KOLLECTIVMODE | Kulture Klub Karrément Kollectif

Greetings from Beauregard, Paris, France …

Interview d’Elliott Murphy :
réalisée depuis son canapé Parisien, le Mercredi 25 Mars 2020.

(J+9, après l’instauration du Confinement National).

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Bonjour, Elliott.

Cette interview était initialement destinée à revenir sur le contenu de ton livre autobiographique, nommé « Just A Story From America / A Memoir » (Murphyland / 2019), sur tes autres récentes publications également estampillées Murphyland (Of Hope & Glory), ainsi qu’à propos de tes traditionnels et annuels « Birthday Shows » Parisiens… mais, en raison de l’apparition du Covid-19, de ses conséquences et multiples restrictions, fermetures et annulations, nous ne pouvons nous en tenir-là et devons absolument aborder les choses, sous cet angle, à l’aune de ce nouveau paradigme, si tu es d’accord avec-moi, sur ce point…

Elliott Murphy
Je suis totalement d’accord avec le fait que nous nous devons de voir les choses différemment. Je n’ai jamais eu à vivre cette expérience, jusque ici, celle de voir le monde, dans son ensemble, devoir affronter une pandémie, à la fois, tous ensemble, et ce, dans le même temps. J’ai le sentiment que, lorsque tout ceci sera fini, nous nous devrons d’appréhender le monde en termes d’« avant » et d’« après », Coronavirus…

Pour commencer, est-ce que c’est la première fois, que tu auras eu à annuler tes fameux et de notoriété mondiale, Birthday Shows ? Et, comment est-ce que tu as eu à prendre cette décision, puis vivre « avec », enfin, plutôt, « sans » !

EM
Avant tout, il ne s’agit pas, juste que de cela. J’annule tout simplement très rarement mes concerts. Il me semble, que, durant ces quelques quarante-six années passées sur la route, j’ai juste dû annuler quelques rares shows : en Espagne, en raison d’une mauvaise bronchite, parce que dans l’incapacité de pouvoir chanter, ainsi qu’à la suite du « 11 Septembre », où nous avons alors également dû annuler un concert pour des raisons de « sécurité ». Il y en aura sûrement eu d’autres, mais, pas très nombreux…

Quelles ont été tes premières pensées et réactions, quand tu as su que tu devais « annuler », l’annoncer aux musiciens et aux fans, puis rentrer tout bonnement « à la maison », à la place… en raison de la montée du virus en France. De plus, tu avais sûrement dû préparer des choses, spécialement pour cette occasion, niveau chansons, formules et arrangements…

EM
Il y a eu de très nombreux échanges, discussions, entre le New Morning et moi, la veille, le 12 mars, nous demandant si nous devions annuler ou bien poursuivre, avant de décider d’y « aller ». Mais, soudainement, durant l’après-midi du 13 Mars, le Premier Ministre a fait une annonce à propos du fait qu’il ne devait plus y avoir de « réunions » ou « manifestations » publiques, au-delà de 100 personnes : nous avons donc décidé d’annuler.

Non seulement, le groupe et moi avions appris de nouvelles chansons, mais j’allais également convier Emily Loizeau à venir partager la scène avec-moi. J’espère que cela pourra toujours se faire…

Est-ce que le New Morning et toi, avez d’ores et déjà calé, reprogrammé, ces dates « anniversaire », plus tard, dans l’année ?

EM
Oui, nous avons immédiatement cherché des alternatives aux dates initiales, dorénavant calées pour le 29 Mai et le 4 juillet (2020). Bien entendu, cela ne cadrera pas avec ma date « anniversaire », mais, bon, le 4 Juillet (4th Of July) est en quelque sorte l’anniversaire des Etats-Unis. Ce qui, je l’espère, devrait donner à ce show un caractère très « spécial »…

Tout autour du monde, tout s’est subitement arrêté, ou presque, en termes de vie artistique ; une sorte d’assourdissant et impressionnant « silence gelé ». Aujourd’hui, tout ce qui a attrait à des concerts, des festivals ou des sorties d’albums, a été purement annulé, ou pour le moins, décalé ; À l’exception des plus « favorisés », le haut du panier, les moins nombreux, la plus grande partie des musiciens risque de se retrouver dans le besoin, privé de ses sources de revenus et pour un long moment… sans oublier qu’ils auront également à affronter la mort de membres de leurs familles, de proches, d’amis…

