en sorte que tes disques redeviennent « visibles », redonner accès à ta discographie qu’on peine désormais à trouver en magasin ou sur le Net

CharlElie :
C’est vrai, oui mais, ça va changer. Très certainement. Universal va bientôt remettre en place des « choses » qui étaient plutôt au « calme », depuis un p’tit bout de temps…

C’est le moins qu’on puisse souhaiter, parce que, en dehors du circuit de l’« occasion », c’est devenu très difficile, voire impossible, de mettre la main sur nombre de tes albums. Parfois parmi les plus « connus » ou fondateurs, en plus…

 C (un rien fataliste) :

Tout cela est lié à une relation un peu « figée » qui s’est établie avec le « monde » en général. Ces dernières années, la relation établie avec ce que je fais, était devenue plus… distante, en fait ! Peut-être que, moi aussi…

Tu penses vraiment t’en être éloigné ? Je t’ai toujours trouvé très impliqué dans ta relation avec la musique… TA musique !

C (il lève le yeux au ciel, arbore une moue dubitative, prends le temps d’y réfléchir) :

Je ne sais pas, écoute… je reviens des Francofolies, où j’étais bien content d’y jouer mon spectacle, d’ailleurs, mais… quand j’essaie de me souvenir, lorsque j’y suis allé pour la dernière fois… c’était il y a 18 ans !

… Pour la sortie des Naïves, oui !

C : Oui, avec Les Naïves, oui : ça fait un bail, pas vrai ? Apparemment, je ne leur ai pas manqué, puisqu’à chaque fois qu’on a essayé d’y « aller »… c’était « non ! » ou bien « pas possible ! »… (moue dubitative).

J’ai lu, ici et là, au niveau des premières chroniques déjà parues à propos du futur ImMortel, que cet album était une « réussite », le « retour à quelque chose de plus abouti et digne d’intérêt ! », sous entendu « depuis longtemps ! ». D’une certaine façon, c’est un peu comme si vous n’aviez rien fait de positif ou audible depuis des années, alors que, pour ma part, j’ai beaucoup aimé New-Yorcœur et également fort apprécié Fort Rêveur… même si nous aurons été peu nombreux à en parler, à les jouer ou les diffuser sur les ondes hexagonales, au moment de leurs sorties respectives…

C (il secoue la tête, pensif) : Je ne sais pas. Peut-être que mes disques étaient…  Je me rends compte aujourd’hui, avec le nouveau, que mes disques récents étaient peut-être « difficiles » ! Là, cette fois, pour ImMortel, Benjamin (Biolay) a trouvé une sorte de commun dénominateur entre les chansons et, tout en faisant des choses diverses, il a fait en sorte que l’on puisse écouter le disque… sans même l’écouter, si je puis dire ! Enfin, on peut l’« entendre », sans avoir à l’écouter… Alors, que, si j’avais un reproche à me faire, en termes de production, je dirais que j’ai souvent exagéré les effets…

Comme avec New-Yorcœur, par exemple ?

C Oui, avec New-Yorcœur, c’est typique ! C’est un disque qui contient des chansons, qui sont toutes bien, ok, mais prises, « une par une » ! Les chansons « Rock », sont super « Rock », et les chansons « mélo », super « mélo »… Une chanson comme, Ton Jour de Gloire, par exemple, qui est douce, ironique, mais douce… si tu la compares avec Spielberg… où, là, ça pète fort, c’est demander beaucoup d’efforts aux gens, de leur demander de me suivre dans un domaine et ET dans un autre : l’amplitude est grande… Si tu t’adresse aux gens qui aiment mes disques et leur diversité dans la proposition, pas de problème, mais, pour les autres, ceux qui ne veulent pas avoir à se poser de questions et qui peuvent aimer, soit l’une, soit l’autre, de ces formules, c’est très différent… ce que j’ai compris au moment de la sortie de New-Yorcœur ! Après… j’ai fait un autre disque dont je suis très fier, le Fort Rêveur !

… Qui est superbe et homogène, vraiment !

C : Superbe, oui, et… dont les chansons étaient choisies un peu dans le même acabit, le même esprit ! Produit par un très bon producteur de la côte ouest (des Etats-Unis) d’ailleurs : Sean Flora. Mais, ce disque n’a pas trouvé d’écho au moment de sa sortie : très peu de gens ou médias ont daigné parler du disque, pour diverses raisons, autres que sa qualité. Quand tu te rends comptes que Rock & Folk n’a pas écrit UNE ligne dessus ! Pas un mot dessus… rien dans Les Inrocks, rien chez les autres… tu te dis : « j’suis qu’une merde, alors, c’est ça ? ».

Tu sais… nous avons été peu nombreux à le « jouer » ou en parler, au moment de sa sortie (2010). Je n’ai d’ailleurs jamais eu de réponse « officielle », concernant l’album… pas reçu de « promo », au niveau de la « prod », rien ; j’ai même dû l’acheter, pour pouvoir le passer en radio et en parler…

C (visiblement ennuyé) : Ouais, ouais, je sais ! C’était difficile, mais… je n’y étais pour rien ! En fait, c’qui s’est passé, quand le disque est sorti, c’est que… j’avais moi, l’sentiment, que si les CD s’étaient cassés la gueule, c’est parce qu’ils n’étaient pas « beaux » ! Que l’objet CD était trop petit et ne correspondait pas à l’aspiration « physique » que les gens ont d’un album… qu’il fallait donc faire un objet plus grand. J’ai alors conçu un disque (pour Fort Rêveur) que j’ai appelé le « 24X24 »… qui fait deux fois la taille d’un CD et qui comportait un packaging « pensé »…

… L’édition limitée est très belle, par ailleurs…

 C : Elle est magnifique ! Mais, lorsque je suis allé le proposer aux maisons de disques… celles-ci m’ont dit : « impossible ! Les disquaires n’en voudront pas ! ». Je leur ai dit : « achetez-moi le concept, alors, et faites-en d’autres ! ». On m’a dit : « vous rigolez ! On a autre chose à faire, que « ça » ! ». Comme ils n’en voulaient pas, je l’ai alors sorti sur Vente Privée. Mais, comme Vente Privée (vente-privee.com) n’était pas considérée comme une maison de disques ou un « medium » culturel… vu qu’il vendaient des habits, on m’a répondu : « on en parlera lorsqu’il sortira chez une vraie maison de disques ! ». Pourtant, lorsqu’il est sorti chez une « vraie » maison de disques, deux mois après… les médias ont répondu aux attachés de presse : « non mais attends, le disque à deux mois… on n’va pas en parler maintenant ! ». Ha, ouais, mais attendez, vous n’en avez déjà pas parlé l’aut’ fois, il y a deux mois : « ben oui, mais, y’a déjà d’autres choses qui sont sorties depuis, alors… ».

… Tu parles, ils chroniquent parfois certains disques, des mois après, chez Rock & Folk, et autres canards musicaux…

C : Exact ! J’ai eu l’impression d’avoir été grandement abandonné, quoi : j’étais qu’une merde, un « truc » dont on ne parlait pas… alors, bon, ça m’a fait de la peine, et… j’me suis alors dit que j’allais enregistrer un disque en Anglais, pour le marché Américain ! L’année d’après, donc. Il s’appelle : Be Yourself … chanté entièrement en Anglais et produit par le clavier de Patti Smith : Bruce Brody.

C’est un disque qui est entièrement « achevé », fini, mixé ?

C : Oui, il est superbe. Mais… quand la maison de disques Américaine – que j’ai approché pour le sortir, qui l’avait écouté et le trouvait « superbe ! » –  m’a demandé sur quelle « Fan Base » (potentiel de fans) on pouvait s’appuyer, j’ai répondu : « objectivement, si je vous parle de ma Fan Base, c’est plutôt en France qu’elle se trouve, pas aux États-Unis ! ». Et, vu que sur le Net, c’est majoritairement des Français qui étaient capables de s’y intéresser… ils m’ont alors répliqué que c’était en France, qu’il fallait le « sortir ! ». Mais, bon, si je l’ai fait en Anglais, c’est pas pour le marché Français !

Évidemment, sinon, où est l’intérêt ? Il en est où au fait, actuellement, ce disque ? C’est enterré, ou bien toujours une possibilité…

C : Ils m’ont alors dit : « si il venait à être utilisé dans le cadre d’une série Télé, là, peut-être qu’on pourrait s’appuyer là-dessus pour le sortir ! ».

Et, au final ?

C : À l’arrivée… Il tourne actuellement en téléchargement sur un site privé dédié entièrement aux « recherchistes » qui travaillent pour le cinéma ou les Séries Télé, à la demande du label Américain. Il n’est pas accessible autrement. Quant à moi, je ne voulais pas le sortir en France, pour ne pas que les gens me fassent la gueule ou se disent : « ha, ça y est ! Maintenant qu’il vit aux Etats-Unis, il ne chante qu’en Anglais, etc… », tu vois l’genre ? C’était en 2012/2013, et… je me suis alors dit que je ne pouvais pas sortir autre chose ici qu’en Français, et… comme ça s’était super bien passé avec Benjamin (Biolay) au moment de mon spectacle au Casino de Paris

… Il était monté sur scène à tes côtés, à cette occasion…

C : … Exact ! Alors, quand lui aussi à « fait » le Casino en févier 2013… je lui ai demandé si ça lui dirait de travailler avec-moi sur un nouvel album, ses yeux se sont allumés et il m’a immédiatement dit : « Ha ouais, super, très volontiers ! Tope-là, ça marche ! ». C’est comme ça que les choses se sont mises en route. Il a par ailleurs travaillé sur une première « séquence de travail », avant même qu’il y ait la maison de disques derrière, ce qui est quand même une preuve de confiance… et puis après, Universal ayant entendu les premiers extraits…

… Ils vous ont donc signé sur l’« idée » même de votre association, plutôt que sur un album « clé en mains » ?

C Oui, c’est ça. Universal a alors signé sur l’idée et nous sommes repartis en studio pour refaire certains trucs.

J’avais ouï dire, qu’il y aurait eu une première rencontre avec Benjamin au niveau d’un disque « hommage » consacré à tes chansons par divers artistes ou groupes Français…

C C’était avant, ça, c’était en amont. Au départ, quand je t’ai parlé du fait de « travailler » sur quelque chose ensemble, c’est que Benjamin avait accepté l’idée d’être le producteur de ce disque de « reprises » par d’autres artistes, et puis, comme ça mettait des plombes à se faire… le jour où je suis allé le voir dans sa loge, je lui ai dit : « plutôt que de perdre du temps avec un disque qui ne se fait pas, ça t’dirais pas d’avancer sur un truc qui peut se faire… et qui tiendrais la route, au moins ? »…

… Surtout que c’est toujours difficile d’arriver à fédérer divers artistes ou groupes au même moment, autour d’un même projet : niveau « agenda », tournées et disques respectifs à enregistrer ou promotionner…

C (il me regarde fixement, semble convenir et y penser) : … C’est aussi pour cette raison que ça a pu se faire, en fait !