EM
Eh bien… je tente de rester résolument optimiste et espère que la fin de cette pandémie sera la moins douloureuse possible. Je sais, qu’en France, pays où de nombreux musiciens et acteurs sont des « Intermittents Du Spectacle », niveau statut, ils seront forcément dédommagés pour leurs pertes. La situation sera forcément pire, aux Etats-Unis…

Comment est-ce que tu vois l’avenir du Marché du Disque et de la musique, globalement, en ces temps troubles, incertains ? Un marché déjà fortement touché par une baisse des ventes, en termes de divers supports : CD, DVD et Vinyles…

EM
Tout ce qui touche au « divertissement », me semble être absolument nécessaire à toute vie humaine, hors nourriture et boisson. Je pense donc, que, d’une façon ou d’une autre, le business de la musique continuera d’exister. Cela a bien continué durant les deux guerres mondiales, pourquoi pas aujourd’hui ? Je donne chaque jour des shows à huit heures, depuis mon appartement ; peut-être que ce sera le début, la généralisation, d’une nouvelle série de « concerts donnés depuis son domicile »…

 

Comment est-ce que tu appréhendes la « prochaine étape » : lorsque nous aurons (presque) tous survécus à ces moments tragiques. Ne redoutes-tu pas, que, tout ce qui touche à l’économie ne devienne soudainement prépondérant, pour la plus grande partie des gens, au détriment de tout ce qui touche à l’Art ? Jugé plus futile, loin des priorités. Ou bien, au contraire, en auront-ils plus que jamais besoin…

EM
La récession, que nous redoutons tant, provient essentiellement de ce que nous pouvons, pour l’heure, nommer ou qualifier d’« événement artificiel » : cette coronavirus, pandémie ! Cela ne ressemble en rien à la crise de 2008, grêlée de facteurs économiques et emprunts toxiques qui gagnaient l’ensemble du système bancaire. J’espère simplement, cette fois, que les gouvernements mettrons l’individuel, la personne, en pôle,  dédommagée de ses pertes et sources de revenus, en lieu et place d’une aide massive aux grands groupes, attendant d’eux qu’ils en fassent (éventuellement) bénéficier leurs employés…

Nous serons, sans aucun doute, toutes et tous touchés par cette période et la quarantaine… et devrons être amenés à vivre différemment, agir différemment, porter un regard différent sur l’autre. Quelle sera ta première décision, au sortir de cette douloureuse période…

EM
Je vais peut-être m’arrêter d’embrasser et serrer les mains de tout le monde ! Peut-être…

À propos, de cette flippante et invisible « Épée de Damoclès », qui nous guette, nous attends, j’ai repensé aujourd’hui à cette fameuse chanson de Joe Jackson, nommée « Cancer » : « Tout, absolument tout, te donne le cancer, tout, absolument tout… », que nous pouvons d’ores et déjà changer en : « Tout, absolument tout, te donne le Covid-19, tout, absolument tout… », est-ce que nous n’allons pas, toutes et tous, devenir très vite « paranos », avec cette multiplicité d’informations discordantes, contradictoires, avertissements et nouvelles règles à suivre…

EM
Il y a eu cette fameuse pandémie de grippe, nommée la « Grippe de Hong-Kong », en 1968… Plus d’un million de gens en sont morts, mais nous en avons à peine parlé. La société a intégré cette « phobie du risque » (devenue, « principe de précaution » ?) à un certain niveau, qui est une bonne idée, à la base. Nous ne sommes pas capables d’accepter la réalité de toute mort, à partir du moment ou celle-ci aurait pu être évitée : que ce soit en termes de maladie, ou bien d’intervention militaire…

Ce matin, j’ai dû quitter (avec cette autorisation à la noix, en poche) mon (plus que jamais) doux foyer, pour aller faire des courses. J’ai alors réalisé, que j’avais « peur » de la poignée de porte, « peur » du bouton de l’ascenseur, « peur » de la poignée du container à ordures, « peur » des voisins non munis de masques et gants, « peur » de croiser des inconnus de trop près dans la rue, « peur » de manger un fruit AVEC LA PEAU, « peur » de, nombre de choses, qui ne m’inquiétaient pas « plus que cela », quelques semaines auparavant…

EM
Lou Reed, m’a confié, un jour, il y a longtemps, que même les paranoïaques, avaient des « ennemis »…

Nous vivons désormais, en une période de « trêve » (fragile), en termes d’« états », religions et courants de pensées ; peut-être que le Moment Est Venu (allusion à Time Has Come Today : chanson des Chambers Brothers) de changer les choses en « profondeur » et rebâtir un monde « nouveau »…

EM
Je ne souhaite surtout pas repartir en « rayant » tout cela d’un trait, parce qu’il existe de nombreux éléments « positifs », concernant le monde d’aujourd’hui, et que nous nous devons de rester fidèles à notre « culture », notre passé. Chaque siècle « porte » son propre changement. Celui-ci le fera également…

À l’inverse, il y a cet ancien proverbe, qui avance, que : « le poil pousse, mais l’animal reste le même ! ». Sachant qu’il est difficile de se « débarrasser de ses vielles habitudes », peut-être que le monde est de nouveau prêt à renouveler les « vieilles mêmes erreurs », encore et encore, et à jamais…

EM
Oui et… non ! Le monde, dans son entier, est composé d’individualités ! La seule façon d’arriver à faire changer les choses, partira de l’individu ! Si, tout à coup, l’ensemble des soldats refusait de se battre, les guerres s’arrêteraient. Cela reste « incertain », en fait. Nous en sommes encore aux premiers stades, de ce que nous pouvons appeler l’« évolution infinie ». Reste, que… Ces questions-là représentent une trop grande « charge », pour la semi-Rock Star que je suis… Sachant que la question, qui me préoccupe le plus, est de savoir si ma guitare reste accordée…

Chaque soir, aux alentours des vingt heures – après les applaudissements destinés au Personnel Médical hexagonal ! – tu joues des show acoustiques en solo, sur ton canapé, à destination des fans, via internet. L’occasion, pour nous, de pouvoir écouter des chansons plutôt « rares » ou plus « obscures », que tu as peu l’occasion de jouer sur scène, lors de tes shows réguliers, puisque tu reçois chaque jour des « suggestions », via internet…

Quel a été le point de départ de cette belle initiative, et combien de temps pense-tu être en mesure de le faire, « chaque soir »…

EM
Je continuerai aussi longtemps que le confinement sera en place. Tant que je serai en mesure de chanter ; tant qu’internet sera en état de marche…

Le « point de départ », de ces « Sessions Sur Canapé », Elliott ?

EM
Ça me plaît, « ça », ce titre : « The Couch Sessions ! ». Plus exactement… j’étais assis sur mon canapé, en train d’essayer de chanter Put It Down (Rainy Season / 2000) par ailleurs la plus longue chanson que j’aie jamais écrite, près de onze minutes… et décidé de la mettre en partage sur Instagram. J’ai alors découvert qu’il existait une plateforme « Intagram Live »… le véritable point de départ de ces sessions ! Nous y avons depuis ajouté « Facebook Live » : c’est ma femme, Françoise, qui se tient derrière son iPhone et me filme avec… ce qui m’assure au moins d’avoir UNE personne, dans le public ; parfois même, elle chante avec-moi, ce qui me paraît chouette. Je ne pourrais le faire sans elle…

« À demain soir, même heure, même endroit ! » / « ‘Till tomorrow, same time, same place ! », est la phrase que tu prononces à chaque fois, en conclusion du show du soir, cela pourrait rapidement devenir la « marque de fabrique », de ces shows ?

EM
Je l’espère, ce serait chouette…

À propos de ces shows : comment est-ce que tu sélectionnes les chansons ? Est-ce que tu reçois de nombreuses demandes, chaque jour ? En provenance de tes fans…

EM
Nous recevons des centaines de demandes, mais, la plupart du temps, les titres proposés sont des titres que nous avons pour habitude de jouer régulièrement en concert, comme : Last Of The Rock Stars ou On Elvis Presley’s Birthday ! J’essaye donc, de mon côté, d’aller chercher des chansons que nous jouons peu, généralement. Jusqu’ici, elles me reviennent de façon quasi « magique »…

Ce n’est pas « difficile », côté voix, d’en chanter certaines que tu n’as pas interprétées depuis des années, ou… plus !