Pourquoi ce choix très précis de Benjamin Biolay, au niveau de la production de ImMortel ? Vous êtes tout de même sur deux champs, deux univers, assez distincts… à la base. Une différence importante qui aura finalement pu servir à l’élaboration et à la réalisation de ce nouveau projet ? Est-ce que cela a fondamentalement changé votre façon de voir les choses, en termes d’enregistrement ou bien sur la façon de bâtir puis accoucher d’un album…

C (il se redresse et l’œil pétille, tandis qu’il s’avance au-dessus de la table) : Ouais ! En même temps, même s’il y en a plein, des différences… Moi, je suis un artiste, lui est un musicien, un compositeur… Il est envahi par la musique ! Il a des connaissances musicales tous azimuts, il sait beaucoup de choses… Il a une formation de musicien, et moi de plasticien. Mais, dans les deux cas, on utilise la musique, si je puis dire… Dans le cadre de cet album, j’en suis le concepteur : comme un architecte peut dessiner les plans de quelque chose, mais, hé… c’est pas l’tout de dessiner les plans, il faut encore en faire quelque chose. À ce niveau-là, la musique que l’on entend est celle de Benjamin. Faut dire, que, moi, je suis venu avec ma guitare acoustique et mon chant ; lui ai chanté les chansons, et, fort de cela, il a créé l’espace autour. Je suis arrivé nu et voulais au minimum, d’ailleurs, je ne l’ai pas fait, donner des informations ou pistes à suivre dans ce domaine ; parce qu’il savait très bien ce qu’il avait à faire. Il a d’ailleurs une capacité d’écoute qui est fascinante. C’est un gars qui, en ce moment, en tout cas, sait entendre, et « ça », c’est vraiment rassurant…

… Il est donc responsable de la totalité des arrangements de l’album et le concepteur du « son » qui le caractérise…

C : Oui, encore une fois, je suis arrivé « tout nu » devant lui et il m’a dessiné mon costume, tu vois ? C’était intimidant, d’arriver à poil, comme ça…

… Il a fallu instaurer puis gagner cette confiance…

C (il confirme, opine du chef) : Oui, mais… dès les premiers instants, j’ai eu le sentiment, que… même lorsqu’il était derrière la vitre et que j’avais ma guitare à la main… il passait à travers les fibres, quoi. Dès qu’il a ouvert la porte, à la fin de l’interprétation de la toute première chanson, pour me dire : « ça, c’était quel accord ? »… un Ré Mineur, ou un Sol, je n’sais plus, bref… comme je savais que je l’avais effectivement joué entre les « deux », cet accord, ben… c’était très rassurant de savoir qu’il y a quelqu’un qui, d’office, va le savoir, lui…

… C’est confortable…

C : Rassurant. C’est comme quand tu écris et que quelqu’un compte les lettres en même temps qu’il lit les mots. Du coup, il s’est amusé avec ce que cela lui suggérait et, moi, j’ai pu me laisser aller à l’expression pure de MON truc, sans être à la fois juge ET parti. Sur beaucoup de mes disques, j’ai tellement passé de temps à me dévaloriser, pour qu’il ne soit pas dit que MOI, je me valorisais… que, à l’arrivée, ça ne m’aura pas toujours aidé à faire ce que je souhaitais au départ. C’est ça, le charme. C’est un gars qui est très charmant, dans le sens presque « sorcier » du terme…

… C’est un magnétisme ?

C : Oui ! Il n’est pas facile, non plus… C’est pas un homme doux ou « offert », non… Du dernier jour, comme au premier, je ne savais même pas si on était « copains », mais… quand on entend le résultat, je me rends compte à quel point je l’en remercie…

… Ça n’était pas le « but » principal, de toute façon.

C (il appuie ses dires en tambourinant sur la table, avec la paume de sa main droite) : C’est ça ! Y’a des gens avec lesquels t’es très copain et… j’ai l’habitude de dire, que, quand on est un personnage public, il y a trois choses essentielles : ce qu’on est, ce qu’on fait et ce qu’on présente. Y’a des gens qui sont des gens charmants, mais qui font de la merde ! Des gens qui sont insupportables, mais qui font des choses très bien, et… des gens qui sont très « influents », alors qu’ils ne font rien ! Reste à savoir ce que l’on veut. Médiatiquement parlant, t’as des mecs qui sont importants dans les médias, alors qu’il n’y a rien « dedans », et puis, à l’inverse… etc., etc. (le tout accompagné d’un sourire énigmatique, suivi d’un léger étirement : comme pour mieux marquer le coup et se/nous laisser le temps de mettre quelque visage connu, sur certaines de ces « catégories » de personnages…).

Le show donné à Marseille en mai dernier, auquel j’ai pu assister – chronique, ici : http://www.concertandco.com/critique/concert-charlelie/le-poste-galene-marseille/48335.htm – était par ailleurs très abouti, musicalement parlant, pour un « Tour de Chauffe » : la Setlist était agrémentée de morceaux balayant quasiment l’ensemble de votre discographie et diverses périodes… le groupe semblait déjà très au point et composé de grands musiciens, tels : Karim Attoumane (guitares), et Denis Benarrosh (batterie). Une tonalité musicale très variée également, en termes de son, quoique foncièrement « Rock » et nantie de guitares très Blues… Le tout restant relativement épuré, niveau arrangements…

C : Oui, c’est vrai, oui, plutôt pas mal, et… j’ai essayé de piocher un peu partout, mais, bon… Faut dire que la présence de Denis Benarrosh à la batterie, qui a joué avec Benjamin et qui est le batteur du disque ImMortel, amène une sorte de pondération rythmique qui permet à Karim de se lâcher comme il le veut… Une belle section basse/batterie, avec Bobby Jocky à la basse ! On a commencé à tourner ensemble, sur la fin de la précédente tournée, et… c’est un très beau bassiste : beau son et belles notes ! Ce qui fait que j’ai un groupe cohérent, quoi, avec lequel j’ai plaisir à jouer… J’ai le sentiment que le tour de chant auquel tu as assisté à Marseille, c’est un récital que je pourrais faire à Rome, à Oslo, à Santiago du Chili ou à San Diego en Californie ! Sans connaître rien de ma musique, ni de ce que je suis, ça doit pouvoir faire faire un véritable voyage, quoi… voilà.

Même si cela sonne déjà très en place, carré… que l’on sent déjà que l’ensemble a une certaine « assise », j’ai eu aussi l’impression qu’il y avait des moments ou tu laissais « flotter » les choses, les laissais avancer ou suivais carrément l’inspiration du moment…

C (il sourit : manifestement ravi du compliment) : Ben… oui ! Y’a de ça aussi, oui. Tiens, l’autre soir, à La Rochelle, il y a deux jours, nous avons dû jouer un spectacle qui devait nécessairement être plus « condensé », vu qu’on n’avait droit qu’à une heure de show, et… du coup, les marques étaient forcément différentes et c’était rigolo de voir à quel point l’entrée dans les morceaux était différente, très… intéressant. C’est comme un gars qui court un 3 000 m, à qui on demande d’un coup de courir sur 1 500, tu vois…

… Oui, les repères ne sont pas les mêmes, forcément. Tout doit donc se réajuster, au fur et à mesure…

C : Les repères ne sont pas les mêmes, et, comme nous sommes au tout début de la tournée, c’était rigolo de voir comment chacun (des musiciens) réinventait les morceaux, enfin, la « relation » avec… Côté public, beaucoup ne se rendent compte de rien, mais pour nous, par contre, à l’intérieur… Et, tu verras, ce soir, on va bien s’amuser. C’est le dernier spectacle de l’été, en plus, avant d’attaquer la grande tournée de la rentrée…

Une tournée plutôt longue et qui passera un peu partout…

C : Oui, je pense surtout que ça va nous trimballer pour un bout de temps, et… que je suis reparti sur de bonnes bases… surtout.

Au niveau du public, comment est-ce que le spectacle a été accueilli, enfin, plutôt… comment est-ce que vous percevez votre relation avec ce public, dont certains semblent redécouvrir que vous êtes toujours en « activité », tandis que d’autres peuvent avoir une mémoire plutôt partielle, ou « élastique »…

C : Je crois qu’il y a un moment pour tout. C’est aussi une question de contexte. C’est important de voir, ou comprendre, pourquoi les choses ont les accepte d’untel, et pas d’un autre. Depuis que je suis à New York… Depuis que j’ai la nationalité Américaine, je peux me permettre de dire des choses qui n’étaient pas acceptables avant. Maintenant… ça fait dix ans que je me suis installé là-bas, reconstruit, sans l’aide de personne… ils peuvent dire ce qu’ils veulent…

Vous revenez avec un autre rapport aux choses, une sorte de « distance », une plus grande… sérénité ?

C : Oui ! Une plus grande sérénité et un autre regard sur moi-même. Ce que j’évoquais tout à l’heure, sur le fait que j’ai quelques fois trop souligné les effets, niveau production, et que ça m’a parfois fois nui, je crois… je ne m’en étais pas rendu compte, avant quoi, tu vois ? À New York, j’ai appris à me définir par ce que je suis. En France, on est souvent défini par les autres…

… Ou bien « classé », rangé dans un casier bien défini… à vie !

C : On te dit : « tu es ceci, tu es cela ! ». Pour moi, c’est difficile. Quand on me disait : « tu es en dehors des entiers battus ! »… Enfin, ils utilisaient souvent cette formule : « CharlElie, le Lorrain à la barbichette, à la voix nasillarde, qui continue son chemin en dehors des sentiers battus ! » ; entre dire ça et me mettre dans le fossé, y’a pas loin, enfin… c’est pareil ! Et puis que l’fossé serve de fosse septique, c’est tout comme…

…  C’est même pas réducteur, c’est quasiment mensonger et insultant. Surtout lorsque l’on exerce son talent dans divers domaines artistiques, avec succès, comme tu le fais depuis longtemps…

C : Carrément. Alors qu’aujourd’hui, c’est un peu différent. Parce que, si tu veux… j’ai continué à faire ce que j’avais à faire, sans rien demander à personne, et les gens s’en sont rendu compte. Après tout, des gens qui veulent s’installer à new York, j’peux te dire que j’en connais un paquet, de chez « paquet »… qui te disent qu’ils vont « le faire ! », mais… des gens qui le font, je peut te dire qu’il n’y en a pas beaucoup…

… Sans même parler d’arriver à y rester et y pérenniser son activité, comme vous l’avez fait avec votre galerie…

C (il sourit, semble repenser un court moment au chemin parcouru outre-Atlantique) : Et puis y rester, oui. C’est encore autre chose. Parce que, s’y installer, ça veut dire qu’il faut tout réinventer, tout : le dentiste, le médecin pour les enfants… j’suis arrivé dans l’appart’, y’avait rien : pas l’eau, pas l’téléphone, pas l’électricité… rien. Quand il faut TOUT reconstruire, et qu’à l’arrivée, nous, avec mes enfants, on s’entend bien…

… C’est vrai qu’il y a toujours des risques que cela « implose », à ce niveau, quand de tels changements se produisent…

C (visiblement fier d’avoir brillamment franchi cet écueil) : J’suis toujours avec ma femme… Ça nous a resolidifié, au contraire. Ça nous a appris à nous réinventer. Ça    m’a demandé énormément de travail, parce que, quand tu recommences ta vie à 48 balais, c’est beaucoup… mais c’est pas l’tout de l’dire, faut l’faire !

Quand je vois des gens malheureux, que je retrouve aujourd’hui, ici, dix ans après… qui sont eux, dans le même état, mais… en plus désespérés… j’me dis que j’ai vécu dix ans « difficiles », et que je suis loin d’être « arrivé », parce que… on n’est jamais arrivé nulle part, à New York, mais…

… C’est une ville où il faut sans arrêt « avancer », ne jamais se retourner ou prendre le temps de se « poser » pour regarder en arrière…

C : Oui ! La plus grande différence entre les Etats-Unis et la France, c’est la relation au « présent » : est-ce que le présent, c’est le sommet de quelque chose… d’un sommet, d’une expérience, d’un passé, d’un savoir ou de l’accumulation de tout ce qui fait que tu en es là aujourd’hui, en ce moment très précis… ou est-ce que le présent est juste la base de quelque chose à venir ? C’est là, toute la différence. En France, on considère le présent comme le sommet d’une montagne, d’une expérience, d’un savoir et de tout le reste ; alors qu’aux Etats-Unis, c’est juste la base d’une falaise ! C’est dur, une falaise, et puis, il faut la gravir ! T’en es toujours responsable, toujours à zéro, toujours en bas, c’est épuisant, et puis… que tu aies dix-mille employés, ou que tu sois tout seul… t’es toujours au bas de la falaise… alors qu’en France, t’es toujours au « sommet » d’une expérience. Mais, en même temps, quand tu es au sommet de quelque chose, tu es rempli d’angoisses… et t’entends les gens qui te disent : « avant, c’était bien, oui, avant, c’était bien ! On parle pas d’aujourd’hui, hein, aujourd’hui, c’est la merde ! Et demain ? De quoi tu me parles, demain ? ça n’existe pas, demain ! ».

… Alors que là-bas, c’est une sorte de pousse au cul permanent auquel tu ne peux échapper sans lâcher prise… ou échouer !

C : À New York, par exemple, t’es dans une ville où rien n’est jamais acquis ! Du coup, dès que t’as trouvé un « truc », il faut aller plus loin, et puis plus loin encore, et, quand t’es plus loin, ça ne fait rien de plus, vraiment, t’es toujours au début, en fait… Lorsque j’ai fait écouter le nouveau disque à mon pote Bob, un poète Américain qui m’avait donné certains types de conseils, sur ce même disque, il m’a dit : « c’est super ! Et le prochain, c’est quoi ? » (rires partagés)… attends, attends, il vient tout juste d’arriver, il est même pas « sec », encore, attends deux minutes, profitons-en ! « Oui, oui, d’accord, mais, pour le prochain, t’as une idée, déjà ? ». Rien à faire, non ! Immanquablement, tu es obligé de vivre avec « ça », parce que ça t’entraîne…

C’est pareil au niveau de la peinture ? Cette galerie que tu as ouvert là-bas, la ReGallery NYC, elle est pérenne, aujourd’hui ?

C : C’est quelques chose qui est important dans ma vie, oui, la peinture. Ça fait quatre ans que j’ai cette galerie, qui m’a permis de rencontrer le « monde entier »… qui franchit la porte de ma galerie. Quand la porte est ouverte, j’en vois quinze par jour, en moyenne ! Çinq, quand la porte est fermée. Des chinois, des polonais… des gens venus du Chili, du Mexique, de tous les côtés des Etats-Unis, parce que New York est une ville de convergence, dans laquelle on rencontre des gens qui viennent de partout. Et, quand ils s’expriment, ils s’expriment d’une manière spontanée, sans rien savoir de « qui » je suis…

… Ce qui doit être « confortable », pour toi… de n’être jugé qu’au travers de l’œuvre elle-même : sans avoir d’à priori, sans idées préconçues…

C : C’est très excitant et ça m’a permis de faire, si je puis dire, de gros progrès sur mon travail. Il m’est arrivé plusieurs fois de mettre en vitrine des œuvres qui n’étaient pas encore « sèches »… et, en terme d’artiste, c’est génial de pouvoir immédiatement avoir un « écho »,  de se dire : « est-ce que je suis dans le bon sens, ou pas ? ». C’est super stimulant. Est-ce que j’aurais pu avoir cette même galerie, atelier-galerie, à Paris ? Non, sûrement pas.

Parce que, pour que ça se fasse, il faut aussi que je puisse vendre des pièces souvent, et que ça ne soit pas seulement une réalité immatérielle et culturelle, mais aussi… tangible, qui me permette de payer mon loyer, parce que je ne suis pas riche ! À ce niveau-là, New York est aussi une ville de défi permanent.

Et là, cet été, vu que je suis venu donner des concerts en France, il a fallu que je trouve quelqu’un pour tenir ma galerie, et que je le paie, en plus du loyer… Ce que je fais ici, en ce moment, va me permettre, grosso modo, de payer mes frais… Mais bon… tu y es tout le temps pris à la gorge, et…

… Mais, c’est pour cela que tu y es allé, à la base, non ?

C : Oui ! C’est ce qui me permet d’avancer, et… ça se ressent au niveau des œuvres que j’expose actuellement à Perpignan, au Centre d’Art : À Cent Mètres du Centre du Monde (Portraits Intérieurs, jusqu’au 28 septembre 2014), ou bien à Guilvinec, avec Lorant Méthot (jusqu’au 19 septembre 2014) j’aime bien cette idée d’exposer à deux… comme à Marseille, en octobre dernier avec Jak Espi, chez mon ami David Pluskwa (Espace 53), une expo qui a très bien marché, d’ailleurs…

… Il va bientôt y avoir une rétrospective de ton œuvre à Nancy, également…

C : Oui, en toute fin d’année, ce sera ma première grande exposition « rétrospective ». Mais, aux Etats-Unis aussi… j’ai actuellement quelque chose qui se monte à Chicago… une autre à LA, et aussi en Alabama. J’expose aussi à Chelsea, cet automne… Toutes des choses qui n’auraient pas été possibles à monter ou mettre en place, si j’étais juste resté en France (un large sourire semble prendre forme, un rien retenu). En plus, mon travail, dans la vérité de celui-ci, a grandi de façon internationale, ça ne se discute pas aujourd’hui. Je sais désormais à qui et où je diffuse mes tableaux… qui m’ont permis, juste, sans m’enrichir, de pouvoir continuer à travailler, continuer…

… À fournir de nouveau la « machine » au quotidien ?

C : C’est ça, oui… Grosso modo, j’suis à « zéro »… aujourd’hui.

Toujours au bas de la fameuse « falaise », donc… au bon endroit, celui où il faut être, en somme…

C : Oui. Tout cela n’existerait pas, si je n’avais pas été à New York, et je sais gré à cette ville de m’avoir donné cette « autorité » sur moi-même…

Tout en continuant à bavasser paisible sur terrasse, à propos du show du soir, de la tournée à venir, du truculent One Man Show monté récemment par son frère Tom Novembre (Le Récital : https://www.facebook.com/TomNovembre ), de sa relation avec les médias hexagonaux ou le landernau de la Variété Française, je repense à ces quelques lignes, extraites de New-Yorcœur (Emmerdeur) : « je suis un emmerdeur, un libre penseur / Pas vraiment média provocateur / Je vis ma vie d’homme libre, je m’invente une route / Sur le carte du cœur… ».

Cet homme aurait pu se contenter de donner un petit frère à Comme Un Avion Sans Ailes, tous les deux ou trois ans, tourner « avec » puis monter un plan avec la SACEM pour obtenir une rente à vie, sans forcer ou s’épuiser jamais (comme nombre de ses glorieux contemporains). À contrario, il est allé voir au pays des wallabies, s’il y était (Melbourne Aussie/90 & Victoria Spirit/91), a élargi sa palette à l’aide du sublime Les Naîves (94), pris des risques « multimédias » avec le Downtown Project (95), parti signer sous d’autres « cieux » avec Soudé Soudés (99), et jamais cessé, depuis, de produire de la qualité tout en ayant les couilles de réinventer entièrement sa vie – ou la boucler ? Quoi de plus naturel, que de devenir artiste peintre, lorsque l’on est diplômé des beaux-arts… – au sein de la dure et tentaculaire Ville Qui Ne Dort Jamais !

Phénix et ImMortel à la fois, en somme…

Pour plus de renseignements et tout connaître (ou, pas loin) sur l’actu de CharlElie au quotidien :

http://www.charlelie-officiel.com/

https://twitter.com/CharlElieNYC

Infos/Expos :

http://www.acentmetresducentredumonde.com/fr/expositions/inner-portraits-de-charlelie-couture

http://www.leguilvinec.com/public/pages/officedetouri_expos2011.php

https://www.facebook.com/events/754273397930909/?source=1

birthday-IMG_8982

 

……………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………

Exclu Musicale !!!

À l’aube d’une nouvelle année, pour le moins « animée », comprenant la double sortie du très récent EP (intitulé Intime) et d’un livre signé Charles Pitter revenant sur sa longue et belle carrière (Hardcore) – le tout suivi d’une longue liste de concerts à donner bientôt « en » et autour de notre hexagone remanié du propos – l’incontournable songwriter (et écrivain) US, Elliott Murphy, a tenu à faire une longue pause bla-bla en compagnie du très Kollectiv’Mode : Jacques 2 Chabannes.

 

Interview exclusive à lire et apprécier ci-après… accompagnée des photos éclairées de Lof !

……………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………

BIO

Elliott James Murphy est un « chanteur compositeur interprète » (auteur et journaliste) américain, né le 16 mars 1949 à Rockville Center (New York).

Entre son premier disque Aquashow (1973) et It Takes A Worried Man (2013) il a sorti la bagatelle de 32 albums (studio, Live et EP’s) publié moult articles (Rolling Stone, etc.) 6 romans et nouvelles (dont le récent Marty May/2013). Il a joué et enregistré avec les plus grands musiciens – Bruce Springsteen, Mick Taylor, Ian Matthews, Billy Joel, Phil Collins, Chris Spedding, Ernie Brooks (Modern Lovers), Doug Yule (Velvet Underground), Richard Sohl (Patti Smith Group), Jerry Harrison (Talking Heads), Kenny Margolis (Mink Deville), Paul Rothschild (The Doors, Janis Joplin) – et ne cesse depuis d’écumer les multiples scènes de la planète aux côtés de son complice et « double » musical (depuis 1998) Olivier Durand (guitare et voix/ex Little Bob Story) ou de son groupe, le Normandy All Stars. Il a récemment reçu la prestigieuse Médaille de Vermeil de la Ville de Paris, ville où il réside depuis 22 années. Un artiste complet, hors normes, qui se définit au mieux selon le savoureux précepte suivant : « Le Rock’n’ Roll est mon addiction, la littérature, ma religion ! ».

……………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………

« Intime et Personnel à la fois… »

X-IMG_8934Comme il semble en avoir pris l’habitude, c’est aux environs de son home « sweet » home Parisien que l’Elliott nous a fixé rendez-vous : à quelques pas du Grand Rex et du New Morning où il vient tout juste de donner deux magnifiques et intenses shows (ces 14 & 15 mars 2014) en compagnie de ses fidèles et talentueux Normandy All Stars. Hier, il aura sans doute fêté dignement son 65e anniversaire dans l’intimité familiale toute proche, après avoir entendu, la veille, une salle entière et réjouie entonner pour lui le traditionnel « Happy-y-y Beur-eur-eurthday to-ou… you ! Happy-y-y Beur-eur-eurthday to-ou… you ! » – comme il en a pris l’habitude depuis qu’il a décidé de le fêter chaque année sur ses terres de conquête, en son Murphyland d’état virtuel où il fait bon vivre, où les arts et le respect d’autrui font autorité, en lieu et place des « places » boursières, vues à court terme et viles théories avides de « toujours plus »…

Paris lundi 17 mars (temps nuageux et léger vent frisquet, histoire de parler un court instant d’autre chose…).

Casque sous l’bras et bandana bien vissé sur crâne, il s’avance en souriant, toujours visiblement sous le charme de ces deux soirées réussies et d’un déluge d’attentions en provenance de ses proches et Fans Hardcore, dont beaucoup ont tenu à le gratifier gentiment d’un présent, à cette annuelle occasion…

Suite à un échange détendu et un retour animé de concert sur ce weekend plus qu’accompli, place à ce qui suit, après les traditionnels tests « son », d’usage…

Elliott (goguenard, tasse de thé en pognes) :
Parfois, juste après avoir fait les tests de son, il m’est arrivé que les gens lancent l’enregistrement, mais que celui-ci s’arrête immédiatement pour cause de batterie vide… un complet désastre !