EM
Rien n’est véritablement « difficile », à partir du moment où je me souviens des paroles…

Il n’y a pas de véritable « plan », ni « stratégie », je joue ce qui me vient naturellement. Je décide généralement de ce que je vais jouer, une heure avant le début du show…

J’échangeais, hier, avec une amie, grande fan de Dylan, qui soutenait que « quel que soit le problème, il existe une chanson de Dylan, dont les paroles contiennent une solution ! », que ce soit en termes de problèmes globaux, moments de doutes ou problèmes personnels ! Quelle serait LA « chanson parfaite », pour toi, actuellement, capable d’apporter une solution, une direction ou un soutien…

EM
Je ne pense pas qu’une chanson soit à même de contenir une réponse ou une solution à un problème global, d’ordre mondial. Je pense, par contre, que nous pouvons y trouver du réconfort, au niveau du partage des émotions humaines qu’une chanson peut contenir, qui sont communes à toutes et tous…

Avant, ce « noir » épisode, nous nous comportions toutes et tous comme le fameux lapin d’Alice (In Murphyland ?) toujours « En retard, très très en retard ! », ou du moins, prétendions l’être…

EM
C’est ce que je répète à ma femme, depuis près de deux semaines : « je ne te dis jamais, que je suis en retard… ».

Sachant que TOUT vient subitement de changer en nos vies, de voler en éclats, au niveau de notre environnement et nos habitudes, ne serait-il pas grand temps de réévaluer l’ensemble de nos priorités ?

EM
Cela paraît toujours être une bonne idée, à la base, de « réévaluer » ce genre de choses. Hélas, ce qui est réévalué au sortir de ce genre d’événements, me paraît toujours « incertain »… J’ai par ailleurs écrit une chanson, qui se nomme « Les Gens N’apprennent Rien ! » (People Don’t Learn / Milwaukee / 1985) tu dois le savoir…

Habituellement, tu es (quasi) en permanence sur la route, en France ou à l’étranger, pour y donner des concerts, ou bien entre deux sessions studio, showcases, « premières » ou interviews ; loin de chez-toi ou en route vers une destination, une autre date… Quel regard est-ce que tu portes sur cette « vie », aujourd’hui ?

EM
Très honnêtement, quand je ne suis pas sur la route, ma vie n’est pas très différente de celle que je mène actuellement. En dehors du fait que je sors faire du sport tous les jours, habituellement…

Dans ton livre, intitulé « Just A Story From America / A Memoir », tu y écris, que : « J’ai définitivement partagé plus de petits déjeuners avec mon guitariste Olivier Durand, qu’avec ma propre femme ! ». Maintenant que tu as l’opportunité de partager tes petits déjeuners, chaque jour, avec ta femme, depuis près de deux semaines : est-ce qu’Olivier te manques ?

EM
Nous avons parlé quelques fois avec Olivier, depuis le début. Par contre, quand nous ne sommes pas sur la route, nous nous voyons peu, de toute façon, ce qui est le cas de la plus grande partie des musiciens qui tournent souvent ensemble. Quand tu es souvent sur la route avec un pote musicien, tu ne sors généralement pas avec-lui, quand tu rentres chez-toi. Pas plus, nous, que les Beatles ou les Rolling Stones. De plus, Olivier habite au Havre, et je ne pense pas qu’il y ait une « case » prévue, au niveau de l’attestation officielle, qui t’autorise à aller visiter ton guitariste…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

À Suivre… Tout bientôt !

 

INTW Jacques 2 Chabannes
Photos By Lof

 

 

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Kollectiv’mode

Kollectiv’mode est une association artistique atypique, fondée par des artistes pluridisciplinaires qui unissent leurs forces et savoir faire autour du processus de création puis de sa matérialisation (expositions, édition, montage d’évènements, production d’œuvres originales).

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