Je remarque que sa voix est bien plus forte que celle de son « lieutenant » Olivier Durand, que je viens juste d’interviewer l’avant-veille en compagnie de ses acolytes des Normandy All Stars (NAS).

X-IMG_8927Elliott (il acquiesce) :
Olivier parle doucement. Il joue très fort, mais il parle doucement, et… pas beaucoup !

Ha bon ? Quand il se lâche, pourtant, il n’arrête plus de parler : j’ai pas loin d’une cinquantaine de minutes d’Interview avec lui/eux, au final…

Elliott (il ouvre de grands yeux étonnés, et lâche, plus que circonspect) :
Vraiment ? Il a parlé et parlé pendant cinquante minutes ? Bien… Je n’en ferai que dix, moi, puisque c’est comme ça…

Tu viens de donner deux magnifiques shows « anniversaire » au New Morning, à l’occasion desquels tu viens également d’y fêter tes vingt-cinq années de présence sur cette même scène, cette année…

Elliott (pensif) :
Vingt-cinq années…

À cette occasion, tu as pas mal changé de répertoire, introduit des chansons oubliées ou laissées de côté pendant longtemps… comme Sonny ou Hardcore, des chansons venues de toutes les périodes, en gros…

Elliott :
Oui ! On a essayé, en fait… jeudi soir, nous étions près de Caen, où nous avons joué et essayé pas mal de chansons différentes, tenté des choses à chaque fois, et… nous aurons donc changé de répertoire chaque soir, oui !

Je sais que vous ne disposez pas de beaucoup de temps pour vous retrouver afin de répéter sur de longues périodes, avec les NAS… ils bossent aussi à « côté » et vous tournez pas mal juste en duo avec Olivier : est-ce que ce n’est pas difficile de changer résolument de répertoire, dans ces conditions ? Combien de temps est-ce que cela vous prends… généralement !

Elliott (ferme de ton) :
X-IMG_8957Pas très longtemps, non ! Parce que… Olivier et moi avons pris pour habitude de faire cette longue tournée en Espagne chaque année au mois de janvier, et… quelque chose que je faisais en « solo » au départ, pendant de longues années (cinq) puis avec Olivier… ces dix dernières années… ce qui me donne l’occasion de changer de répertoire à chaque fois, à cette occasion. Nous commençons par tester le tout ou faire revenir des chansons oubliées sous la forme de duo, et puis… nous faisons une liste de ces chansons que nous donnons aux NAS, à travailler de leur côté, et puis… au fur et à mesure, au cours des répétitions d’avant concert, ou de nos possibilités de répéter, ici et là… que nous ne rencontrons que cinq ou six fois dans l’année, rarement plus… voilà !

Ça parait « court », dis-moi, au vu de la qualité des shows donnés au final, comme ceux de ce weekend… et des morceaux joués qui ont même évolué d’un soir sur l’autre, en plus…

Elliott :
C’est vrai, oui, et puis, de toute façon, ils vont continuer à évoluer au cours de l’année à venir et des shows, comme à chaque fois…

Ce samedi, tu as enchaîné deux chansons issues de périodes totalement différentes : On Elvis Presley’s Birthday, d’abord (qui date de 1990) qui a rapidement débouchée sur Blissed Out In The Land of Nod, extraite du tout dernier Intime. Un superbe enchaînement qui a super bien fonctionné, qui mériterait même d’être dupliqué dans l’avenir…

IMG_5699Elliott (visiblement ravi de l’entendre) :
Yeah, c’est vrai ! Bâtir une Setlist demande de prendre de nombreux éléments en compte ! Des moments « rapides » et « lents », tenir compte de l’humeur globale des chansons… les accords ou les divers accordages qu’elles nécessitent… J’essaie donc toujours de voir comment cela sonne le mieux, parce que cela demande finalement de mêler ou croiser de nombreux paramètres, pour y arriver !

C’est toujours périlleux, il est vrai. Et puis on ne sait jamais comment ça va réellement « sonner », non ?

Elliott :
Cela demande du courage, de changer de répertoire ! Surtout quand le précédent fonctionne bien et logiquement, et que vous le maîtrisez ! Quand quelque chose fonctionne bien, on est toujours tenté de s’y reposer dessus pendant des années. Mais, en fait… c’est l’avantage d’avoir des Fans souvent présents dans le public ! Quand tu les regarde et que tu finis par les reconnaître, d’un endroit à l’autre… tu te sens obligé de changer de chansons, tu ne peux pas jouer les mêmes chansons, encore et encore, et encore…

10_cabannesDe même pour toi, en fait ! Cela doit te faire du bien de changer également… non ?

Elliott :
Oui ! Comme avec Sonny, que nous avons jouée pendant pas mal d’années, et puis arrêté, laissée de côté… pour finalement la ressortir ce weekend, et… ça fait plaisir…

Les versions étaient d’ailleurs accomplies, surtout celle du samedi soir…

Elliott :
C’est vrai, ça sonnait pas mal…

… Tout comme ces versions « lentes » de Diamonds By The Yards ! Qui sonnaient véritablement apaisées, axées avant tout sur la mélodie, l’émotion…

Elliott :
C’est vrai, oui…

IMG_5734En parlant d’« émotion », tu m’as eu l’air très ému, ce samedi soir, vers la toute fin du show…

Elliott :
Oui ! Peut-être parce que ces shows « anniversaire » représentent beaucoup pour moi. Ils sont spéciaux, depuis dix ans ! Et puis, réaliser que j’y joue depuis vingt-cinq années, désormais, au New Morning… et que tout cela va s’arrêter, le samedi soir, puisque cela fait maintenant cinq ans que nous jouons deux soirs de suite… ce samedi soir, donc, vers la fin du show, j’ai réalisé que cela touchait à sa fin, et bien sûr… tu ne veux absolument pas quitter la scène, même si tu sais que tu dois le faire, c’est comme ça, mais… c’est toujours difficile !

Pendant On Romeo Street, durant laquelle tu as raconté la très belle histoire de ta rencontre avec ta femme Françoise, tu as ému la quasi-totalité de la salle, toi y compris…

Elliott (il y repense durant quelques secondes, visiblement toujours ému) :

Je l’ai uniquement fait, à la base, parce qu’un vieux fan Suédois, tu as dû le voir, il portait un grand chapeau de cowboy samedi… qui vient à de très nombreux shows et qui est un fanatique absolu de Bob Dylan… est venu accompagné d’une fille en provenance du Canada, juste pour le show. Elle aussi est folle de Bob, so… C’est elle qui m’a demandé de jouer « Romeo Street », que je joue très rarement parce que le texte est très long, tu sais… je pense que c’est ma seconde plus longue chanson, niveau texte, après Put It Down ! Je l’ai donc apprise et jouée, et puis ai raconté cette histoire par-dessus… (NDRL : celle du retour à la vie musicale grâce à la France – alors qu’il était retourné vivre à New York chez sa mère, après avoir sorti quatre albums, mais sans contrat discographique ni « toit », à ce moment très précis ! – puis de sa rencontre d’avec sa femme dans cette fameuse Romeo Street, située près de la place de la Bastille ! Un moment rare, une mise à nu très très touchante)… et puis tout s’est enchaîné, c’était spécial… oui !

Ces deux soirées furent « spéciales »… ces nombreux Fans venus d’un peu partout… cette émotion, quasi palpable… deux très bons shows donnés avec Olivier et NAS… maintenant… Comment est-ce qu’on se projette vers autre chose, après CE moment qui est à chaque fois particulier pour toi et qui lance véritablement ton année à venir avec le groupe, et un nouvel album…

13-ElliottMurphy-NewMorning-15032014Elliott :
Vers l’Autriche ! Deux shows à y donner dès la fin de ce mois, et puis, nous n’y avons pas été depuis un bon moment, alors que… nous y avions gagné un prix en tant que « Meilleur show de l’année », il y a quelques années de cela ! Nous devions aussi y jouer à Vienne, à l’occasion d’un très gros festival, à cette même époque, et puis… il y a eu de grosses intempéries et le Danube à même débordé, plombé le festival ! Il pleuvait énormément, le jour où nous devions y jouer… alors, ben… retour à la maison !

J’espère que les conditions seront meilleures, cette fois, mais… C’est quelque chose que tu ne peux jamais contrôler, non…

Je vois de quoi tu parles ! J’étais à Pouzol-Minervois (près de Narbonne) il y a deux étés de ça, lorsque le ciel s’est soudain ouvert sur nos têtes pour laisser tomber des hallebardes, au bout d’une heure et quart de show, et où il a finalement fallu tout arrêter !

X-IMG_8961Elliott (il s’en souvient parfaitement et rit en y repensant) :
Tu as raison, oui, je m’en souviens… quelle soirée !

(Rires communs chargés de souvenirs : vu qu’il avait alors fallu courir ventre à terre pour se mettre à l’abri afin d’échapper au déluge insensé, dans l’herbe ultra glissante et la boue, tous feux éteints !!!).

À propos de ce tout nouveau EP, nommé Intime… tu as tout d’abord écrit une longue « lettre » à destination des Fans, sur ton site officiel (www.elliottmurphy.com) : expliquant,  avec force détails : le pourquoi du comment du disque, sa genèse, les raisons qui t’y ont poussé, etc. Dis-moi, tu penses aux journalistes, en faisant « ça » ? Qu’est-ce qu’il nous reste à raconter, après ? À faire découvrir ou expliquer aux lecteurs ? Tu y dis presque tout !

Elliott :
Tu veux dire que je joue ton rôle…

… Ou que tu m’empêches de le faire, en fait ! Tu me remplaces, sans me laisser aucune chance, en plus !

Elliott (il fait la moue, puis s’en amuse) :
C’est peut-être vrai. C’est vrai, mais… j’ai toujours entretenu une bonne relation avec mes Fans, ils aiment savoir ce qui se passe « derrière » ! Et puis, tu sais… j’aime écrire ! Écrire ce type de messages pour eux me plait beaucoup. Beaucoup. Je suis aussi un écrivain, comme tu le sais, et… je préfère d’ailleurs donner des interviews par écrit, en fait. Parce que… cela me permet de prendre le temps d’exprimer plus précisément et correctement ce que je pense ! Quand quelqu’un comme toi vient me trouver en tête à tête pour me poser des questions, et qu’elles s’enchaînent, je ne trouve pas le temps de m’exprimer au mieux, comme je le voudrais, plutôt, parce que je suis écrivain avant tout ; c’est mon mode d’expression, l’écrit. C’est plus facile aujourd’hui grâce aux mails, à internet, et j’en suis content…

L’un n’empêche pas l’autre ! Je les trouve complémentaires, ces deux « modes »…

X-IMG_8947Elliott :
Peut-être bien, oui. À propos de cet EP, Intime… Je tenais absolument à ce que nous sortions quelque chose de nouveau au moment de ces shows à donner au New Morning ! Gaspard (Murphy) a alors suggéré que nous sortions un EP !

Parce que vous étiez à « court » de temps… d’argent, également ? De…

Elliott (moue fataliste) :
À tous niveaux ! Tous ! Temps, argent… nous ne savions même pas où nous allions l’enregistrer ! Heureusement, Gaspard travaillait alors dans un studio situé pas très loin d’ici appelé Question de Son… il y travaillait sur un album à sortir de la chanteuse de Superbus, Jennifer Ayache ! J’ai alors pris la décision, pendant quelques semaines, d’écrire une chanson chaque jour ! C’est ce que disait Johnny Cash : « si vous êtes un songwriter, vous vous devez d’écrire une chanson chaque jour ! ». Nous avons travaillé sur dix ou douze chansons, au final, puis… Gaspard et moi avons choisi les cinq que nous préférions, et puis, vu que les possibilités et disponibilités étaient minces, nous avons finalement enregistré ces cinq chansons en deux jours !

Ça fait « court », effectivement ! Et, concernant le reste du « processus » ?

Elliott :
En dehors des deux jours de studio, nous avons également travaillé dessus à la maison… ajouté quelques « overdubs » plus tard, ici et là, et… un jour pour le mixage, UN !

Ça fait « court », là aussi, non ?

Elliott :
Très, oui ! Françoise (Viallon-Murphy) ma femme, a alors pris cette photo destinée à la pochette du disque… Cette fenêtre qui donne sur la rue, devant laquelle je m’assois quand j’écris des chansons… On peut donc dire que l’ensemble du projet Intime, nous l’avons entièrement imaginé, planifié, enregistré et finalement sorti, entre décembre et mars ! Plutôt rapide…

… Surtout au vu du résultat final, vu qu’il est superbe et contient de fantastiques chansons ! Il a également l’avantage d’être 10-ElliottMurphy-NewMorning-15032014plutôt « sobre », en termes de production : juste quelques ajouts, instruments ou sons, ici et là, en dehors des bases rythmiques d’Alan Fatras (Batterie) et Laurent Pardo (Basse) et des guitares d’Olivier, bien entendu !

Elliott :
Oui, c’est volontaire, c’est exactement ce que je voulais : que ce soit différent, enfin, que cela « sonne » différemment… j’ai d’ailleurs depuis décidé de sortir désormais un EP tous les six mois, dans cette même veine ! À la place d’un LP par an, comme je le faisais jusqu’ici.

Pourquoi… parce que c’est plus facile aujourd’hui ?

Elliott :
Un album, c’est un plat solide à avaler d’un coup ! Douze chansons…

De plus, l’attention des gens se porte habituellement sur deux ou trois chansons, au mieux. Ce format me semble bien plus facile à ingérer aujourd’hui. Sans compter que l’attention des gens tend également à se rétrécir beaucoup… de plus en plus !

X-IMG_8936Beaucoup en sont venus à n’acheter aujourd’hui qu’une chanson issue de tel ou tel album, ou pire encore, d’un artiste, pour les « mixer » par la suite dans leur Ordi et les y jouer en mode « aléatoire ». Il est donc de plus en plus difficile de bâtir les choses sur la longueur, de prendre le temps de penser le tout en terme d’album, d’unicité de carrière, comme c’était souvent le cas « avant »…

Elliott :
Exactement ! On va déjà voir ce que vont en penser mes Fans. Voir si cela les intéresse, cette nouvelle façon de procéder. Et puis, bon… avec la programmation de mes tournées, les nombreux shows à donner… cela devient de plus en plus difficile d’arriver à prendre le temps d’entrer en studio, d’enregistrer un album… je vais d’ailleurs également « ralentir » un peu à ce niveau : depuis quelques années, nous donnons près de cent concerts par an. Ça fait beaucoup !

Effectivement, tu n’arrêtes pas… À propos de cet EP, et plus précisément de Benedict’s Blues, qui est ma préférée de l’album…

Elliott :
… Tu sais, à propos de cette chanson, je ne me souviens même pas comment elle en est arrivée à ce qu’elle est ! J’avais cette suite d’accords… non, j’ai même eu le refrain, d’abord ! Et… je ne sais pas pourquoi… vu que je ne suis pas catholique et ne connais pas grand-chose des Saints… je ne sais toujours pas pourquoi celui-ci (Benedict = Benoît en Français) m’est resté fiché dans la tête… (NDLR : peut-être bien parce que le 16 mars, date de naissance d’Elliott, est également celui de la Sainte Bénédict(e), chez-nous ?)

Elle sonne super bien, en tout cas !

Elliott (ravi) :
Absolument. Super bien. Saint-Benoît était par ailleurs celui qui avait dicté la totalité des règles quotidiennes de vie aux moines ! C’est probablement de cela dont il s’agit ici… au niveau de cette chanson.

X-IMG_8968(NDLR : élaborée en 540 sur le Mont-Cassin/Italie, La Règle de Saint-Benoît de Nursie élabore, dans ses moindres détails et à tous niveaux, les multiples règles de la vie monastique : valable et toujours suivie par beaucoup, encore aujourd’hui).

Celles que tu dois t’astreindre à « suivre » au quotidien pour continuer ?

Elliott (sourire énigmatique en bouche) :
Qui sait ? Celles que chacun doit suivre, probablement…

Restons « Rock »… parlons de ton chat !

Elliott :
De chats ?

Celui dont tu parles à la fin de cette même chanson…

Elliott :
IMG_5705Oh, celui-là, le mien… S’il y avait une feuille de papier posée, là et maintenant, sur la table, il s’assiérait immédiatement dessus. C’est ce qu’il fait toujours à la maison. J’écris généralement dans ma cuisine, devant la table… où se trouvent des feuilles un peu partout autour, et… mon chat vient toujours s’asseoir sur la feuille blanche ! Toujours se poser dessus…

… mais, comme tu le souligne au niveau de ton texte, il n’a pourtant jamais rien écrit !

Elliott (énigmatique du regard) :
Pas que je sache ! (il éclate alors de rire !).

C’est aussi une étrange, mais intéressante, façon de finir une chanson, à l’aide de ce : « Au tout début… ».

Elliott :
« In The Beginning ! »… Oui, c’est vrai, tu as raison ! Je n’y avais pas réfléchi jusqu’ici… j’aime ça, oui !

Parlons de Sweet Honky Tonk, tiens… pour changer ! C’est carrément une chanson bâtie pour la scène, non ? Comment tu vois les choses, à ce niveau…

Elliott (il se redresse, approuve du chef) :
Oui ! C’est vrai qu’elle est très énergique, Live ! Mais, tu sais… quand je suis dans ce processus étrange, qu’est l’écriture d’une chanson… Je suis littéralement transporté dans un monde différent, un univers différent… je ne me regarde pas vraiment écrire, donc…

… Oui, tu es dans l’écriture… point !

Elliott :
Exact ! Je ne me souviens donc pas forcément du pourquoi du comment de son processus d’écriture… après coup. Maintenant, pour Sweet Honky TonkEndless Nights Were Calling, c’est la première phrase du morceau, je pense que… cela m’est venu d’un poème, d’une poétesse Américaine nommée Emily Dickinson : connue pour avoir écrit de la poésie sans l’avoir jamais montrée à personne, parce qu’elle la cachait sous son lit, et… qui n’aura donc été connue et publiée qu’après sa mort, elle est aujourd’hui très connue… un de ses poèmes, nommé Wild, Wild Nights, était très connu (Wild Nights, Wild Nights, en réalité !) et j’y ai alors pensé.

BlancLa seconde ligne parle de corbeaux, elle, parce que… tu sais, il y en a beaucoup qui viennent à la fenêtre de ma cuisine… J’ai écrit quelques chansons à propos de corbeaux, d’ailleurs, comme Black Crow ! Ils vont et viennent sans arrêt à ma fenêtre… Pour une raison qui m’est inconnue…

… Tu cites également pas mal d’autres personnages, au niveau de cette chanson… Marylin, la Reine Élizabeth, « Abraham, Martin & John »

Elliott :
Oui, mais, en dehors de cela, qui peut toujours s’expliquer, se détailler… c’est par contre très difficile de parler du processus de création d’écriture, concernant la musique ! Tu prends juste la guitare, et… la chanson… sa mélodie, ses changements d’accords, semblent littéralement se trouver dans la guitare ! Difficile, voire impossible, de dire « pourquoi » et « comment » cela se passe, s’écrit… Parce que, à force, tu es tellement habitué à faire corps avec ta guitare, que… c’est exactement comme respirer ! Tu n’as plus à penser à respirer, tellement c’est devenu naturel… c’est un peu pareil à ce niveau : tu prends ta guitare, et tu joues…

… Tu n’es pas là à te dire, je vais y mettre « tel ou tel accord », et puis après le « sol » ou le « la majeur », j’enchaînerais avec un…

Elliott :
… Jamais ! Je ne procède jamais comme ça. Bien sûr, tu penses parfois à l’accordage qui lui irait le mieux, ou celui que tu 11_cabannessouhaiterais utiliser, mais, pour le reste, concernant le corps de la chanson, les accords qui la composent, cela se fait toujours de façon très « naturelle »… Toujours !

Concernant un autre futur « incontournable », de Intime : tu as donc finalement décidé de sortir ta propre version Démo de Land Of Nod, en lieu et place de celle enregistrée avec le groupe et ton fils Gaspard. Tu peux nous dire pourquoi ?

Elliott :
Tu connais déjà en partie l’histoire, j’en ai parlé sur le site : nous étions en studio, avions bossé près de trois heures sur celle-ci, et, rien à faire… je commençais à me sentir réellement frustré par cela : commençais à hurler après Alan, puis après Laurent : « vous n’y êtes pas du tout ! Ça ne swingue pas ! Ça ne fonctionne pas ! » ; après Gaspard également, chargé de produire l’album, et… finalement, rien n’arrivait à retrouver l’émotion de la version Démo ! Nous avons donc commencé à travailler à partir de celle-ci, sur celle-ci. J’ai même joué de la basse dessus et Olivier a ajouté des parties de guitares… Blissed Out In The Land Of Nod ! Tu sais, ce EP est vraiment truffé de références bibliques…

Blanc… Je l’avais noté, oui !

Elliott :
C’est venu juste comme ça, sans que je sache réellement pourquoi…

… En lien avec quelque chose que tu étais en train de lire, peut-être ?

Elliott (dubitatif) :
Non, pas vraiment, non ! Je ne sais vraiment pas pourquoi il contient toutes ces références bibliques, je ne suis pas du tout quelqu’un de religieux et n’entre dans les églises qu’à l’occasion des enterrements ; trop souvent, malheureusement ! Quoi qu’il en soit, cela provient de l’histoire de Caïn et Abel., et… après que Caïn eut tué Abel, il fût envoyé sur la terre de Nod, qui a été localisée à l’Est D’Eden… qui est également un film, avec James Dean, et… je ne sais pas exactement comment, mais il y a un peu de tout cela dedans… Même s’il m’est difficile d’en parler…

C’est également une façon de pointer les choses, de relier ce genre d’évènements à notre époque perturbée…

X-IMG_8975Elliott (il lève les yeux au ciel, secoue la tête) :
Nous vivons dans un monde où l’homme tue encore et toujours son frère, tout comme Caïn.  Et il existe de multiples façons d’être « Blissed Out » ! Ce qui signifie ici : « sortir de l’état de félicité », de la terre bénie d’origine ! Nous avons aujourd’hui de multiples possibilités et façons de nous divertir, oui, mais nous vivons encore dans un monde de guerres et meurtres, nous y tuons nos frères, et, quoi qu’il en soit… ces temps sont durs ! Mais, je me sens encore et toujours optimiste, sur ce sujet : des temps meilleurs viendront.

Des temps meilleurs… avec les hommes ?

Elliott :
Oui ! Je reste résolument optimiste, à propos de l’humanité…

Je le pense également… « nous » trouverons bien une façon de changer tout cela un jour…

Elliott :
… Oui ! Nous trouverons un moyen, j’en suis sûr ! Il en va de même au niveau de ma vie : je suis optimiste. Lorsque je suis venu à Paris, il y a vingt-cinq années de cela… jamais je n’aurais imaginé y habiter aussi longtemps… jouer au New Morning… à l’occasion de ces shows « anniversaire »… mon fils partageant la scène avec-moi… j’ai été « béni », d’une certaine façon !

Est-ce qu’à cette « fameuse » époque, tu imaginais seulement pouvoir encore être sur scène à 65 ans ?

Elliott (il souffle, lève les yeux au ciel, sourit…) :
Je n’imaginais même pas pouvoir remonter sur scène un jour, à cette même époque, alors… être encore-là, toutes ces années plus tard, imagine un peu ! Mais, tu sais, j’adore le Blues et j’ai toujours écouté ces gars jouer, comme Muddy Waters, et… plein d’autres ! Ils étaient tous vieux !

… Et jouent ou joueront tous, jusqu’à la fin !

Elliott (moue fataliste) :
IMG_5417Oui ! Parce qu’ils n’ont pas d’autre choix : ils jouent pour gagner leur vie, et, dans un sens, c’est ce que je fais aussi : c’est mon travail !

C’est aussi LE thème central de ton livre Marty May (Joëlle Losfeld Ed./2013) avec celui, sans pitié, du milieu de la musique… des divers chemins à prendre ou choix à effectuer tout du long d’une carrière… des fortunes diverses des musiciens : ceux qui dédient leur vie à la musique, en tout cas…

Elliott :
J’en parle beaucoup dans Marty May, oui ! D’une certaine façon, le Blues est la plus pure forme d’expression musicale, parce qu’il est essentiellement NON commercial ! Ces musiciens doivent donc jouer, point ! Pas d’autre choix pour eux…

Jusqu’au bout… sans se soucier aucunement de leur âge ou de leur condition physique, aussi, parfois…

IMG_5409Elliott :
Regarde BB King, par exemple… toujours-là ! Toujours en tournée… je suis comme lui, je ne peux pas m’offrir le luxe de penser à quitter la scène… j’y gagne ma vie…

… Ce n’est pas juste cela, non ?

Elliott (il s’éclaire) :
Non ! Regarde Picasso, il a continué  à peindre jusqu’au bout, jusqu’à ses 92 ans ! Qu’est-ce que je pourrais faire d’autre ?

… Composer, écrire et jouer. C’est sûr !

Elliott :
Traîner dans les cafés et regarder les jolies filles passer, ou celles assises à côté, voilà ce que je devrais faire…

Blanc… C’est bien aussi, on a vu pire !

Elliott (en riant) :
… C’est plutôt bien aussi, c’est vrai…

… Pas de là à ne faire que ça, non ? Et puis, jouer, écrire, tourner et composer, parler et rencontrer son public, c’est toujours mieux que de vendre des téléphones pour vivre… vrai ?

Elliott :
Je ne peux pas l’imaginer. Pourtant, tu sais, j’ai fait pas mal de boulots différents… j’ai été chauffeur de taxi… j’ai travaillé dans le bâtiment… au secrétariat d’une exploitation agricole,  pendant deux années… travaillé dans des restaurants, dont le restaurant de mon père… Comme j’aime à le dire : « j’ai occupé la plupart des postes et fait les jobs dont Bruce Springsteen parle dans ses chansons, mais que lui n’a jamais occupé ! » (il rit franchement après cette « saille » amicale).

Ce qui ne l’empêche pas d’être clairvoyant dans ce qu’il fait…

Elliott :
Sûr ! C’est le meilleur !

Tu l’as vu sur scène, récemment ?

BlancElliott :
Pas depuis le Stade de France, l’été dernier !

(Où Elliott l’avait rejoint sur scène pour y jouer Born To Run, accompagné de son fils Gaspard !).

Pour en revenir à Intime : Every Little Star, qui clôt le EP, est une chanson très intéressante, très « douce amère » et décalée à propos du succès… de la réussite, ou de ce que l’on nomme « réussite »…

Elliott :
C’est la première chanson que j’ai écrite pour Intime… je ne la trouvais pas si « bonne », mais, Gaspard lui, l’a aimée, nous l’avons donc enregistrée ! Elle contient cette ligne que tu aimes bien et que je trouve très vraie : « Est-ce que tu préférerais être heureux, ou bien dans le vrai ? ». C’est une bonne question !

Une question « clé » à laquelle tu as déjà trouvé une ébauche de réponse, ou bien LA réponse ?

Elliott (il écarte les bras, comme impuissant) :
Bien sûr que non ! Je ne connais pas les réponses, pas une de celles que j’ai posé dans mes chansons, seulement les questions ! J’ai coutume de dire, que : « j’aimerais parfois être celui qui s’exprime dans mes chansons ! »… (il rit franchement à cette évocation). Ce qui ne m’empêche pas d’aimer mes chansons…

Quoi qu’il en soit, c’est une très belle ligne… qui pourrait occuper une vie, enfin, on pourrait dire que c’est l’histoire d’une vie, ce questionnement…

12_cabannesElliott :
C’est ça, oui : l’histoire d’une vie…

Tu dois par contre pouvoir être capable de répondre à ma prochaine question, je crois… Lorsque j’écoute ce EP, je me dis que tu es l’un des rares, parmi les artistes Rock « majeurs »  en provenance des 70’s, à encore et toujours garder ce niveau d’écriture ! Tu parlais de Bruce, tout à l’heure, il a beau être exceptionnel sur scène, ses disques actuels ou récents n’ont plus la même acuité, la même qualité d’écriture… Dylan, lui, sort toujours quelque chose d’à moitié réussi et à moitié dispensable… depuis Time Out Of Mind et par rapport à ses hauts standards passés ! Clapton est en roue libre, Neil Young, sur courant « alternatif »… Mc Cartney fait du « 1 sur 3 ! », au mieux… Les Stones, eux, se sont perdus totalement et depuis longtemps… En ce qui te concerne, par contre, tu ne faiblis pas : on pourrait aisément caser des chansons comme Land of Nod, Sweet Honky Tonk ou Benedict’s Blues, au sein de n’importe lequel de tes albums les plus reconnus ou « réussis » ! Comment tu expliques cela…

Elliott (il secoue la tête, puis sourit malicieusement) :
BlancJe pense que c’est parce que je suis très « limité », en tant qu’artiste ! (sourire énigmatique)… Je ne suis capable de faire des choses, que lorsque je me sens passionné pour elles. Dans le cas contraire, impossible ! Donc… à chaque fois que je sens le besoin de sortir un album, je veux absolument qu’il soit LE meilleur de tous… comparé à ceux que j’ai enregistré jusqu’ici. J’écris chaque nouvelle chanson en voulant qu’elle soit LA meilleure de toutes. Je crois fortement en ces chansons, toujours, tu sais…

Ça ne vaudrait pas le coup, sinon ? Autant faire tout autre chose, en gros…

Elliott (il fait « oui » de la tête !) :
Elles racontent toutes la même histoire ! En font toutes partie, en quelque sorte…

We’re Only In It For The Money ! Disait Franck Zappa (« nous le faisons seulement pour le fric ! ») tu n’es donc pas dans ce cas…

Elliott (il rit à cette évocation) :
C’est mon cas aussi, oui, parce que c’est comme cela que je gagne ma vie, mais… des gars comme Bruce et Bob ne le font pas pour l’argent non plus, tu sais, c’est encore différent… ils pourraient tous les deux prendre leur retraite en ayant gagné assez d’argent pour les deux générations à venir, au moins… sans que celles-ci n’aient besoin de travailler non plus pour vivre… mais, bon, en un sens, j’aime plutôt le fait de ne pas être à ce « niveau » !

IMG_5819C’est à dire ?

Elliott :
Je suis à un niveau de réussite, un bon niveau de succès, qui fait que je me dois de continuer, et… je peux être relativement anonyme, quand je marche dans la rue… quant aux gens que je croise et ceux qui me reconnaissent, ils sont généralement plaisants et gentils avec-moi…

… Du genre ?

Elliott :
Lorsque cela arrive, ils m’arrêtent juste pour me remercier ou me dire qu’ils aiment ce que je fais, ou : « j’ai été voir vos shows, bravo et merci ! »… ils n’essaient pas de lacérer mes vêtements ou de couper une mèche de mes cheveux ! Dans le même temps, je me dois de conserver cette motivation, parce que j’en ai besoin : je gagne ma vie en faisant ce que je fais… je fais vivre ma famille grâce à ça : en écrivant mes chansons ! Tout cela est donc très clair dans ma tête : j’écris des chansons, je les enregistre, puis part les jouer Live, et Blancainsi de suite, le tout par cycles, mais… cela s’arrêtera un jour, c’est sûr !

Un jour lointain ! Par contre, puisque l’on parle de ton « job », il consiste aussi à sortir des choses nouvelles ou inédites à destination du public et des Fans… est-ce que tu as encore beaucoup de choses sous le coude, dans tes « archives » ?

Elliott :
J’en ai sorti pas mal par le passé, au niveau de mes Vintage Series… qui ne sont plus trouvables mais que l’on peut télécharger en digital, désormais, via iTunes ! Je vais par ailleurs commencer une nouvelle série de Vintage, très bientôt : en ce qui concerne les 60’s et 70s, j’ai à peu près tout sorti, mais… il en reste beaucoup au niveau des années 80 et 90 !

Généralement, lorsque tu « boucles » un album, tu laisses beaucoup de choses de « côté », ou bien est-ce vraiment variable…

Elliott (après quelques secondes de réflexion) :
Pour Intime, j’avais douze chansons au départ, pour finir à cinq… Pour, It Takes A Worried Man, j’en ai laissé trois ou quatre de côté, et… l’album devrait d’ailleurs ressortir bientôt aux USA avec quelques morceaux « bonus »…

BlancGénéralement, lorsque tu te penches sur tes « archives », tu…

Elliott (il m’interrompt, hilare) :
… Mes « archives », comme tu dis, ça n’est jamais que mon bordélique bureau ! Rien de plus !
Actuellement, j’ai deux, enfin… un de mes bons amis est un photographe très connu du nom de Bob Gruen ! Tu le connais ? C’est lui qui a pris cette fameuse photo de John Lennon portant un t-shirt « New York City »…

… Je vois, oui, elle est hyper connue !

Elliott :
Hé bien, il a filmé certains de mes shows, dans les années 70, et, nous avons trouvé des vidéos qui ont été transférées sur DVD, mais… je n’arrive plus à les retrouver ! Je sais pourtant qu’ils sont là quelque part, dans mon bureau en bordel ; ils y sont, oui, mais…

… Comme tu me l’as assuré à chaque fois, de la même façon, pendant presque 10 mois, à propos d’un vinyle manquant de l’album Strings Of The Storm, que tu m’avais offert incomplet en avril 2013 ! Jusqu’au jour où tu m’as envoyé ce mail « historique », « triomphant » : « ça y est ! Je l’ai… je l’ai ! ».

Elliott (il éclate de rire) :
Tu vois, c’est ça ! Absolument. C’est exactement ça : mon bureau en bordel ! (rires partagés derechef)… j’en suis sûr, donc, ils sont quelque part, et… lorsque j’aurai mis la main dessus, nous pourrons les sortir officiellement sur DVD… un jour ! (le tout suivi d’un dernier éclat de rire, baigné d’une douce incertitude…). Aujourd’hui, en ce qui me concerne, c’est plus une question d’« organisation », que d’« inspiration »…

X-IMG_8977Apparemment, mais, vu que c’est plutôt du « digital », désormais, est-ce que ça te simplifies les choses, à ce niveau…

Elliott (il fait « non » de la tête) :
Pas du tout ! J’écris ou compose des nouvelles chansons tout le temps, sur mon iPhone… j’en perds certaines ou bien, attends… je vais te montrer à quoi ça ressemble… (il sort son iPhone, me montre toute une (très longue) liste de chansons ou idées qui s’y enchaînent, tente de m’en faire écouter une ou deux, mais… impossible ! Reviens alors au sujet initial…)… ce sont juste des idées de chansons, avec des titres temporaires, des bribes de mélodies… tiens, regarde, celle-ci est une chanson que je suis en train d’écrire sur mon ami Lou Reed… (impossible d’arriver à l’écouter non plus !)… Des tonnes de choses… tiens, la Démo originale de Sweet Honky Tonk, tiens, écoute… (un « bug » semble malheureusement vouloir s’immiscer entre ses « bandes de travail » et nous ! Il semble désolé, revient de nouveau à la conversation)… Il y a aujourd’hui tellement de façons différentes d’enregistrer ou composer, via le digital, mais… lorsque c’était fait sur une K7, à l’époque, c’était plus simple : dans un ordre précis, linéaire, logique, alors qu’aujourd’hui, pfff… c’est toute une affaire d’arriver juste à les organiser ou les classer…

… Ou les retrouver, juste, il semblerait…

Elliott :
Oh, oui ! Déjà, bref…

… C’est hyper facile d’y perdre quelque chose, en plus, dans tout ce qui est digital, parfois, même, c’est quasi incompréhensible : une chose était-là, et, la fois d’après, ça a « disparu » ! Pourquoi et comment… dur à dire ! Quant à l’expliquer rationnellement…

Elliott (il opine du chef trois ou quatre fois) :
J’en ai perdu beaucoup comme « ça », oui… absolument ! On y perd beaucoup de choses et tout le temps !

Ce pourquoi j’aime surtout les « bandes » ! On peut couper, remonter, coller…

BlancElliott :
Parce que c’est « vrai », ça existe, c’est matériel… bref… j’essaie de le faire chaque jour ou presque : écrire, composer et noter des idées… en dehors des moments qui succèdent à l’enregistrement d’un album : moments durant lesquels je me sens toujours « sec »…

Tu as besoin de te sortir complètement d’un album avant de pouvoir te projeter sur le prochain, ou le projet suivant…

Elliott :
Exactement ! Avec ce Intime, d’ailleurs… la façon dont ces cinq chansons fonctionnent ensemble, me semble très différente de It Takes A Worried Man

… Exact ! En termes de « son », également…

Elliott :
Tout me semble différent, en fait, cette fois : à la fois le son et les chansons, le sont ! Parce que… Quand j’ai écrit ces chansons, j’étais seulement armé d’une guitare à cordes de nylon et en jouant tout doucement dessus, assis à la table de ma cuisine, à cause d’acouphènes gênants qui me handicapaient pas mal à ce moment-là.

C’est perceptible avec Every little Star, par exemple, durant laquelle on peut aisément t’imaginer te la chuchoter dans l’intimité de ta cuisine…

Elliott :
C’est vrai, oui…

En parlant de « production », comment est-ce, de travailler aujourd’hui avec ton fils Gaspard, dont l’importance ne cesse de croître au fur et à mesure de tes « sorties »…

Elliott :
Il a entretemps produit l’album de Jennifer Ayache, chanteuse de Superbus, donc… cela lui a permis d’emmagasiner pas mal d’expérience… il a été en studio avec son groupe Duplex, également… depuis It Takes A Worried Man, il a acquis pas mal d’expérience, et donc… il continue à en accumuler, à apprendre, parce qu’il est encore très jeune, tu sais, donc… et le fait de le faire avec-moi est peut-être le meilleur moyen pour lui d’avancer et proposer… (Interview de Gaspard à découvrir ici : http://www.concertandco.com/critique/concert-duplex-interview//48051.htm)… Pourtant, tu sais… autant j’adore composer et arranger, sortir des disques, autant je déteste enregistrer en studio, parce que c’est le procédé le moins « naturel » et frustrant qui soit !

IMG_5868Parce qu’il faut sans arrêt rejouer la même chose, encore et encore ?

Elliott :
Oui ! Il faut sans arrêt reprendre, rejouer les choses en boucle, tout en tentant d’en garder la passion initiale… entouré de tous ces micros, ces amplis, cette sorte de surenchère technique ! Ce qui fait que, je ne me suis jamais senti tout à fait à l’« aise » en studio… de moins en moins, en fait ! J’ai de plus en plus horreur de « mixer »… j’aimerais juste revenir à la fin, écouter et dire : « on devrait ajouter ceci ou enlever cela ! », juste ! Concernant Gaspard, l’avantage, c’est que ma musique est pour lui l’équivalent de ce qu’est la neige à un Eskimo… il a toujours baigné dedans, cela lui est naturel…

… Comme une bande-son de sa vie…

Elliott :
Oui, mais, je ne pense pas qu’il serait d’accord avec ça ! Le premier disque qu’il a acheté était un disque des Spice Girls ! Blanc(rire franc !).

Je ne crois pas qu’il soit d’accord avec « ça » aujourd’hui… je devrais peut-être l’effacer de l’interview…

Elliott :
Je crois, oui, efface-le ! Mais, bon, d’un autre côté, c’est vrai, alors… Bref, maintenant, c’est lui qui m’en apprends au niveau de la musique, qui me conseille tel ou tel artiste, comme avec Nine Inch Nails, par exemple…

C’est donc pour cela que vous aviez fait une belle version acoustique de Hurt, tous les deux, « père & fils » confondus, l’année dernière…

Elliott :
Absolument, cela vient de lui…

C’est une chansons que j’adore, l’une de mes préférées des dernières décennies… tu l’as déjà entendue avec David Bowie ? Cette version envoûtante qu’ils jouaient en duo, lui et Trent Reznor, lors de la tournée de Bowie aux USA en 1995 ?

Elliott :
12-ElliottMurphybyLof-1503213Absolument, elle est incroyable ! Une superbe version…

Voilà le genre de choses que tu devrais mettre en ligne sur ton site officiel, votre version de Hurt… dans ta section Mp3 qui n’est plus très souvent alimentée en raretés ou versions Live

Elliott (fataliste du ton) :
Le site est alimenté entre Nashville, par mon ami Steve, le Webmaster, et moi-même, ici… je dois donc lui envoyer à chaque fois les fichiers, pour qu’il puisse le faire ensuite, et… c’est contraignant !

Nous parlions juste avant du fait que tu n’aimais pas du tout entrer en studio puis y passer du temps…mais, dis-moi, c’était comment, au début ? La première fois où tu en as eu l’opportunité, le moment où tu y as enfin eu accès pour enregistrer tes chansons…

Elliott :
BlancLa première fois où je suis entré en studio pour y enregistrer mes chansons, enfin, pour y enregistrer des démos, en 1972, afin de démarcher des maisons de disques… j’étais littéralement fasciné… je n’avais jamais entendu ma voix comme cela… enregistrée de façon professionnelle… juste ma guitare et ma voix, ça a été un moment « magique » ! Par contre, enregistrer Aquashow aura été très stressant ! Parce que, au niveau de ton premier album, il y a tellement d’enjeux… tu sais que c’est TA chance, que tu ne dois surtout pas la foutre en l’air…

Ton avenir tout entier tient dans tes mains…

Elliott :
Exact ! Chaque album a par ailleurs sa propre histoire. Aujourd’hui, quand je repense à un album précis, je pense surtout aux histoires « derrière », aux lieux… Lost Generation a été enregistré à Los AngelesJust A Story from America, à Londres… que des histoires ou situations différentes… Il y a, pour moi, l’histoire personnelle ET l’aventure musicale, toujours…

Tout ne fini pas par se confondre, au bout du compte ? Pas mal de musiciens sont incapables de dire, après-coup, quand il ont enregistré « tel ou tel » morceau, « quand » et « où »…

Elliott :
Tous les studios se ressemblent, c’est vrai, d’une certaine façon. Tu sais, les musiciens comme moi passent des heures et Blancdes heures à y jouer, enregistrer, tellement de temps ! (il secoue la tête longuement)… Il m’est arrivé souvent d’y passer jusqu’à 16 h d’affilée… des jours et des jours, des semaines entières… tu ne vois même pas le temps passer, les jours défiler ! J’aimerais parfois que l’on me rende toutes ces heures…

Pour en faire quoi, exactement…

Elliott :
Si seulement on avait pu me cloner… l’un de nous deux se serait rendu chaque jour en studio,  tandis que l’autre se serait contenté d’aller à la pêche, lui…

… Ou de regarder les filles passer, assis aux tables ou aux terrasses des cafés, ou bien… d’écrire !

Elliott (songeur) :
Ecrire… oui !

C’était ce que souhaitait avant tout John Lennon : entrer en studio, enregistrer rapidement et sortir le disque dans la foulée, aussi vite que possible : ce qu’il a fait avec Instant Karma, par exemple… qui est sorti le surlendemain, même si Phil Spector, producteur sur ce titre, s’y est opposé très fortement à l’époque en prétendant que c’était juste une version Démo du titre…

16-ElliottMurphy-NewMorning-15032014Elliott :
C’est vrai ! Tu connais la chanson Green River ?

(Il se marre, sachant que j’ai écrit une nouvelle originale à propos de cette chanson et même enregistré une version de ce même titre pour l’y glisser avec. Pour info : http://kollectivmode.com/category/edition)… Je l’ai écrite une nuit, le lendemain, je l’ai apprise au groupe… le même soir, nous l’avons jouée sur scène, et… nous sommes rentrés au Havre, deux jours après, et l’y avons enregistrée. Quelques semaines plus tard, elle était sortie !!! Pour en revenir à Instant Karma, elle a été enregistrée très très vite, oui ! Mais… il pouvait le faire, lui ! Je pourrais le faire aussi, mais, malheureusement… je n’ai pas la maison de disques Apple derrière, pour le faire, je n’ai jamais que Murphyland

Ce n’est pas un mauvais endroit, il y fait bon vivre…

Elliott :
Oui, on y vit bien, c’est vrai ! C’est aussi bon d’en être le « roi »… très agréable !

Tu viens de fêter tes soixante-cinq ans sur scène, a joué ou enregistré avec de très grands musiciens, sorti de beaux albums, certains sont unanimement reconnus… publié de beaux livres… donné des shows légendaires, comme celui de 4 h 20 mn donné à Verviers (Belgique : 22/11/03) : qu’est-ce qui peut encore te manquer, au jour d’aujourd’hui ? Y a-t-il des choses, projets parallèles ou avortés, duos ou autres, qui manquent encore à ta vie artistique… des choses que tu regrettes ou aurait aimé faire autrement, ou bien réaliser, tout simplement… dans le futur ?

Elliott (décidé) :
Non ! La seule chose qui me manque, au niveau de ma carrière… c’est de ne pas avoir eu des moyens plus « consistants », une grosse infrastructure, pour faire en sorte que mes shows soient meilleurs, sonnent mieux, que je puisse être meilleur… ou pas ! Peut-être que ça n’aurait pas été mieux, en fait, qui sait ? Pour le reste, je ne pense pas en termes de « futur » ! J’aborde juste chaque nouveau projet comme il se présente… je pense au prochain EP, au prochain livre !

BlancAucun manque, musicalement parlant ?

Elliott :
Si j’en avais eu la possibilité, j’aurais aimé jouer plus souvent du piano, sur scène…

Comme tu le fais en Suède, chaque année, mais, hé… tu peux encore le faire ! Tu sais encore en jouer, non ?

Elliott :
Oui ! Je le ferais certainement au New Morning, l’année prochaine !

Tu seras de nouveau sur scène au New Morning l’année prochaine, donc…

Elliott :
J’espère, oui ! Ils m’ont récemment proposé d’y revenir aussi une autre fois dans l’année, avant ces dates habituelles, mais, je ne sais pas si ce serait bien… une fois par an suffit amplement !

Et puis, c’est un événement à part entière : ton anniversaire, un nouveau disque, souvent… un nouveau répertoire… tes Fans qui viennent d’un peu partout pour l’occasion… tout cela est indissociable : les fameux Birthday Shows, quoi…

15-ElliottMurphy-NewMorning-15032014Elliott (il écarte les bras) :
Les Birthday Shows, oui ! Tu sais, encore une fois, rien n’a vraiment été prévu, à la base, quelques années en arrière… nous jouions juste une fois par an au New Morning… il se trouve que c’était en Mars, à proximité de mon anniversaire, on a donc fait en sorte que ça coïncide. C’est la seule façon pour moi de pousser les gens à me chanter : « Happy Birthday ! »… C’est très égocentrique, je pense ! (rires).

C’est pour cela que tu as fait durer les choses jusqu’à minuit, ce samedi 15, juste pour les entendre te le chanter ?

Elliott (large sourire sur trogne) :
Pas du tout, non ! Mais ils ont fini par chanter ! » (rires).

Un peu dans l’genre : je m’en vais te leur coller une version de dix minutes, de Diamonds By The Yards, afin de tenir jusqu’à minuit !

BlancElliott (après un gros éclat de rire) :
Pas du tout, non ! Je n’ai pas pensé une seconde à « ça », mais… ils l’ont fait ! » (rires, derechef !).

Il y a quelques mois de cela (fin 2013) un livre nommé Hardcore, revenant sur ta carrière et ta discographie, a été publié par Charles Pitter : livre empli d’anecdotes, révélations, mots choisis, interviews et chroniques, entre autres choses… je voulais savoir quel aura été ton rôle : ce que tu y a amené et comment tu trouves le résultat, au final ?

Elliott :
Hardcore a commencé à exister au travers d’une série d’articles écrits par Charles Pitter pour son site littéraire « online » Zouch ; ces articles ont par ailleurs reçu un tel accueil, que cela l’a poussé à écrire un livre complet, sous forme de biographie. J’y ai participé autant que faire se peut (ainsi que des fans de longue date, comme Pierre & Xavier, au niveau de ma discographie). J’y suis donc présent tout du long. Mais il représente bel et bien LA vision de Charles et son livre porte la marque de son très beau style. Un peu comme si L’Attrape-Cœurs (Salinger) se mêlait au Chronicles de Dylan croisant au plus proche du Mrs. Dalloway de Virginia Woolf. Nous avons tous deux passé pas mal de temps à chercher puis sélectionner les photos, afin que celles qui y figurent n’aient pas été utilisées avant. Je suis très satisfait du résultat… qui ne le serait pas à propos d’un livre qui revient de façon positive sur votre carrière ? J’espère également qu’il pourra trouver un plus gros éditeur. Je pense qu’il sera bientôt disponible via Amazon(.com).

BlancEst-ce que tu as travaillé main dans la main avec-lui tout du long de son processus d’écriture ?

Elliott :
Autant que j’ai pu et à chaque fois qu’il me l’a demandé. Ses questions étaient toujours très pénétrantes, bien loin des habituelles : « Comment vous vous sentez, comparé à Bob Dylan ? »… Le type de question qui m’ennuie aujourd’hui, à ce stade de ma carrière.

Est-ce que cette collaboration s’est étendue sur une longue période ?

Elliott :
Je pense que cela a duré pas mal de temps, même si cela ne m’a pas semblé l’être, tellement cela a été agréable. Pour la dernière « étape », je suis allé à Londres pour y signer les livres à destination des Fans qui ont contribué à lever des fonds, et puis nous sommes tous deux allés voir une pièce salace axée sur la nudité masculine. Une parfaite fin pour une telle Biographie (nommée Hardcore : une chanson extraite de l’album Beauregard axée sur la réalité crue, mais réelle, de l’amour physique…).

Est-ce que tu as déjà envisagé de travailler sur une autobiographie basée autour de ton art et de ta vie ?

Elliott :
BlancJ’y pense beaucoup et j’ai même commencé à en écrire une, dès 1973, nommée Seeds of Discontent, j’ai désormais besoin de la terminer. J’ai également travaillé (avec Éric Smets) sur une Bio en Français qui devrait sortir l’année prochaine… une magnifique expérience, également. Sans oublier que le fameux réalisateur Espagnol Jorge Arenillas travaille actuellement sur un documentaire revenant sur ma vie en Europe, qui s’intitule : Le Second Acte d’Elliott Murphy. L’année à venir sera forcément une année axée sur l’introspection, au bout du compte, en ce qui me concerne, ainsi que pour tout ceux qui se sentiront intéressés…

Tu penses qu’il est de ton « devoir » de le faire un jour, de sortir cette Bio, ou que quelqu’un d’« extérieur » doit s’atteler à le faire avec-toi ?

Elliott :
Je pense que tout un chacun devrait écrire ou dicter sa propre autobiographie, ce serait pour moi plus important que d’aller voter !

C’est quelque chose qui a déjà été planifié ?

Elliott :
Tu sais… J’ai projeté tellement de choses que je ne peux tout simplement pas tenir au final… J’aimerais également accompagner chacune de mes chansons d’un court-métrage réalisé par mes soins. Tu imagines ?

IMG_5855En tant que Fan de toujours, comment est-ce tu as trouvé le magnifique livre Chronicles Vol.1, premier volume de l’autobiographie de Bob Dylan ?

Elliott :
C’était brillant et captivant à la fois, bien sûr. Après tout, Bob Dylan est LE Picasso du Rock ! (en référence à un très bel article écrit dans les années 90 par Elliott, pour le magazine Français Rolling Stone).

LE genre de livre que tu aimerais avoir écrit à propos de ta vie et de ta carrière ? Ou que tu écriras un jour…

Elliott :
Tu sais… on a tellement écrit sur sa vie et l’intégralité de sa carrière, qu’il peut se permettre de trier et choisir exactement ce dont il a envie de parler, au niveau de son propre livre. Dans mon cas, je pense qu’il y a une demande pour des infos plus « générales », tout simplement parce que la plus grande partie des gens ne connaissent pas aussi bien ma vie et ma carrière… excepté toi, Jeff !

BlancQuels sont les livres traitant de musique les plus réussis, selon toi…

Elliott :
Je viens tout juste de finir Backstage Passes, de Al Kooper, qui m’a réjoui parce que je connaissais tant et tant de personnages qui y figurent. J’ai aussi aimé celui de Geoff Emerick à propos des Beatles à Abbey Road (En Studio Avec Les Beatles) et, bien évidemment, le Life de Keith Richards. Le problème restant, que, lorsque des musiciens deviennent trop riches et trop (re)connus, leur vie ne peut devenir qu’ennuyeuse à raconter à leurs lecteurs : « J’ai donc acheté cette nouvelle maison à la Jamaïque… et puis j’ai volé dans mon jet privé jusqu’à Cannes… », et ainsi de suite… Par chance (ou malchance) je n’ai pas ce type de problèmes. C’est bien malheureux que Robert Johnson n’ait pas écrit de livre, lui…

Ok ! Une dernière pour la « route », à propos d’Intime, cette fois… Autant finir cette « courte » interview avec ta plus récente actualité : son titre a évolué, est passé de Songs From The Kitchen à Intime: quelle aura été la raison de ce changement tardif ?

Elliott :
Parce que j’ai décidé que j’essaierai désormais de sortir une série de EP tous les six mois, dans cette même série intitulée Songs From The Kitchen, et que le premier se nommerait Intime. Habituellement, tous mes albums portent un nom différent avant qu’ils ne sortent finalement. Elliott Murphy s’appelait MurphylandIt Takes A Worried Man, Le Roi Solitaire (ou Le Roi Abandonné). Je sais, cela peut porter à confusion…

Il s’appelle Intime : parce que ces chansons ont été écrites dans l’intimité de ta cuisine…

X-IMG_8941Elliott :
Oui, assis à la table de ma cuisine, récemment : qui est tout simplement la plus grande (table) de toute la maison.

Intime : parce qu’à cette occasion très spéciale, tu as beaucoup écrit sur toi et tes sentiments les plus personnels, carrément intimes !

Elliott :
J’ai toujours plus ou moins écrit sur des sentiments très intimes, mais, au cours des jours et semaines durant lesquels j’ai écrit ces douze chansons, dont cinq ont atterri sur cet EP… pour une raison ou une autre, je me suis senti toucher au plus proche de mon intimité en regardant au travers de cette fenêtre, ces volets…

Intime : parce que tu n’es pas, par chance, artistiquement parlant, Lady Gaga ou Daft Punk, Taylor Swift ou Pharrell Williams… au niveau célébrité et en termes de ventes…

BlancElliott :
Qui est chanceux ? Jimi Hendrix ? Jim Morrison ? Amy Winehouse ? Tous ont pourtant été de gros vendeurs. Je pense que chaque fan est aussi important, ou vaut bien, n’importe quel autre, ça n’est pas important de savoir combien vous vendez et à qui. Je veux dire… Léonard de Vinci n’a eu qu’à vendre Mona Lisa à un unique acheteur et il est aujourd’hui le peintre le plus connu en ce monde.

Intime : parce qu’il a été juste « à l’heure » (In Time, en Anglais) pour tes deux shows « anniversaire » annuels du New Morning ?

Elliott :
Oui. J’aime ça ! Je déteste être en avance et me sens mal quand je suis en retard. Cette fois, donc, j’étais juste… à l’heure ! (In… Time !).

Intime : parce que tu l’as bâti et partagé avec ton fils Gaspard (ingénieur du son sur ce EP).

Elliott :
C’est vrai. De père à fils, et puis de nous à vous. Plutôt direct.

Intime : parce que tu vis en France depuis tellement d’années, que tu en maîtrises parfaitement la langue aujourd’hui…

Elliott (rigolard) :
Voilà ! Enfin le verite essentiel ! *

* (Pas retouché : en Elliott « Français » dans le texte !).

……………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………

Pour info/Liens à suivre…

Chronique d’Intime et de Marty May, à lire également ici :
http://www.concertandco.com/artiste/elliott-murphy/critique-cd-achat-vente-18400.htm

Chronique des deux shows donnés par Elliott Murphy & NAS, les 14 & 15 mars 2014 au New Morning (Paris) :
http://www.concertandco.com/critique/concert-elliott-murphy/new-morning-paris-10eme/47985.htm

Hats/Porter le Chapeau (nouvelle originale écrite à propos de l’album Elliot Murphy/2012) :
http://kollectivmode.com/porter-le-chapeau/

Quelle Était Verte… M’avaler ? (nouvelle originale écrite à propos de la chanson Green River + reprise originale et inédite de la chanson sur CD) :
http://kollectivmode.com/quelle-etait-verte-mavaler/

Chronique de l’album FortyFive, des Normandy All Stars, ci-après :
http://www.concertandco.com/cdvisu.php?s=normandy+all+stars

Site Officiel :
www.elliottmurphy.com

Facebook :
https://www.facebook.com/elliott.murphy.16

Kollectiv’mode

Kollectiv’mode est une association artistique atypique, fondée par des artistes pluridisciplinaires qui unissent leurs forces et savoir faire autour du processus de création puis de sa matérialisation (expositions, édition, montage d’évènements, production d’œuvres originales).